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La discussion qui se mène sur le mouvement des policiers est sérieuse.

mardi 15 novembre 2016, par Club Politique Bastille

Le 14/11/16

La discussion qui se mène sur le mouvement des policiers est sérieuse. J’ai dit mon opinion, d’autres camarades également. Le mouvement dure. Malgré les reculs verbaux et financiers du gouvernement, les policiers continuent à manifester, en même temps, l’inspection des services convoque un « meneur ». Ça n’arrangera rien.
Les sommets de l’État sont divisés. Cazeneuve toujours prompt à monter des provocations contre les salariés ne sait où donner de la tête, ses relais, les syndicats n’ont visiblement pas prise sur le mouvement, la hiérarchie se divise, la gendarmerie grogne. L’opposition ne dit mot. Jamais depuis la chute de la IVème République semblable situation n’avait eu lieu.
La discussion sur ce qu’il faut penser, le cas échéant dire, est donc d’importance. (1)

Les camarades qui voient des luttes partout, tout le temps - qui quand elles ont lieu rechignent à combattre pour le Tous Ensemble - refusent de condamner l’utilisation de cocktails Molotov dans les manifestations contre la loi El Khomri, s’offusquent aujourd’hui qu’on puisse poser le problème de la liaison policiers-salariés ; ils dénoncent l’état policier, la répression tout azimut et centrent sur la responsabilité des policiers.

C’est du gauchisme infantile.

Depuis que je milite, sauf durant la guerre d’Algérie (Charonne, Octobre 63 etc), je n’ai jamais connu de répression policière digne de ce nom, encore moins d’État policier en France. Jamais. J’ai connu des tensions graves mais même quand les affrontements avec la police se terminaient mal pour ceux qui étaient au premier rang, j’en étais, jamais je n’ai sérieusement pensé que nous vivions la « répression policière ». Certes souvent, nous avons utilisé cette formule contre Marcellin, Pasqua, aujourd’hui Cazeneuve. C’était de l’agitation politique mais de grâce, gardons raison. Depuis la Libération, les grandes luttes de classes ont provoqué des affrontements extrêmement durs avec des morts et des blessés. C’est inévitable. Les salariés combattent, le patronat et l’État se défendent. Aujourd’hui c’est un « pouvoir socialiste » qui frappe. Scandaleux mais pas étonnant. Rien cependant qui me conduise à parler « d’État policier ». Si les mots ont un sens État policier, c’est tout autre chose. D’autant, chers camarades, qu’il est difficile d’avoir un tel État quand… la police est dans la rue contre le gouvernement ! Les policiers protestent car ils reçoivent des cocktails Molotov sur la tête, sont menacés dans les quartiers de la relégation, tentent de combattre l’irrésistible déliquescence de la société sans pouvoir l’enrayer. C’est humain. Ceux qui luttent contre la police sur ce terrain, avec ces méthodes sont des barbares, des délinquants. C’est évidemment le produit de la décomposition de la société mais, les tireurs fous également. Nul ne les défend. Et la population est naturellement contre ces comportements. Constater cette situation n’implique pas la passivité. Au contraire il faut se mobiliser contre les violences policières scandaleuses. Ainsi j’avais espéré qu’après le jeune tué dans les manifestations des zadistes comme celui qui a été grièvement blessé dans la lutte contre la loi El Khomri il y aurait une mobilisation de masse à l’initiative de l’extrême gauche. Rien. Il n’y a rien eu.

Alors plutôt que de se draper dans des postures verbales, il faut dire que la mobilisation policière anti-gouvernementale est un enjeu politique. Nous ne pouvons rester neutre. Soit les militants et les salariés iront à leur rencontre pour les dissuader de réclamer plus de mesures sécuritaires, désigner le gouvernement et le système qui cherche à les manipuler, contre les salariés et les jeunes, soit le FN fera le contraire et les gagnera. J’ai d’ailleurs entendu Besancenot à la télé, impeccable, loin de la bouillie pour les chats de la direction du NPA.

La répression, l’État policier, les Égyptiens, les Marocains, les Turcs, les Russes, etc. connaissent. Nous, nous vivons pour l’heure dans une bienveillante démocratie bourgeoise en déliquescence. Par contre, pour l’avenir, je suis plutôt pessimiste. Les camarades qui dénoncent l’état policier découvriront probablement ce que cette formule signifie !

Donc au-delà même de la liaison politique avec les policiers en révolte et demain les soldats, la question politique qui doit être posée est bien sûre celle-ci : quelle police démocratique dans une République sociale et politique ? Le mouvement révolutionnaire contemporain n’a jamais vraiment réfléchi à ce problème. Or, qui combat l’État doit être capable de proposer une alternative. Décidément, les formules toutes faites doivent être bannies. Souvent les postures d’indignations masquent une débilité politique.

Une dernière remarque. Je conseille d’aller voir « Snowden », excellent opus d’Oliver Stone. Parfois, il est caricatural. Pas dans ce film. Il révèle une partie de ce qui se prépare. Une société libérale dictatoriale à l’intérieur, guerrière à l’extérieur. La lutte contre les peuples va basculer dans la modernité. À l’horizon d’une génération, la police que nous connaissons disparaitra. Les tâches de police seront essentiellement réservées à la protection des sommets du patronat et de l’état, le maintien de l’ordre capitaliste quotidien essentiellement pris en charge par le mixage numérique, robotique, nouvelles armes. Nouvelle technologie robotisée appliquée au fichage et la répression. Ce n’est pas une blague ni de la science fiction. Un grand nombre de hauts fonctionnaires s’inquiètent de cette situation ! Drones, armes non létales à l’étude (filins, automoteurs identifiant militants etc, fichiers dans les drones etc…) Dans l’armée la mise en œuvre de cette mutation est déjà en route : drones de bombardements, d’assassinats, chars sans conducteurs, machines à tuer capables de frapper à 180 degrés, frégate totalement furtive armé par quelques dizaines de marins, drones sous marins… La panoplie est déjà considérable. Là aussi, les effectifs maigriront avec l’avantage de disposer de machines à tuer, ce qui règle en grande partie les dangers de voir les soldats lever les crosses en l’air…. Oui il va falloir réfléchir à cet arsenal qui peut aisément mettre en œuvre une société policière permanente ! Il faut étudier ces préparatifs, les dénoncer, engager une véritable campagne de défense des libertés, de la démocratie pour une République sociale. Nous ne vivons pas dans l’état policier. Notre faiblesse politique peut contribuer à son instauration.

Dans un tout autre domaine, nous sommes nombreux, notamment les anciens militants de l’OCI à avoir reçu le travail de Pierre Salvaing. Il a analysé, documentant avec rigueur, son étude, l’histoire des 50 dernières années de l’OCI ; des années 60 à l’explosion du POI. Ça fait près de 400 pages mais c’est passionnant. Pour le recevoir, joindre Pierre Salvaing à « spole@sfr.fr ».

JK

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