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Pour la réunion de samedi 28 janvier 2017 : DE CRISE EN CRISE DE LA DIRECTION RÉVOLUTIONNAIRE JUSQU’À LA VICTOIRE FINALE, quelques réflexions en vrac.

mardi 7 février 2017, par Club Politique Bastille

Pour la réunion de samedi, quelques réflexions en vrac.

Je ne regrette rien sur mes années de militantisme au PCI. J’ai beaucoup appris. À part ça, un constat : on s’est bien « bien fait rouler dans la farine » comme la génération précédente de TOUS les partis.

J’ai lu récemment le livre de Boris Fraenkel, Profession : révolutionnaire (préfacé par un ancien permanent du PCF, Antoine Spire, viré lui aussi de son parti). C’est très bien vu.

Concernant Lambert et son organisation.

À mon avis, Lambert a été un gourou remarquable,
expert ès manipulation, une sorte de génie de l’organisation. Mais qui dit gourou, dit secte. On a tout de ce qui rappelle une secte religieuse (c’est souvent le cas dans les partis politiques) : le prophète charismatique et manipulateur, le fric (surtout), les adeptes dévoués, les courtisans (souvenons-nous du brillantissime illusionniste qu’était Felipe-Luis Favre et d’autres zozos du même acabit), le droit de cuissage, la violence, les citations - le plus souvent inventées - de Marx (Karl pas Groucho), de Lénine, Trotsky ¡ y la Virgen Santísima ! Le procédé est connu, c’est « l’argument d’autorité » écouté religieusement : « comme le dit Saint Augustin, comme le dit Saint Vladimir, Saint Léon, Saint Karl, etc ». Incroyable quand on y réfléchit ! Il y avait un suivisme fantastique, tout le monde, le doigt sur la couture du pantalon (c’est ce que souligne bien Fraenkel, déjà). Passons sur le machisme. Je me souviens de Just un samedi à Paris beuglant des propos graveleux : « la grève.. hé ! hé ! elle sera longue… hé ! hé !... et dure ». Et tout le monde de s’esclaffer (y compris les militantes). La « période de l’imminence de la révolution » (ça aussi, ça fait partie du phénomène de la secte religieuse ). La révolution va éclater demain à 4 h 30 du matin, il y a urgence à s’agiter ! Avec cette urgence compulsive, le militant n’a plus le temps de réfléchir, l’Apocalypse est annoncée, imminente, et le brave militant ne sera pas au rendez-vous pour sauver le prolétariat ! Les Temps messianiques arrivent ! La culpabilisation du militant devient constante : combien d’IO vendus ? Combien de fric récolté ? Ah et la fameuse méthode « objectifs/résultats » recette simple (efficace ?) d’un « gestionnaire » adepte du « merchandising », méthode des vendeurs d’aspirateurs ou d’assurances au porte-à-porte.

D’ailleurs, Lambert a-t-il jamais travaillé de sa vie ? J’en doute. J’ai lu quelque part que dans sa jeunesse de Pied Nickelé, il avait fait du porte-à-porte pour vendre je ne sais quel produit. En clair, un arsouille de génie. Fraenkel affirme qu’il ne lisait jamais. Il a donc vécu politiquement en parasite des autres mais a su intuitivement se guider. Ma conclusion personnelle sur Lambert c’est que c’était un aventurier de la politique (très doué, incontestablement). Son organisation aurait peut-être pu déboucher (ou pas) sur quelque chose de dangereux pour la bourgeoisie (?). L’État a préféré l’acheter (ou il s’est vendu). Ses liens avec toute une série de réseaux réacs (gaullistes, francs-maçons, et avec Hébert et sans doute même au-delà… etc) font qu’on peut tout imaginer. Le dénominateur commun en tout cas de tout ce « gloubi-boulga », c’est la franc-maçonnerie (encore un point qu’on ignorait).

Les « affaires »

Elles se sont succédées, plus lamentables (ou plus dégueulasses) les unes que les autres. Elles ont été conçues par Lambert et son entourage proche afin de garder le pouvoir total sur le groupe. Avec la méthode connue : on utilise un proche pour pouvoir en liquider un autre et ainsi de suite. Et on en a avalé des serpents, que dis-je !, de vrais boas constrictors  ! : Fraenkel, Berg, Varga, Mélusine, Just, Marc, Omar, Broué, Kostas, Présumey (pour Fraenkel, je n’étais pas encore à l’OCI et, après Just, j’ai suivi dans les journaux). Dans toutes ces « affaires » la manipulation de Lambert et de sa camarilla (inconnue des militants de base - qui savait que Hébert était coopté au BP ?-) relèvent des méthodes d’officine secrètes - soyons clairs - les mêmes procédés que ceux des inquisiteurs catholiques ou des staliniens. Bon, pour Cambadélis-Kostas, l’élève a dépassé le maître. À croire que les socialistes ont fait de l’entrisme chez les lambertistes ! C’est presque comique.

L’affaire Berg est « découverte », loin de Paris (et évidemment de son manipulateur…Lambert), par un militant « innocent » en province venu de Toulouse (con). Just (il l’a dit lui-même) a couvert et a finalement été complice de Lambert (qui était lui-même mouillé jusqu’au cou). Machiavélisme de Lambert : c’est Just qui est chargé de jouer les procureurs (il sera par la suite victime du même procédé avec Broué). Ensuite, sans complexe, Lambert recycle ce qu’il reprochait à Berg : la construction du fameux MPPT !

Pour Varga, une histoire à dormir debout (que l’on a avalée aussi !) : « un vieux militant découvrait dans une valise secrète que Varga était un agent non seulement du GPU mais aussi de la CIA… et certainement du Mikado… ». Incroyable, comment des gens intelligents, voire même brillants pour certains (je me rends compte, en ce qui me concerne, que j’étais un pauvre couillon), et il y en avait pas mal au PCI, ont pu gober et diffuser de pareilles sornettes. Il est vrai que les staliniens et les maoïstes ont fait de même (cochons de 3.000 kilos ou 6 récoltes par an) ! Mystère de l’abrutissement humain !

Just. Je n’aimais pas particulièrement ses coups de gueule et son mépris des militants, mais il avait raison sur la critique qu’il faisait de « l’inflexion » - sic - de Lambert vers les « réformes » (au lieu d’un programme révolutionnaire. Trop imbu de sa personne, il aurait dû affronter Lambert, mais n’a pas osé. C’était trop tard. Détail de son éviction : Lambert a choisi comme Vychinski Broué (qui détestait Just). Pas très joli ni de la part de Lambert ni de Just.

Broué lui-même s’est fait éjecter avec le prétexte d’une conférence chez les royalistes (alors que la SELIO éditait les brochures de la NAF et des Rave Krishna). Broué m’a écrit qu’il n’était pas au courant de ces « petits boulots » de Lambert (possible).

Quant aux insultes à la violence entre militants (que j’ai découverte en région parisienne), on ne la connaissait pas à Toulouse. Je me souviens de ce gros con de Sorel osant me menacer (il était surpris que je l’envoie se faire voir) ou de ce petit andouille de Pedro aboyant comme un roquet. Cette violence ça devait « faire ouvrier ou bolchevik » ( ?). En réalité une fascination pour l’exemple stalinien.

Comment des gens intelligents ont-ils pu continuer à croire en cette imposture, à ne tirer aucun bilan de ces crises successives ? Le plus étonnant, c’est que des militants aient continué (ou continuent) à rester dans ce « machin ». Paresse intellectuelle ? Flemme de chercher à analyser ? Crainte de perdre une « famille », de perdre « papa et maman » ? Se rassurer en conservant une « foi » aveugle ? Reconnaissance envers l’organisation qui nous avait fait comprendre le monde ? Je suis encore sidéré que des gens n’aient pas voulu réfléchir par eux-mêmes. Étonnant pour des hommes et des femmes qui se prétendent libres et rationnels voire « marxistes ».C’est même assez triste, car cela relève de la mystique ou du religieux. Là encore, n’est pas très loin du phénomène qu’ont connu nombre de militants staliniens.

Le fameux « PARTI »

Au-delà de la question du Révérent Père Pedro Boussel, je suis convaincu que ce type d’organisation est à présent totalement démonétisé. Remarquons que nous avons idéalisé les fameux « soviets ». Quelques semaines après leurs créations en Russie (1905 ou 1917), à la tête de tous les soviets, quel que soit le parti (mencheviks, bolcheviks, SR, etc), on ne retrouvait plus que des aventuriers de la politique, rhétoriciens souvent brillants, artistes du verbe, doués pour l’agit-prop et l’organisation, mais pratiquement plus aucun ouvrier (cf. Marc Ferro, Oskar Anweiler, Jan Makhaïski « Le socialisme des intellectuels »…). Le « centralisme démocratique » ? Centralisme hiérarchique de haut en bas, oui, mais pas de démocratie. Des petits soldats, avec la foi du charbonnier, qui appliquent fanatiquement « la ligne » conçue par un petit comité dirigeant. Je ne dis rien d’original. C’était déjà la critique de Rosa Luxembourg et de Léon Trotsky avant d’intégrer le parti bolchevik.

Le trotskysme… vu ou revisité par Lambert

À mon très humble avis, je pense que Trotsky s’est trompé sur pas mal de points. Les Etats ouvriers, il n’y en a pas eu. La couche qui contrôlait ces sociétés (peu importe son nom, classe, ou caste), exerçait sa dictature contre le peuple travailleur (vivait de privilèges tout comme l’aristocratie ou la bourgeoisie), en usurpant son nom et sa parole (URSS, Chine, Cuba etc.). Benjamin Péret et Munis avaient raison à ce propos. Enfin le pronostic d’un effondrement de Staline ne s’est absolument pas produit. Certes, après la défaite du prolétariat allemand, l’écrasement de la classe ouvrière espagnole suivie du pacte germano-soviétique, les partis communistes (staliniens) sont totalement déconsidérés. Trotsky avait bien prévu qu’Hitler finirait par engager la guerre contre l’URSS. Staline aussi le craignait mais pensait gagner du temps par des manœuvres sans principes. Pourtant, après Stalingrad, grâce au sacrifice des peuples d’URSS, le stalinisme allait renaître de ses cendres, créant à nouveau des illusions mortelles. Ce retournement imprévisible des évènements a bouleversé toutes les prévisions. La IV e Internationale n’a été qu’une fiction.

« L’entrisme » , a été un échec. Je ne parle évidemment pas, ici, de pratiques d’infiltration de « sous-marins » ou de « taupes » du type Jospin (vieilles comme le monde et la politique), particulièrement affectionnées par Lambert. Cela n’a rien à voir avec « l’entrisme », pas plus que le travail syndical (les staliniens et les médias amalgament volontairement tout, pour dénaturer ce que Trosky appelait « l’entrisme »). Les pratiques de Lambert à ce propos ont totalement déconsidéré ces méthodes - disons-le clairement - de flics. Comment croire à l’honnêteté de militants qui menaient un travail aussi sournois, d’une telle duplicité (cf. invention d’un vrai-faux POUM en Espagne en 1974). Lambert discutait « amicalement » avec Wilebaldo Solano et le trompait ouvertement (Solano n’était d’ailleurs pas dupe de ce double langage). Mais cette duplicité, on l’a vue dans notre propre organisation : Hébert était coopté depuis des années à la direction du PCI. On inventait de prétendus anarcho-syndicalistes (Salamero, ou Hébert par exemple) qui n’étaient, au mieux, que des « porteurs de valise ».

Lambert a vendu la fraction enseignante à Bergeron et a contribué à la suite des staliniens et des réformistes à la liquidation de la FEN. Passons sur l’invention de la dirigeante du SNALC (en réalité trotskyste infiltrée), découvrant miraculeusement son « chemin de Damas » Alleluyah ! en entrant à FO ! Je n’avais rien contre FO, en tant que syndicat, mais si la FEN était morte, il aurait été plus judicieux de laisser tout de même une fraction de militants dans le SNI (actuel SNUIPP) et dans le SNES, tout en commençant à construite dans FO. Le marchandage sans principe s’est déroulé au sommet Lambert/Bergeron (à l’insu des militants). On s’est déconsidéré vis-à-vis de militants proches, qui nous voyaient avec sympathie. On est apparu comme des militants sans foi ni loi, aussi répugnants que les staliniens.
Enfin , à partir de 1983, on inscrit sur les banderoles (je crois que c’était à La Villette) qu’il fallait de vraies « réformes » (d’où l’urticaire tardif de Just).

Parenthèse, Cambadélis et l’UNEF. On avait gagné l’UNEF sur la base de la non-participation aux Conseils d’Université. Lambert et Kostas changent de fusil d’épaule (certainement transactions secrètes avec Mitterrand). Les militants et les militantes ne l’apprendront que longtemps après…

La Laîcité, il était absolument correct de mener ce combat, mais là encore, Lambert et ceux qui l’ont suivi se sont déconsidérés. Tout le potentiel a été saboté, liquidé, par une clique qui voulait tout dominer et imposer ses vues de manière antidémocratique en procédant par ultimatums comme de pâles émules des bureaucrates staliniens. Lambert a tué « la poule aux œufs d’or », en faisant de La Libre Pensée une organisation paravent du PCI et ensuite du PT (actuel POI). Comme dans le passé pour « Les Amis de l’URSS », les militants honnêtes ont préféré aller voir ailleurs plutôt que d’être instrumentalisés. La Libre Pensée n’est plus à présent qu’une coquille vide, la maison de retraite des vieux militants trotskystes fatigués.On voit comment l’adjectif « libre », dans un étrange oxymore s’est mué en « soumis » et « asservi ». Du Orwell dans le texte !

En clair, comme disait Marx (Groucho) : « Voilà mes principes, mais s’ils ne vous plaisent pas, j’en ai d’autres ».


Tenter de dresser un diagnostic sur la période.

Après la Seconde Guerre Mondiale et à partir de 1973 et de la chute du mur de Berlin (effondrement des sociétés staliniennes). Nous avons continué à avoir une vision « romantique » de l’histoire et de la lutte des classes.

Le Capitalisme, quant à lui, avait tiré les leçons de la Première Guerre Mondiale et de la crise de 1917-1918.

Après 1918, deux grands empires étaient démembrés, l’Empire Austro-Hongrois et l’Empire Ottoman (Traité de Versailles et annexes et Accords Sykes-Picot). L’issue de la Seconde Guerre Mondiale sera très différente, la vague révolutionnaire est préventivement contenue : bombardements de Dresde à l’Ouest, d’Hiroshima en Orient, l’Armée Rouge à l’Est de l’Europe (l’épisode emblématique est celui de Staline attendant que les nazis écrasent Varsovie avant de traverser la Vistule). Le tout se solde par le partage de Yalta assurant « l’équilibre » et l’ordre. Cependant, pour maintenir cet ordre, le Capital a dû lâcher dans nombre de pays d’Europe, des concessions considérables au Salariat ( « Welfare State » , traduit en français par « État-Providence » alors qu’en espagnol on parle de « Estado de Bien-Estar » / « État du Bien-Être »). Les Portugais, les Espagnols et les Grecs (entre autres), continueront de payer l’addition au prix fort. Certes la Chine, la Yougoslavie, l’Albanie échapperont à ce qui avait été gribouillé sur un bout de papier par Churchill et Staline. L’effondrement des Empires coloniaux (anglais, français, belge, néerlandais, portugais) modifieront cet équilibre. Les guerres coloniales, l’Algérie ou des accrocs (Cuba, Nicaragua, Iran) seront les derniers aléas.

Quant à « l’Europe », elle n’existe pas.

Il est effectivement possible que l’euro disparaisse et que l’UE explose. Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de Carter, disait avec réalisme (ou cynisme) : « […] l’Europe est la tête de pont géostratégique fondamentale de l’Amérique […] Le problème, cependant tient au fait qu’une Europe vraiment « européenne » n’existe pas. C’est une vision d’avenir, une idée et un but ; ce n’est pas une réalité […] Pour le dire sans détour, l’Europe de l’Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses États rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires […] » (in Le grand échiquier. L’Amérique et le reste du monde, Éd. Hachette-Pluriel, Paris, 1997, p. 88). Dans cet essai prémonitoire (de 1997), le diplomate nord-américain, envisageait l’extension de l’Union Européenne vers l’Est - Pays baltes, Pologne, République Tchèque, Hongrie, etc. (à l’époque ces pays n’en faisaient pas encore partie). Mais pour lui, il y avait une condition préalable et absolue, avant d’entrer dans l’Union Européenne, ces pays devaient impérativement intégrer l’OTAN (Ce fut aussi le cas de l’Espagne grâce à la volte-face de Felipe González ). C’est ce qui se passera. Mais il va plus loin. Pour lui, l’OTAN doit aussi incorporer la Géorgie, l’Ukraine et la Biélorussie, afin, que les USA puissent étendre leur puissance plus avant vers (ce qu’il appelle) l’Eurasie. En Orient, par contre, il nuance. Comme le Japon et la Chine n’ont pas encore réussi à solder les comptes de la Guerre (contrairement à l’Allemagne avec la France et la Grande-Bretagne), il sera difficile pour les USA d’étendre leur « tête de pont » vers la Chine.
La chute du mur de Berlin, et la révolution islamique en Iran ouvrent une période d’incertitude. On aurait pu penser que l’ex-URSS allait être démembrée. Visiblement l’Impérialisme US a préféré garder la stabilité en laissant se rétablir l’Impérialisme russe.

L’Espagne

De faux pronostics fondés sur une « vision romantique ». Nous pensions, par exemple qu’en Espagne, la fin du franquisme ouvrirait la voie à la Révolution (les forces de la réaction le craignaient certainement un peu aussi… ou feignaient de le croire). Mais le mouvement ouvrier de 36 n’existait plus, son expérience avait été perdue en grande partie, par la répression, par l’exil, dans les fosses communes, par la terreur pendant 40 ans. Et aussi par la corruption qui a suinté (et qui imbibe) toute la société espagnole, tous les partis et tous les syndicats.

En Espagne, l’Impérialisme US, le Stalinisme et le Vatican, sont parvenus à réaliser (c’est remarquable), ce qui avait été impossible en Italie en 1945 (malgré l’acharnement du PC italien à vouloir conserver la monarchie pourvoyeuse du fascisme) : restaurer une monarchie héritière de la dictature. D’où le terme répété ad nauseam « modélica Transición » : « un modèle de Transition » (transition/transaction). Le Parti communiste d’Espagne a payé le prix fort de cette politique (conduite par Santiago Carrillo… et le Kremlin) ; il s’est désintégré. Le vieux PSOE a été jeté aux orties. Il fallait un nouvel emballage qui soit aussi peu « ouvrier » et « socialiste » que possible, pour restaurer la monarchie. Épaulé par la social-démocratie française et grassement payé par la social-démocratie allemande, l’IG Metal et la CIOSL, ce nouveau parti « Canada Dry » sortira du chapeau de Willy Brandt, d’Hans Matthöfer et de Robert Pontillon. À partir du Congrès de Suresnes, plus aucun dirigeant du PSOE n’est ouvrier : avocats, professions libérales, universitaires, issus quasi tous de la démocratie-chrétienne. Même phénomène en France : Hollande, Royale, Macron, Ayrault, Jouyet, Valls, Hamon, Chérèque, tous viennent des talas. Il y a certes eu Jospin et Rocard issus des parpaillots, mais par le biais de la CFDT, la boucle est bouclée.

La Constitution octroyée de 1978 : sur 7 rapporteurs, 6 sont des catholiques affichés (même Peces-Barba pour le PSOE). Et finalement cette Transition sera conduite sous la menace d’une double terreur latente ; celle de l’Armée et celle de la ETA (chacun se servant mutuellement les plats).

Quant au vrai-faux pronunciamiento du 23F (1981), l’artisan en est le général Armada (ancien précepteur et… conseiller du roi Juan-Carlos). En 1958, il suivait un stage d’officiers supérieurs à l’école de militaire de Saint-Cyr. Il en garda une profonde admiration pour le grand Charles et son putsch du 13 mai 1958. Nom de code du vrai-faux golpe : « operación De Gaulle » ! Il suffit de remarquer que les chars de Milans del Bosch à Valence, s’arrêtaient à tous les feux rouges… Le premier à se féliciter de la Restauration de la Monarchie fut l’ambassadeur des US à Madrid. Miracle : Juan Carlos « le Bref », devenait le « Salvador » ! Actuellement l’Espagne est soumise à la politique de Merkel (comme la Grèce) et sur ses conseils avisés, le PSOE et le PP se retrouvent dans une sorte de gouvernement d’Union Nationale… à l’espagnole.

Pour la Russie et les autres nations de la Mitteleuropa,

les mouvements ouvriers ont été aussi laminés et broyés (dans ce cas par le stalinisme) qu’en Grèce, en Espagne ou au Portugal. Il ne pouvait pas y avoir de révolution victorieuse (même s’il y eut de violentes secousse révolutionnaires comme à Berlin en 1953, à Varsovie en 1954 ou à Budapest en 56 et ensuite à Gdansk – mais là encore, le mouvement - Solidarnosc - fut très vite récupéré par le Vatican - ).


La contrerévolution du Capital Globalisé a commencé par le golpe de Pinochet à Santiago, le 11 septembre 1973.

Comme le remarque Luis Sepúlveda, ce fut LE laboratoire grandeur nature pour les exercices des Chicago Boys relayés par les économistes catholiques, sur les conseils de Milton Friedman et de Friedrich Hayek. Par ailleurs, inutile de développer à propos de la responsabilité de l’Unité Populaire dans sa course à l’abîme et sa politique de désarmement de la classe ouvrière. Pinochet applique « à chaud » tout le programme de la réaction libérale : privatisation de la Santé, des pensions, des retraites et de l’Éducation, casse des salaires, anéantissement et/ou intégration des organisations ouvrières.

Reagan et Thatcher prirent le relais. Mitterrand sous une forme particulière (et plus perverse) a accompagné le mouvement de réaction du Libéralisme globalisé. Dans un premier temps, il prend des mesures dites « de gauche » pour expliquer ensuite : « vous voyez, on ne peut faire autrement, on doit serrer les boulons … ». Maurois et Delors font rentrer les moutons au bercail : « fin de l’indexation des salaires sur les prix ». Depuis, dans toute l’Union Européenne, interdiction de parler « d’échelle mobile des salaires ». Même les syndicats ont intégré ce laïus, ils ne parlent plus « d’échelle mobile des salaires », ils ne parlent plus que de charité chrétienne : « D’accord, baissez les salaires, mais, s’il vous plait, ne baissez pas trop le SMIC ! ». Remarquons que cela se fait au nom du refus de « l’inflation ». On a compris ce que signifie à présent « l’inflation » : c’est la baisse des salaires. On a l’exemple d’un pays qui, pendant un demi-siècle n’a pas connu « d’inflation », c’est le Portugal de Salazar… un modèle.


Un dernier point, la soumission à l’État, tout particulièrement en France.

La France est un vieil État extrêmement fort et puissant. Pendant la Guerre d’Algérie, quand l’avion des dirigeants du FLN est détourné (à l’insu des autorités), le gouvernement couvre l’opération. Quand les gendarmes massacrent en Guadeloupe en 1967, l’État couvre. Quand Éloï Machoro est tué par un tireur d’élite en 1985, en Nouvelle Calédonie, le gouvernement et Mitterrand couvrent le gendarme assassin. Jamais un flic qui a tué un jeune (de préférence noir ou d’origine immigrée) n’a été condamné. Mais cela vaut aussi pour d’autres jeunes (cf. barrage de Sivens).

Cette puissance de l’État induit souvent dans ce pays une servilité par rapport à l’autorité et à la hiérarchie, surtout chez les fonctionnaires (mais pas seulement). En 1936, la Grève générale n’a absolument pas touché l’Education Nationale ni les Chemins de Fer. Comme si le salarié se sentait redevable de ce que l’État, dans sa longanimité veut bien lui octroyer un salaire. C’est un élément important pour apprécier les mouvements de psychologie collective. Cela n’est pas sans rappeler la fable « Les grenouilles qui demandent un roi ». Il est frappant de voir que ce qui était reproché à Hollande, dès le début de son quinquennat (je ne parle pas ici de sa politique pourrie), c’est qu’il ne se comportait pas comme un Chef, comme un Caudillo. C’est inquiétant comme mentalité ; cela signifie qu’une grande partie de la population serait à la recherche d’un Sauveur Suprême, d’un Duce ou d’un Führer


Une amorce de conclusion très limitée.

La poursuite du système capitaliste conduit à la catastrophe (réflexion peu originale, il est vrai).

Dans un document « intitulé «  Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout  », et s’appuyant sur les données publiées par la banque Crédit suisse et le magazine Forbes, [l’ONG] Oxfam signale que «  la part du patrimoine mondial détenue par les 1 % les plus riches était passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépasserait les 50 % en 2016  ». Ce qui signifie que les 1 % les plus favorisés de la planète posséderont, l’an prochain, un patrimoine supérieur à celui des 99 % restants.

Oxfam s’était déjà distinguée, l’an dernier, au Forum de Davos en publiant un rapport alarmant sur les inégalités. À l’époque, l’ONG révélait que «  les 85 personnes les plus riches possédaient autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale  ». Aujourd’hui, elles seraient 80 à posséder autant que 3,5 milliards de personnes, contre 388 en 2010. La fortune de ces quelques individus s’élève à 1 300 milliards de dollars et devrait même passer à 1 900 milliards l’an prochain, soit une progression de 50 % en quatre ans, d’après l’ONG. L’étude se concentre également sur quelques personnalités afin de mieux illustrer ses propos. Par exemple, entre mars 2013 et mars 2014, la richesse de Warren Buffett a augmenté de 9 % (soit presque 5 milliards de dollars), celle des hommes d’affaires Michael Bloomberg, de 22 % (soit 6 milliards de dollars), et Carl Icahn, de 23 % (4,5 milliards de dollars), et celle du financier George Soros, de 20 % (3,8 milliards de dollars) ». Un nombre infime d’individus possède autant que 7 milliards d’êtres humains !

Sa course insatiable à la « croissance », c’est-à-dire à l’accumulation du Capital (surtout financier), conduit au désastre, à l’appauvrissement de masses humaines de plus en plus importantes. Elle se traduit enfin par un réarmement et une explosion (c’est le cas de le dire) des ventes d’armes qui ne peut avoir qu’une issue : la Guerre. Nous nous retrouvons actuellement comme en 1898, 1914 ou 1939 : de puissants impérialismes concurrentiels essayent de se survivre au détriment des autres. Comme le gonflement des bulles spéculatives échappe à tout contrôle, le Capital Financier nous conduit inexorablement à l’abîme. Les remèdes à la crise de 2008 n’ont rien réglé, ils ont seulement concédé un répit au système. L’extension de l’OTAN au-delà de l’Allemagne fait que l’impérialisme russe (je n’ai évidemment aucune sympathie pour Poutine) se voit quasiment contraint, pour desserrer l’étau, de trouver des alliances avec la Syrie, l’Iran ou la Turquie.

Je crois que le mouvement de subversion de l’ordre établi ne passera plus pas des partis, comme au XXe siècle. Au-delà d’un essai de singer la « démocratie » étatsunienne, il est significatif que les partis sociaux-démocrates ou démocrates-chrétiens aient introduit ce jeu faussé des « primaires » en France et en Espagne). Ils ne font que traduire par là, leur discrédit aux yeux de la population. Quant aux syndicats, totalement décrédibilisés, ils essayent d’étayer bon an mal an, le système dont ils tirent profit. Rappelons-nous : c’est ce pauvre Fillon lui-même, qui, en 2003 remerciait du haut de la tribune de l’Assemblée le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, pour son « attitude responsable » (il avait en effet réussi à empêcher que le système soit balayé par la grève générale). Et passons sur la responsabilité d’Aschiéri et du SNES… Pendant ce temps, on se faisait matraquer et gazer par les CRS, place de la Concorde et « nos » syndicats allaient pérorer à 800 km de là, devant les portes closes du Stade-Vélodrome de Marseille. Comme le disaient déjà en 1952, Benjamin Perret et Grandizo Munis (Les syndicats contre la révolution), les travailleurs vont voir un syndicat quand ils ont des problèmes avec leur patron comme tout un chacun porte plainte chez les flics quand il est agressé dans la rue. Cela ne signifie absolument pas une confiance dans les syndicats. Au contraire. Les syndicats (et en particulier la CGT en France) ont à présent un rôle de flics de l’ordre établi.


Parenthèse concernant le « F2 » (François Fillon) qui s’égosille en criant au scandale : il tient exactement le même langage que les aristocrates ou les Fermiers-Généraux de 1787 : « Que nous reproche-t-on ? Nous ne volons rien, puisque TOUT nous appartient, TOUT est à nous, TOUT nous est dû ».

Deuxième parenthèse : la question de l’islamisme et des religions ne peut être éludée. Il y a dans ce pays un « silence religieux » assourdissant. On entend dire que « l’islamisme ce n’est pas la vraie religion ». Ah bon ? On en a rien à foutre de ce qu’est « la vraie » religion ! L’Inquisition était-elle « la vraie » religion catholique ? Et l’Opus Dei, est-ce « la vraie » religion ? Quand le pape François réagit au massacre de Charlie-Hebdo en disant que si un tel insulte sa mère, il lui flanque son poing sur la gueule, n’est-ce pas dire : « ils l’ont bien cherché ». C’est de la complicité pour meurtre. Des voix d’extrême-gauche condescendent à se pencher sur le sort des « pauvres » (qui ne peuvent être que musulmans, cqfd). La conclusion c’est qu’il faudrait « dialoguer », se montrer « compréhensif » envers des canailles d’islamistes comme Tarik Ramadan ou des racistes comme les « Indigènes de la République » (cf. ces couillons de Gresh et de Plenel). Faire le parallèle entre l’antisémitisme des années 30 et aujourd’hui, c’est faux. Dans les années 30 les juifs (même intégristes) ne pratiquaient pas le terrorisme aveugle en Europe, les islamistes actuels, oui. Trouver des excuses à des abrutis obscurantistes ne peut servir d’alibi pour combattre la politique pourrie de l’État sioniste d’Israël. En parallèle on escamote les milliards dérobés à l’École Publique par la loi Debré et détournés vers les établissements sous contrat, majoritairement catholiques (sans compter, à présent, le « denier du culte » déductible de l’Impôt sur le revenu). Déserter le terrain du combat contre l’obscurantisme islamique, le dissocier du combat contre l’obscurantisme catholique (« Charismatiques », « Manif pour Tous », « Pro-vie », etc), c’est laisser le terrain au Front National et à la réaction. Idem pour le protestantisme (cf. Trump) ou le judaïsme (cf. colons des territoires occupés de Cisjordanie).

Le combat laïque, héritier de la Grande Révolution et de la Commune, est intimement lié au combat social et à la lutte pour l’Émancipation. Jaurès lors du vote de la loi de Séparation de 1905, avait en vue les retraites ouvrières (et rappelons à certains ignorants - souvent adeptes de la confusion ou de mauvaise foi -, qu’en 1905, Jules Ferry était déjà mort depuis douze ans…).


Ce mouvement nécessaire de la subversion qui vient, devra s’appuyer sur des émeutes (CPE, loi El Khomri-Macron), des insurrections, des mobilisations (Sivens ou ND des Landes, Fessenheim) qui parfois peuvent être plus ou moins pacifiques, voire non-violentes (cf hôpitaux en Espagne ou en Grèce), avec des comités de quartiers, de villes, de villages, d’entreprises se fédérant à la base. Les questions essentielles sont celles de l’abolition de la propriété privée des moyens de production, de la suppression de l’armée et de la police.

C’est compliqué, mais c’est le mouvement qui se cherche à travers la jeunesse, les chômeurs, les salariés, les sans-toit… Nous avions des schémas simples dans la tête qu’il nous suffisait de suivre. Il y avait des organisations qui nous « guidaient »… D’une certaine façon, c’était plus simple, il n’y avait rien à inventer. La génération actuelle va être obligée de réinventer. C’est sans doute positif.


Francis Pallarés Arán, St Michel sur Orge, le 2 février 2017.

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