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Un tsunami politique

mercredi 14 juin 2017, par Club Politique Bastille

Le Club Politique Bastille siégera en Réunion-débat le samedi 24 juin 2017 à partir de 14h30 précises au local de l’Emancipation, au fond de l’Impasse Crozatier à Paris 11e, ...

Sans-culottes, Chasubles rouges et autres K-way Wanabee noirs sont chaleureusement invités.

L’ordre du jour sera bien sûr la situation politique française en particulier dans le contexte mondial en général.

Quelle contre-hégémonie du populisme du Commun faut-il opposer à l’hégémonie du populisme macronolepéniste du néo-libéralisme unifié ?

Comment construire le peuple du Commun en bloquant et en désagrégeant le peuple du front unique des macronistes de gauche et de droite ?

Comment unifier les différents peuples du Commun d’Europe, des États-Unis et d’Amérique latine ?

Et ceux du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie ?

Etc....

CPB

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C’est une chambre introuvable : un tsunami politique. Ces notes ont été rédigées avant le premier tour et complétées au lendemain.

Non seulement En Marche a la majorité absolue, mais de nombreux rescapés LR lui font allégeance… Le parti de la droite et du centre a vécu. Le PS a disparu. L’abstention a un niveau historique : chômeurs, ouvriers, employés, jeunes ont boycotté les urnes.

C’était écrit.

Le rejet du PS n’a pas d’égal dans l’histoire de la social-démocratie française et européenne. Le quinquennat d’Hollande lui a évidemment porté le coup de grâce, mais en réalité, l’incurable maladie a été diagnostiquée il y a longtemps : précisément en 1983 sous Mitterrand. La « parenthèse » annoncée par celui qui était premier secrétaire - encore trotskyste - Lionel Jospin n’a jamais été refermée.

À dater de ce jour, « changer la vie » a disparu au profit de l’Europe de Bruxelles. La politique socialiste n’a plus varié. Au contraire. Delors a joué le rôle moteur dans l’élaboration des traités libéraux dotant la commission européenne de pouvoirs quasi-dictatoriaux ; de Pierre Mauroy à Jospin en passant par Laurent Fabius, le PS, associé aux Verts ou le PC, a mis en œuvre, envers et contre tout, l’Europe libérale ; lorsque les partis bourgeois éprouvaient les pires difficultés politiques à tenir le cap, le PS prenait le relais. C’est ainsi le gouvernement Jospin de cohabitation et de « gauche plurielle » qui qualifie la France pour l’Euro tout en privatisant plus que… Balladur : le gouvernement plus « à gauche » en Europe déclarait alors le ministre JL Mélenchon qui a fait applaudir son bilan lors de la campagne électorale… La stratégie libérale de ce gouvernement provoque le premier décrochage historique avec les classes populaires. À la « surprise générale », Jospin est éliminé, Le Pen qualifié aux présidentielles. Ceux qui sont responsable de ce résultat se sont immédiatement mobilisés pour faire voter Chirac contre Le Pen. Déjà !
Ensuite, le rejet des politiques de Chirac et Sarkozy durant dix-sept ans ( !) a, de justesse, qualifié le médiocre techno-libéral Hollande. Il n’a même pas fait semblant de combattre « la finance » : à peine élu, admonesté par A. Merkel, il a abandonné l’engagement de renégocier les traités européens, de desserrer l’étreinte de l’austérité… D’emblée avec le CICE, il a mis en œuvre une spectaculaire politique au profit du Capital. Mais ça ne suffisait pas. Il fallait faire plus : Valls premier ministre, assurant la promotion ministérielle de Macron, il a mené une politique violemment anti-ouvrière avec la loi El Khomri. La déchéance de la nationalité, l’utilisation systématique de la police contre les salariés ont provoqué le dégoût. La haine.

Pugnace, la mobilisation des salariés, de la jeunesse a été épuisée, disloquée en « Journées d’actions » par la CGT et FO fait échouer le mouvement contre les attaques des droits ouvriers. Mais cette bataille a détruit le PS interdisant à Hollande de se représenter. Du jamais vu.

Dans une des nombreuses confidences, le président de la République, cynique, a confié aux journalistes : le PS doit se faire hara-kiri.

Objectif atteint. Rappelons qu’en 2007, le PS possédait TOUS les pouvoirs. L’assemblée, le Sénat, la plupart des régions, l’écrasante majorité des départements, idem pour les municipalités…

Quelques 2 millions d’électeurs ont participé aux primaires du PS, autant dire, quasiment rien. Encore, la plupart sont-ils venus pour étriller Valls. Le PS s’est désintégré, Valls, De Rugy s’asseyant sur les engagements, se sont immédiatement ralliés à Macron.

Content de lui, Hamon a dit des mots de gauche. Comme Guy Mollet qui parlait de paix en Algérie et faisait la guerre… Donc Hamon a dit des mots de gauche tout en refusant de rompre avec la politique de Hollande, revendiquant même « une partie du bilan » : sa participation au gouvernement s’est révélée un véritable boulet. Il a été laminé. Avec aux législatives la même réaction : un rejet spectaculaire du PS, de ses élus. Car de militants, il n’y en a plus. Ni pour préparer les meetings, ni pour y participer. Il faut bien mesurer l’ampleur de rejet-haine des candidats socialistes. La plupart des barons sont balayés ; dans le Nord. Pas-de-Calais, la région toulousaine, le petit Quevilly, le PS disparaît ! Ceux qui s’imaginent que réduit à quia, le PS dans un nouveau costume, une nouvelle appellation pourra dans l’opposition se refaire la cerise se trompent. Il n’y a plus de place pour lui dans la vie politique, de cohésion minimum qui autorise une synthèse interne. Il a été trop loin, trop longtemps. Une génération est balayée, épuisée. Restent en région, assiégés, quelques - petits - bastions qui disparaitront, comme les radicaux ou le PCF.

C’est donc une situation inédite. Il n’y a plus- ou presque - d’opposition parlementaire censée défendre, représenter les salariés. Les cartes vont être rebattues.

En créant En Marche !, Macron a récupéré du PS ce qui lui semblait utile, rejeté le reste. Il fallait du neuf, avec de nouveaux acteurs pour une vieille politique ultra-libérale. Macron a réussi son affaire. Il a mobilisé les couches favorisées par la mondialisation. Le PS a depuis longtemps abandonné les prolos au profit des bobos : l’ancien banquier a fait tapis sur cet électorat. Avec talent. Profitant de l’incroyable épisode Fillon, il a annexé une partie de la droite. Et pas la plus sociale… Le premier ministre est un fidèle de Juppé : l’homme de 1995. Mais le succès de Macron, amplifié par les médias est relatif : 24% aux présidentielles (soit 16% des inscrits), 32 aux législatives, ce sont des résultats dans la fourchette basse des élections depuis la création de la Ve République. Bref, l’apparence est trompeuse. Surtout si on tient compte de l’abstention.

La gauche institutionnelle disparaît.

La droite est déboussolée entre explosion et recomposition. Macron a bénéficié du ralliement d’un centre symbolique (Bayrou) pour bâtir sa majorité. Communication, tout est communication. Là-haut Debord doit rigoler. C’est du spectacle, du bon spectacle.

Macron a donc tous les pouvoirs.

Il va s’en servir et vite fait.

La crise de la Vème République ? Disparue. Quand les salariés sont impuissants à changer la situation, la bourgeoisie, au bout du bout, trouve toujours les solutions. Son véritable parti, n’est pas un programme, par définition aménageable, mais l’État. Et Macron l’a reconquis. Il va le nettoyer, moderniser, rajeunir, s’assurer de la fidélité des troupes et marcher…

Donc la crise « mortelle » de la Vème République, dont on nous a rebattu les oreilles depuis… des décennies, est pour l’heure surmontée.

Macron a tous les pouvoirs. Comme De Gaulle à partir de 1962.

Tous les pouvoirs, c’est compliqué. Dangereux. On n’entend plus que sa voix. On se mire dans la glace du pouvoir. Il n’y a pas d’oppositions à l’Assemblée. Et la presse soumise, servile, de chanter les louanges du Petit Prince… Mais la situation reste fragile. D’ailleurs, le nouveau président fait attention. Il cherche à déminer le champ social. Il a besoin des syndicats.

Comme toujours, mais plus encore que d’habitude, les appareils syndicaux vont faire le sale boulot. Après la CFDT, JC Mailly dont c’est le dernier mandat et qui songe à son avenir, salue la « perception sociale » du nouveau ministre du travail… rappelle que les ordonnances sont légales et que pourquoi pas… C’est émouvant. De son côté, Martinez a tonné : attention, nom de Dieu, si on nous cherche, on nous trouvera ! Il y aura des cortèges, même le 15 août s’il le faut ! Des palinodies. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, des dirigeants de l’appareil FO rejoignent - comme la CFDT - le cabinet de Macron ! : les mêmes jurent les samedi, dimanche et jours de fête que l’indépendance est l’alpha et l’omega du syndicalisme…

La lutte pour vaincre le président libéral Macron implique donc de surmonter de très nombreuses difficultés. Les obstacles à franchir sont considérables. Et sauf la jeunesse dont la mobilisation spontanée peut, d’un coup tout changer, le salariat aura, pour relever la tête, besoin de conscience, de clarté, de confiance et de courage. Et probablement de temps. Sans oublier une vision politique du destin de la société, sur les plans économique, social et urgemment écologique. Ce que les électeurs de Mélenchon cherchaient dans les meetings ce sont des solutions politiques pour le moyen et court terme.

Nombreux sont les camarades - incorrigibles - qui appellent déjà à préparer « les luttes ». C’est toujours les « luttes finales ». Pourtant, l’expérience nous apprend qu’entonner ce refrain ne sert à rien. Des « luttes », des grèves, des manifestations, il y en aura. Soit pour réclamer de meilleurs plans sociaux, soit pour répondre aux appels rituels des organisations syndicales. Mais la lutte réelle, significative c’est celle qui sera menée par les salariés eux-mêmes… Qui jaillira de la base balayant les confédérations. Et rien de tel n’est prévisible.

Dans le champ de ruines politiques, gisent également les décombres de l’extrême gauche. Laissons les POI à leurs lambertistes querelles, LO à son éternelle vacuité politique, reste le NPA.

Une mobilisation militante considérable a permis d’obtenir les signatures : le NPA avait donc un candidat aux présidentielles ; un ouvrier révolutionnaire : chapeau bas ! Avec le recul, on peut prendre la mesure du résultat. Poutou a été incapable d’incarner la révolte dormante, le désespoir des précaires, des salariés, des chômeurs, les préoccupations des combattants. Le candidat du NPA, en fait l’organisation toute entière, n’a été, ni dans le fond, ni dans la forme, en mesure de parler aux millions d’opprimés, à la jeunesse qui s’était mobilisée aux avant-postes de la loi El Khomri.

Quelle alternative à la Barbarie ? Comment nourrir le mouvement spontané, imposer l’unité contre les appareils syndicaux ? Comment ? Comment ? Comment ? Rien. Si, pardon, la sortie heureuse du candidat lors d’une émission télévisée, contre la corruption de François Fillon. Une « petite phrase » qui a fait du buzz comme disent les communicants. Rien de plus. Tout ça pour ça.

« On ne peut pas laisser les élections changer quoi que ce soit » a déclaré le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble. Les militants devraient y réfléchir. Notamment au NPA.

Après le quinquennat d’Hollande, l’élection de Macron est donc une nouvelle défaite des salariés. Le nier est absurde. Le temps venu, les salariés relèveront la tête, mais le plus probable c’est que Macron aura, à la vitesse des ordonnances, fait passer l’essentiel de sa politique. Épuisée par le combat pour faire aboutir la politique du MEDEF, gangrénée par la corruption, la classe politique dans son ensemble est en voie de renouvellement. Le salariat réagira-t-il ou entrons-nous dans une période de glaciation ? Nul ne peut répondre à cette question. Ce n’est pas la fin du monde mais un nouveau monde politique.

Il est atteint de présidentialisme aigu : c’est la maladie chronique de la Vème République.
C’est Jean-Luc Mélenchon.

Il s’est cru qualifié pour le second tour. S’exprimant avec majesté à la première personne du singulier devant des salles combles d’où le drapeau rouge avait été chassé au profit du tricolore - celui des fusilleurs de 1848. La Marseillaise imposée contre l’Internationale qui dénonce « Dieu, César, et tribun » ! À ce prix, JL Mélenchon a cru vaincre.

Il adore Mitterrand : il s’est rêvé en Mitterrand II ; avoue être fier du bilan du gouvernement Jospin. Candidat à Marseille, il a précisé qu’il ne voulait pas détruire le PS, mais le remplacer, refusant par ailleurs l’unité avec le PC.

C’est à un nouvel âge d’or, d’un réformisme nationaliste, keynésien, vaguement anticapitaliste, que le créateur de la France Insoumise nous appelle. Un réformisme qui ne se situe pas sur le terrain de classe mais qui oppose le « bas » du « haut ». Et, en « haut » du « haut », il y a Mélenchon-Bonaparte, comme Castro, Chavez…

Mélenchon c’est un Caudillo franc-maçon. Avec quelques dizaines d’affidés, il décide de tout. Pas de discussions, de débats, de tendances. Surtout pas de démocratie ! Il parle, vous cliquez. Il déclame, vous applaudissez. Il décide vous appliquez. Ce centralisme bonapartiste - hérité pour partie de la pire époque de l’OCI - ramène le mouvement ouvrier des décennies en arrière ! La vérité c’est que l’orientation de JLM expulse le peuple, les exploités, de la vie politique. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, n’est plus son crédo. Les citoyens doivent voter, les militants appliquer. Cette double obéissance est le marqueur anti-démocratique du fondateur de la France Insoumise qui se réduit à un mouvement soumis à sa personne.

Bouffi d’orgueil, annonçant avec certitude qu’il est prêt à « présider », puis à « gouverner », multipliant attaques ad hominem, injures, Mélenchon a transformé le score remarquable de la présidentielle en bide total aux législatives. Le pouvoir personnel finit par lasser. Cela n’enlève rien au succès populaire considérable de sa campagne. D’une manière différente, comme Macron, il a bénéficié d’une situation exceptionnelle. Surfant avec brio sur le rejet du PS, la quasi disparition du PC, le fiasco total de l’extrême gauche, il a proposé une alternative au « peuple de gauche », aux « gens ». Aux combattants de la loi El Khomri, il a offert un débouché politique verbal, semé d’illusions parlementaires. Répétons-le, sur ce plan, sa campagne a été une réussite totale. Et s’il avait combattu pour l’unité de candidature à la présidentielle, pour un accord gouvernemental avec Hamon, il aurait figuré au second tour. D’ailleurs, la bourgeoisie a vraiment eu peur. En France, à l’étranger, elle s’est mobilisée pour le combattre, le discréditer : un face à face Macron-Mélenchon eut été, indépendamment du narcisse, un événement politique considérable.

Hélas, le néo-lambertisme a ses limites et l’opportunisme va de pair avec le sectarisme. Son succès l’a proprement enivré. Depuis, imperturbable, il poursuit sur la même ligne, refusant accord avec le PC, les Verts, l’extrême gauche, présentant partout des candidats pour peut-être constituer un - petit - groupe parlementaire et assurer un financement propre à constituer son appareil national. Pour lui c’est l’essentiel.

Après, il proposera un gadget politique : le soir du premier tour, il évoquait un mouvement « humaniste », demain un « Front Populaire » new look en attendant les élections européennes… L’aventure personnelle continue et c’est triste, d’autant que la situation internationale se tend.

La réunion du G7 a mis en lumière l’opposition entre un Trump imprévisible et les impérialismes secondaires, l’Allemagne en tête. Les Américains combattent, font pression, veulent reconquérir les marchés perdus. Mais l’Allemagne n’est pas l’Arabie Saoudite. Macron s’est évidemment allongé, Angela Merkel, elle, a fermement répliqué alors que la situation économique de l’Angleterre après le Brexit s’essouffle dangereusement. Et la défaite des conservateurs ne va rien arranger. Tout va bien mais la voiture fonce sur la route verglacée. À tout moment, le pilote peut avoir un malaise…

Nous étions convenus d’attendre le résultat des élections pour écrire un texte d’étape du - petit - Club Politique Bastille. C’est fait. Essayons collectivement d’aboutir.

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