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Obsèques de Michel Villerey – 14 décembre 2018.

dimanche 16 décembre 2018, par Club Politique Bastille

Obsèques de Michel Villerey – 14 décembre 2018.

Après les interventions familiales et amicales, et celles au nom de l’UD-FO et de la Libre-Pensée,
il y eut celle rappelant le parcours militant de Michel Villerey devenu trotskyste en 1968, prononcée par Alain Chicouard, avant que la cérémonie se termine au chant de l’Internationale.

Chers amis, c’est le cœur serré que nous sommes ici rassemblés pour rendre hommage à Michel, à l’époux de Suzanne, toujours à ses côtés et depuis si longtemps, au père d’Anne-Claire et de Nicolas, au grand-père de cinq petits-enfants plus que chéris, au parent, à l’ami, au collègue, au militant.

Emotion et tristesse d’accompagner ici un si vieux compagnon de tant de combats communs depuis un demi-siècle.

Combien d’amis et de camarades salueront son engagement militant pour la cause du socialisme, sans la moindre discontinuité depuis 50 ans ?

Cet engagement militant avait un axe fondamental : le programme de la IVe Internationale.

Car, si Michel fut un ardent libre-penseur et un syndicaliste dévoué, toujours dans le respect scrupuleux de la spécificité et de l’indépendance aussi bien de la Libre-Pensée que du Syndicat, il fut d’abord et avant tout un militant trotskyste.

Au-delà des fluctuations du cours des choses, au-delà de bien des péripéties, il est demeuré convaincu que l’alternative décisive pour l’avenir de l’humanité était : « socialisme ou barbarie ».

Le trotskysme, pour Michel, c’était d’abord cette conviction que « sans révolution socialiste, (…) la civilisation humaine tout entière est menacée d’être emportée dans une catastrophe. » et qu’en fin de compte, tout dépend des classes ouvrières et populaires, et, au premier chef, de son avant-garde révolutionnaire.

C’est pourquoi Michel a consacré tant de temps et tant d’énergie pour la construction d’une organisation révolutionnaire.

Etabli à Paris durant les années 65/68, il participait à des réunions syndicales à la Bourse du Travail, boulevard Magenta. Lors d’une de ces réunions, il est interpellé par Roro (alias Robert Rollinat, ici présent) qui était organisé à l’OCI. Il a été présenté à un responsable parisien, et c’est ainsi qu’il rejoindra l’OCI sur les marches de la Mutualité, le 10 mai 1968.

C’est donc en 1968 qu’il est devenu trotskyste, et qu’il l’est demeuré jusqu’à maintenant, en dépit des ressacs, et notamment d’une crise interne ignominieuse en 2005.

Volontiers boute-en-train dans les moments festifs, et capable d’entonner bien des ritournelles ou des chansons, celles de Fernand Clas par ex., il savait, dans sa vie militante, ce qu’était la rigueur d’un calendrier et l’exigence de réaliser ce qui était décidé en commun.

Impossible de résumer en quelques minutes les multiples combats menés durant cinq décennies.

Combien de réunions internes dans le sous-sol des Clairions, puis dans le local de la rue du Temple, puis dans celui de la rue Sutil ?

Combien de réunions publiques et de meetings, combien de diffusions de tracts et de journaux, combien de participation à des réunions syndicales et associatives ?

Que citer ? Que rappeler ? Par exemple :

- le meeting de l’OCI en septembre 73 au lendemain du coup d’Etat de Pinochet au Chili, avec une banderole disant notamment : A bas la Junte ! Pas un sou, pas une arme pour la Junte ! Boycott international ! ,

- la campagne en 1975 pour la libération du mathématicien Pliouchtch interné en URSS par le régime stalinien dans un hôpital psychiatrique spécial, notamment pour avoir protesté contre le procès de deux écrivains,

- le meeting du 25 novembre 1977, avec 115 participants, grande salle Soufflot, pour l’unité contre le gouvernement Giscard-Barre,

- le meeting de l’OCI pour l’unité PS-PCF pour battre Giscard rassemblant le 22 mai 1980, 120 participants, salle Vaulabelle,

- mars 1983 – Élections municipales – Michel conduit à Auxerre une « liste ouvrière d’unité pour le respect du mandat confié par le peuple à la majorité PS-PCF à l’ Assemblée nationale », et aux Municipales de 1995, il conduira la liste « Démocratie communale »,

Il sera de toutes les campagnes contre la guerre du Golfe, contre l’Europe de Delors et de ses directives , pour le retrait du Plan Juppé-Notat, détruisant la Sécurité Sociale, contre le traité de Maastricht, contre le Plan Fillon en 2003... ,

- 10 mai 2005 – meeting à l’appel de la Fédération de l’Yonne du Parti des Travailleurs, salle Soufflot, pour le vote Non au référendum sur le Traité européen – 73 participants.

De tout cela, et de tant d’autres initiatives, Michel fut pleinement partie prenante comme responsable et co-organisateur.

Ce meeting du Parti des Travailleurs du 10 mai 2005 sera le dernier, car, en ce mois de mai 2005, une crise interne aussi absurde que brutale, va disloquer la Fédération de l’Yonne, accusée de façon aberrante d’ « anti-syndicalisme » par le Secrétaire national et quelques sbires sans vergogne. Michel, profondément indigné, combattra les méthodes bureaucratiques brutales et délirantes de dirigeants nationaux dépourvus du moindre scrupule. Comment cette crise invraisemblable n’aurait-elle pas pesé lourdement sur le moral de Michel comme sur celui des autres adhérents ? Heureusement, il y eut les forts liens de solidarité entre les 27 exclus.

Aux yeux de Michel, ni les principes, ni les perspectives définis par le programme de la IVe Internationale n’étaient pour autant annihilés. Michel participera, sur le plan local, à la création d’un cercle dénommé AREMO, dont il était le président, association qui éditera plusieurs bulletins et organisera des réunions et des conférences-débats, comme, par ex ., en février 2010, celle sur la crise économique et les contradictions sociales avec Robert Rollinat.

Ainsi, d’une certaine manière, une période était bouclée. Ensuite, les discussions se poursuivront sur les nouveaux développements politiques, avec la certitude que se manifesteraient des explosions sociales et de nouveaux regroupements, sous des formes inédites, sans doute confuses et contradictoires, mais dont la logique, sous une forme ou sous une autre, ne pouvait que conduire à renouer avec tous les combats antérieurs pour le socialisme.

On peut rire ou pleurer ou s’indigner, mais, pour faire écho au propos célèbre de Spinoza qu’il citait volontiers, ce qui doit prévaloir, c’est de comprendre.

Michel, pour se déterminer comme militant, avait une démarche essentielle qu’exprime parfaitement ce propos de Léon Trotsky qu’il faisait sien :

« Connaître les causes rationnelles de ce qui s’accomplit et y trouver sa place, telle est la première obligation d’un révolutionnaire. Et telle est aussi la plus haute satisfaction personnelle à laquelle puisse aspirer celui qui ne confond pas sa tâche avec les intérêts du jour présent ».

Jusqu’au dernier moment, malgré des problèmes de santé de plus en plus contraignants pour lui et de plus en plus bouleversants pour son entourage, sa soif d’apprendre et de comprendre est demeurée inextinguible, et est demeurée entière sa conviction que l’humanité avancera, coûte que coûte, sur le chemin de l’émancipation et du socialisme.

Pour toutes celles et tous ceux qui auront connu Michel, resteront l’instituteur et le directeur attaché à son école publique et laïque de la ZAC, le citoyen connaissant mieux que personne Auxerre, sa ville, l’homme bon vivant et enthousiaste,

et, en particulier pour toutes celles et tous ceux qui auront combattu à ses côtés, demeureront le syndicaliste, le libre-penseur, le militant trotskyste passionnément dévoué à la cause du socialisme. Toutes et tous te disent merci.

Comme tu le souhaitais, le drapeau rouge est là, et l’Internationale retentira, et elle retentira encore demain et après-demain.

Pas d’inquiétude, Michel, le combat continue. Vive la Sociale.

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