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Le Club Politique Bastille se réunit le 5 janvier 2019 à 14h30 - "La crise galope." - Journal des Gilets Jaunes - Ter : Jeudi 27 décembre 2018 - Vendredi 28 décembre - Dimanche 30 décembre 2018 - Mercredi 2 janvier 2019 - Jeudi 3 janvier - Vendredi 4 janvier - Lundi 7 janvier - Mardi 8 janvier - Mercredi 9 janvier - Vendredi 11 janvier - Lundi 14 janvier - Mardi 15 janvier

lundi 31 décembre 2018, par Club Politique Bastille

Cher tous,

Nous avons suivi avec délice le feuilleton de Michel. Les gilets jaunes ne sont pas prêts d’arrêter leur mouvement... acte VII, VIII....

Michel a donc encore du pain sur la planche :
Quelques petits signes qui ne trompent personne. Macron se cache pour sortir et n’ira pas skier. Un milliardaire appelle ses collègues à donner 10% de leurs revenus aux pauvres.

TOUS, tous ceux qui ont la tête comme un melon (gauche, droite, centre etc...) veulent conseiller les gilets jaunes et sont inaudibles. Tous espèrent les rallier en vue des européennes.

C’est inédit, jamais les médias n’ont été à ce point en défense du pouvoir comme en ce moment. Avec la casserole Benalla et la ballade à St Trop du couple Macron, peut être qu’ils commencent à le lâcher.

Lagarde, directrice du FMI, panique elle aussi et c’est tout juste si elle ne va pas enfiler un gilet, elle dénonce les inégalités de la mondialisation.

Il me semble qu’il nous faudra analyser la situation française dans le contexte international.Les gilets jaunes ont essaimé en Europe et ailleurs.

Rappelons que Mai-Juin 68 a eut des répercussions dans le monde entier.

A samedi et bonne année à tous.

Jacky

Le Club Politique Bastille
se réunit le
5 janvier 2019 à 14h30

à l’EDMP
8 Impasse Crozatier 75012 Paris. Métro : Gare de lyon

Réf. :

http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article230

http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article229

***

La crise galope.

La classe politique est hébétée.

Les opprimés, avec panache, ont fêté le cinquantenaire de Mai 68.

VIII semaines après son début, le mouvement des Gilets Jaunes est toujours vivant, menaçant pour le pouvoir : Macron a peur. Autour de lui, à l’Élysée, les rats commencent à quitter le navire…

Dans tout le pays, un cri a unifié, rassemblé, « Macron démission ».

Le rapport de force entre les classes a changé du tout au tout. Depuis le 17 Novembre, largement plus d’un million ont bloqué, filtré, quadrillé, manifesté. Dans pratiquement toutes les villes, ouvriers, chômeurs, artisans, précaires, retraités, auto-entrepreneurs ont manifesté. Semaines après semaines, samedis après samedis, les gilets jaunes ont frappé sur le même clou, portés des coups terribles contre le pouvoir.

Et si le siècle avait vraiment commencé le 17 Novembre ?

Macron affirmait : contrairement à Sarkozy, Hollande, je ne céderai pas. Il a été battu en rase campagne.

Macron a dû reculer.

Violences ? Qui ose parler de violences ?

10 morts dont une vieille dame atteinte par une grenade lacrymogène, 1800 blessés, des centaines arrêtés. À la violence sociale, à la répression policière, a répondu l’autodéfense des gilets jaunes. Plus ou moins nombreux, les gilets jaunes, samedis après samedis, ont manifesté sur les Champs-Élysées à proximité de l’Élysée ! Du jamais vu. Il y avait, parmi les manifestants, des véritables casseurs, d’extrême droite ? Possible. Tout mouvement de masse draine de tels éléments.

L’essentiel, répétons-le, c’est l’auto-organisation. La créativité. Les rencontres. Hier isolé, les voici animateurs d’un collectif : débats, combats, amitiés, amours… Le rond-point socialise politiquement. La chaleur humaine rompt l’isolement. La conscience de classe qui se forge, écarte les manœuvres du pouvoir comme les « leaders » auto-proclamés.

Abrogation du CICE, rétablissement de l’ISF, lutte contre la fraude fiscale, baisse des salaires des élus, ministres et hauts fonctionnaires, les gilets jaunes ont trouvé les moyens de financer toutes les revendications ! Proportionnelle, assemblée populaire, révocabilité des élus et RIC pour abroger les lois réactionnaires, révoquer les responsables !

Le dynamitage concret de la Ve République.

De la crise à la solution.

Hébétée, la classe politique, effrayée « la gauche ». Le mouvement a pris de cours toutes les formations d’extrême gauche. La France Insoumise, le NPA et le POI ont, après des atermoiements, soutenus le mouvement.

Le POID s’est distingué.

Le soulèvement national contre la bourgeoisie bat son plein et les rédacteurs de la « Tribune des travailleurs » ont dénoncé les groupes « fascistes », mobilisés par le « patronat » ! Les gilets jaunes ? Rien à voir avec les Gilets Rouges nom de Dieu !

En première page de son hebdomadaire, un rédacteur a écrit, nous désignant :
« Depuis trois semaines, quelques individus, dont la principale caractéristique est d’être des ex-militants, ex-partisans du trotskysme, ex tout court, s’acharnent à dénoncer sur les réseaux sociaux notre journal coupable d’avoir affirmé que « rouges est le drapeau des travailleurs » et d’en « avoir appelé au développement de la lutte des classes classiques ».

« Nous persistons et signons ».

Donc le POID persiste à comparer le mouvement des gilets jaunes à une parodie de combat alors que le pouvoir vacille sur ses bases. Le soulèvement populaire est national, dur. Du jamais vu.

Oui, la mobilisation en est un véritable soulèvement.

Et le POID revendique des manifestations syndicales « unies » avec flonflon et ballons de couleurs. Bref, cette prétendue lutte « classique » qui, depuis des décennies, n’est rien, n’obtient rien.

Le pouvoir a du lâcher des augmentations, encore limitées mais réelles, supprimé des taxes, reculé sur la CSG pour les retraités. C’est évidemment trop peu, mais c’est un recul. Une première victoire. Tels sont les faits.

En vérité, le POID ne polémique pas avec le « Club Politique », il tente de calmer les inquiétudes politiques de ses militants qui se heurtent à la réalité : un mouvement soutenu pour 80% de la population, salariés en tête. Les militants du POID ne parviennent plus à faire signer leur pétition, à recruter, à vendre leur journal. Le train train s’essouffle…

La position du POID est totalement réactionnaire et les militants le sentent, le savent.
De surcroit, la « Tribune des travailleurs » nous a fait rire. En page 2, il y a un « Agenda ». Il commence le lundi et se termine… le Vendredi !

Le POID a supprimé le samedi et le dimanche. Surtout le Samedi !

Un gag !

Militants du POID nous sommes sincèrement solidaires de vos insomnies et angoisses. La direction de votre organisation a tout simplement supprimé les manifestants contre la bourgeoisie par centaines de milliers… Bon courage.

Par la démocratie directe, vivante, le mouvement a, jusqu’alors, résisté à toutes les attaques. « Fascistes, assassins, casseurs et tueurs », et maintenant « antisémites ». Mettant en exergue les saloperies racistes et antisémites de quelques canailles, le tintamarre médiatique est unanime : les gilets jaunes sont antisémites ! Ils ont abandonné « sexiste » puisqu’un grand nombre de porte-paroles sont des femmes. À bout d’argument, le « fascisme » refait surface.

Ça ne marchera pas.

Parlons de l’avenir.

Les lycéens ont commencé à manifester. Mais dans les entreprises, rien n’a bougé. Les dirigeants syndicaux, après avoir soutenu le gouvernement sont partis en vacances. Effrayés.

Les gilets jaunes sont toujours là.

Que se passera-t-il en janvier ?

Le mouvement historique va, d’une manière ou d’une autre, se poursuivre.

Michel dans son journal caractérise la génération des années 70/80 de « mort politique ». De cadavre. Je partage totalement ce point de vue.

D’abord, la classe ouvrière en quelques cinquante ans a totalement changé, notamment dans la plupart des pays européens ; le mouvement ouvrier classique est en voie de disparition.

La classe ouvrière a payé au prix fort la mondialisation : désindustrialisation, plans de licenciements à répétitions, crainte du chômage. Avec plus de 5 millions de chômeurs, le patronat dispose d’une armée de réserve.

L’unité du salariat fondé sur les conquêtes sociales, statuts, conventions collectives, garanties a implosé. La précarité c’est l’arme de destruction de la conscience de classe utilisée par le patronat.

Là où l’Allemagne exporte avec un résultat largement positif, la France est en constant déficit. Les grands bataillons ouvriers ont disparu. Qui voyage dans le pays, découvre les déserts industriels, véritable réserve de désespérance pour le RN.

À cette situation dramatique, s’ajoute la situation du service public. Attaquées de toutes parts depuis 1983, les entreprises nationales dépérissent, à commencer par le secteur essentiel de la santé.

C’est à cet univers économique et social que les militants sont confrontés. Leurs fondamentaux politiques du siècle dernier sont totalement décalés par rapport à cette réalité.

Les directions syndicales trahissent les salariés. Mais longtemps, le cadre syndical était en lien étroit avec la classe. La disparition de l’URSS, la puissance de l’offensive néo-libérale, la disparition dans les entreprises du PCF a radicalement modifié le paysage syndico-politique.

La différence avec les années 70/80 c’est que les salariés, globalement, n’ont plus confiance en les organisations syndicales. Trop de pseudos grèves sans unité, de journées d’actions, de divisions, d’accords pourris, de « négociations » avec les gouvernements. Trop. Les syndicats ne parviennent plus à recruter, n’ont plus beaucoup d’influence. Les salariés sont sur leur garde. Les scandales à la tête de la CGT : affaires Lepaon, créations d’officines patronales par d’anciens cadres. La corruption est manifeste : et que dire de JC Mailly trahissant son mandat dans la mobilisation, contractant avec Macron pour rejoindre ensuite la principale officine patronale ? Et les salaires des secrétaires confédéraux ? Et les frais ? Et l’affaire du fichier à FO ? Il y a peu, la presse publiait – discrètement – le montant des subventions accordées aux syndicats par l’État directement ou indirectement. Sur le plan européen et national, les confédérations sont tenues par mille et un fils au Capital. De nombreux militants du PCF disparus ont été… remplacés par des militants trotskystes dans l’appareil : NPA, POI, POID, LO... Ils arbitrent entre les factions.

Les militants réclament, sans y croire, des « grèves générales », fut-ce d’une « journée », comme récemment Olivier Besancenot qu’on a décidément connu plus inspiré, et de fait, prennent en charge, sans même s’en rendre compte, la politique confédérale. Le militant révolutionnaire dans les syndicats, est divisé. D’un côté, l’idéal révolutionnaire, de l’autre la réalité… C’est l’idéal qui a disparu.

Les militants de cette génération – la nôtre - ne sont plus, mais plus du tout sur l’orientation de la révolution. Ils n’y croient plus, c’est dire que l’explosion des gilets jaunes, les émeutes ont stupéfait ces camarades.

Il y a ceux qui ont dénoncé ce soulèvement. La plupart, tétanisés, sont restés à l’écart. La mobilisation réelle ne ressemble pas au schéma modèle de 1917…

Les gilets jaunes se sont organisés sans syndicats ni drapeaux rouges, ni ballons colorés, incroyables !

Les cortèges se défendent contre la police.

Les militants des générations 70/80 sont paralysés dans les sables mouvants du syndicalisme « responsable » et… le crétinisme électoral !

La situation est vraiment passionnante. Totalement nouvelle. La discussion libre absolument nécessaire.

Il y a un dicton utilisé par les boursiers : « Comme va Janvier, va le reste de l’année ».

La bourse a commencé en baisse importante… Discutons.

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Journal des Gilets Jaunes - Ter

Mardi 15 janvier

« Les gilets jaunes s’essoufflent ; ils perdent le soutien de la population et c’est irrémédiable. »
Samedi, l’acte IX a montré le contraire. Aujourd’hui, le soutien aux gilets jaunes, dans les sondages, a pris 7 points, renversant la courbe.
« Ce ne sont que des sondages ».
C’est pour cela que je les retranscris sans les commenter. Ce n’est pas la peine.
Le pari de l’essoufflement a échoué ; le pari du pourrissement sent mauvais.

Reste le GRANDEBA.
Hier, nous avons vu les difficultés politiques qui président à sa mise en place.
Les garants indépendants sont devenus des chevaux légers de la Macronie. Cinq autres devraient être nommés plus tard.

Le GRANDEBA n’attend pas.

Le président Macron fait donner les grandes âmes, les penseurs de la démocratie.
Bernard Henri Levy répond présent et place Macron sous la protection du philosophe Habermas et de son « Éthique de la discussion ». Dans la foulée, il invoque Rousseau. On pourrait en débattre longuement et doctement mais la discussion s’est effondrée d’elle-même, ce matin, lorsque Macron a déclaré : « Les gens en situation de difficulté, on va davantage les responsabiliser car il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent ». Fin de la discussion. On pourrait s’interroger sur « l’éthique du locuteur » mais nous laisserons cela à ses biographes et à Mimie Marchand. Et je ne suivrai pas Hubert Huertas, pourtant très critique à l’égard des gilets jaunes, qui parle « d’autoportrait » en faisant référence à « il y en a qui déconnent ».

Le GRANDEBA doit continuer.

Richard Ferrand a remis ce matin une pièce dans le juke box France inter. Appel à la population silencieuse. Pas de sujet tabou. Macron comme un totem. Alors quoi, un effort ! Le mariage pour…, l’avort…. Il y a des silences de Ferrand qui crient comme une douairière de Saint Nicolas du Chardonnet.

Pour pouvoir dire que le GRANDEBA est une chance pour la démocratie, encore faut-il démontrer que les gilets jaunes sont des fascistes déguisés. Nous en sommes à la deuxième offensive sur ce thème. La première a partiellement réussi en ralentissant le soutien des intellectuels et des organisations de gauche.
Cette fois-ci, on est allé chercher les occurrences de Carl Schmitt dans les publications de Tiqqun ou les fulgurances d’ Éric Hazan. On a fait référence au Panthéon des camionneurs (Soral, Chouard, Gramsci (sic) et autres) et à leurs dérapages complotistes. On peut aussi citer un « sociologue radical » comme Éric Fassin qui, de retour du Brésil, a fait part de ses craintes avec ce bel aphorisme : « Quand on ne distingue pas la droite de la gauche, ça ne finit jamais à gauche. » En effet, lorsque l’on ne pense que dans le cadre du système néolibéral, c’est ce qui arrive lors des élections où la droite et la gauche ont le même programme, économique hier, économique et répressif aujourd’hui. Mais justement, c’est ce système néolibéral qui est sapé par l’action des gilets jaunes. Ils avancent des revendications qui vont du rétablissement de l’ISF à la justice sociale, de l’augmentation des salaires à l’égalité réelle des droits et non des chances. Des revendications qui n’abordent ni les sujets religieux ni l’immigration comme un problème. Ce n’est pas là un programme fasciste ou lepéniste.
Pour vérifier, il suffit de regarder ce qui est écrit dans les « cahiers de doléances » tenus par les maires de l’ « association des maires des petites communes rurales », ou lire les listes de revendications élaborées lors des assemblées de ronds-points. Les Lepen et les fascistes sont contre toutes les revendications d’égalité sociale et sont d’accord avec Macron pour remettre au centre du débat immigration et islam.

Il est difficile de penser une dynamique surtout pour une génération d’analystes politiques qui a pour habitude de penser en entomologiste (qui signe quoi ?). Difficile aussi de sortir de la réflexion spéculaire gauche/droite, extrême gauche/extrême droite, faf/antifa. En général, cette relation est franche, mais elle traverse un espace vide, invisible, « l’espace du peuple ». « On ne sent pas ses chaînes quand on ne bouge pas. »(Rosa Luxemburg dont c’est l’anniversaire de l’assassinat.)
Or, aujourd’hui, s’est dressée une armée de gilets jaunes qui brouille la vision spéculaire. Ils ne l’ont pas pensé, ils ne l’ont pas fait exprès, ils se sont juste mis debout en disant : « Ca suffit, Macron dégage ». Avec leurs mots mais aussi avec, pour certains, leurs fantasmes de camionneurs ou les croyances complotistes propagées par la droite extrême, et surtout, pour leur grande masse, avec le silence pesant de dizaines d’années de misère, de privation et de mépris social.
Un monde qui se dresse, un mouvement qui s’enclenche, c’est une université politique qui s’ouvre. Il se trouve encore quelques journalistes de plateau pour se moquer des hésitations ou des fautes d’élocution de certains, mais nous tous avons bien remarqué comment les pensées se sont structurées, les expressions se sont affinées. Certes, ce n’est pas une règle absolument générale. Il ne faut pas confondre Priscillia Ludosky et Éric Drouet.

Revenons donc au GRANDEBA, lancé aujourd’hui à Bourgtheroulde. Ville totalement bloquée. Impossible d’y pénétrer. A 18 heures, situation tendue. Jets de gaz lacrymogène. Une première arrestation.
La démocratie En Marche.

A ce stade, une question se pose : Combien de temps Macron tiendra-t-il sur cette ligne autiste ?
Va-t-on vers la création d’un Parti de l’Ordre, (« La démocratie néolibérale par la force ? ») Mais avec quelle troupe ? Ou vers un recours aux possibilités constitutionnelles ?
Vouloir rester droit et immobile dans la tempête, c’est la chute assurée.
Alors ?

***

Lundi 14 janvier

Aujourd’hui c’est le huitième anniversaire de la révolution de jasmin.
En huit ans, par une sorte de contagion virale, la révolte pour la liberté, la maitrise de la vie et contre le système économique s’est étendue dans le monde entier. Elle a pris des formes différentes (révolutions arabes, indignados, occupies etc.) mais elle a toujours été éruptive et massive.
Certes, à aucun moment, ces révoltes en résonnance les unes avec les autres n’ont pu construire un outil international opérant.
Certes, il est encore difficile de voir les effets réellement positifs et durables de ces événements. Dans le cas de la Syrie par exemple, on peut voir que les dominants sont prêts à tout pour rester en place, y compris à s’attaquer à la population, en ravageant le pays.
Mais, ces mouvements souvent spontanés continuent d’exploser un peu partout.
Huit ans, c’est une éternité pour les combattants syriens ou kurdes, c’est long pour les populations en lutte contre des gouvernements de plus en plus autoritaires. Mais huit ans, c’est court pour un processus historique qui se poursuit, évolue et maintient une pression constante sur un système néo libéral irréformable.

Retour sur l’Acte IX de samedi.

Quel échec ! Un désastre même !
C’est BFM qui le formule le mieux : « Une mobilisation en hausse mais des violences en baisse ».
Admirons toute la subtilité de l’emploi de la conjonction déceptive.
En effet, que voulaient Castaner et les penseurs macronistes ? Faire la démonstration dans la rue que les « vrais gilets jaunes », ceux dont on reconnaît la juste colère, avaient été supplantés par des « casseurs, des émeutiers, des professionnels de la subversion ». Le gouvernement allait donc redonner la parole au bon peuple impatient et légaliste.
Pour ce faire, il fallait une faible mobilisation. Ce fut un regain important avec de nouvelles villes mobilisées, des manifestations organisées.
Pour ce faire, il fallait un déchainement de violence supérieur au samedi précédent. Ce ne fut pas le cas. Au contraire, ce qui est à nouveau apparu en pleine lumière ce sont les violences policières. Bien sûr, les violences exercées contre les journalistes de terrain sont condamnables mais ne peuvent être comparées aux violences policières.
La « gestion de la séquence » a tourné au désastre et le « grandéba » qui devait apparaître comme le retour d’un dialogue serein entre gens de bonne volonté s’annonce comme une épreuve pour la Macronie.

L’ Acte IX a vu pour la première fois des appels clairs de deux syndicats à rejoindre les gilets jaunes (Solidaires et la Confédération paysanne). C’est peu mais on ne s’en étonne plus.
Un appel de 250 intellectuels et artistes a été rédigé. C’est une bonne chose même s’il a fallu attendre neuf semaines pour le faire éclore. Ce sont des intellectuels « intrépides » qui « jusqu’à maintenant s’en étaient tenus à un silence prudent ».
Il faut se souvenir que Sartre appelait à la jonction des intellectuels et des ouvriers en 1968 et que Bourdieu se mettait au service des salariés en 1995. Ils prenaient des risques ; ils voulaient armer le peuple pour son combat. Ils pouvaient se tromper mais ils avaient le courage de monter en première ligne pour au moins servir de protection au moment des répressions.
Saluons néanmoins l’appel de ces intellectuels « à soutenir activement les Gilets jaunes, à relayer leurs revendications et à rejoindre leur lutte ». Dans le même temps, une pétition pour l’amnistie de tous les gilets jaunes est ouverte à signatures. C’est important car si une discussion devait s’engager, l’amnistie et je pense aussi le retour de l’ISF seraient des préalables non négociables.

La Lettre du Dimanche ;

Hier, nous avons donc reçu une lettre.
Son style est plat, poussif comme un devoir du dimanche soir pour le lundi matin.
Quoi que l’on puisse penser de sa politique, comment ne pas regretter les qualités d’épistolier de Mitterrand manifestées dans sa lettre aux français comme dans ses lettres d’amour à Anne Pingeot.
Je ne réclame en aucun cas les lettres d’amour de Macron ! Je pense juste que dans le titre du livre de Domenach et Szafran, le « Tueur et le Poète », il faut enlever un des deux termes. A moins qu’il n’écrive volontairement mal pour se faire « comprendre » des français. Ce n’est pas impossible auquel cas je propose : « le Tueur et le Pervers ».

Quant au contenu, il est clair.
Libre à vous d’écrire ce que vous voulez mais il est hors de question de revenir sur les réformes. L’ISF, revendication emblématique des gilets jaunes, c’est non.
Une baisse des taxes et des impôts, oui, à condition de consentir à des sacrifices correspondants. Il en va de même pour la transition écologique et tous les autres sujets économiques.
Concernant les réformes institutionnelles, regardez le programme.
Enfin et c’est nouveau, à l’inverse du souhait de son groupe parlementaire (mais qui se soucie de ceux-là ?) le débat portera aussi sur l’immigration et la laïcité.
Sur l’invasion de ces hordes de musulmans qui piétinent notre civilisation et nos valeurs. A vos plumes, les fachos, aidez moi ! Comme le « démontrait » subtilement le JDD, face à Macron, il n’y a plus que Marine Le Pen.
La ficelle est grossière et le « Poète »déçoit.

Le Grandeba

Qui l’organise ? Une personnalité indépendante.
Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public, s’est récusée après la révélation de son confortable salaire.
La commission elle-même s’est récusée n’ayant obtenu aucune garantie sur le caractère démocratique du débat et sur l’indépendance dans le traitement des données.
Macron a pensé un temps à Nicole Notat. Bonjour aux « moutons noirs ». Giscard n’est pas libre.
Donc, la personnalité incontestable, indépendante sera un couple de sous ministres aux ordres. Voilà qui est clair.

Comment est-il organisé ? Les maires seront en première ligne. Oui, mais non !
Édouard Philippe expliquera le « process » en temps voulu. Oui, mais c’est demain !
Décidément, les élèves qui se croient trop doués finissent toujours par se prendre les pieds dans l’emploi du temps.

Au fait, la plateforme numérique, le nec plus ultra de la démocratie 2.0, est confiée à une Start-up privée avec un logiciel fermé. Donc, secret défense.
Il aurait été pourtant facile de la confier à une agence publique avec un logiciel open source. Pas sûr, le service public ?

L’affaire est mal engagée pour le gouvernement. Son avenir est incertain.
Les gilets jaunes commencent à s’organiser, des branches se structurent. Les Assemblées populaires se multiplient. Les gilets jaunes de Montreuil répondent à l’appel de Commercy. La perspective de la Commune des communes est tracée.
Sur le papier, toute perspective structurante est séduisante. C’est dans la réalisation que les difficultés apparaissent. Je pense qu’il ne faut pas sous estimer les progrès politiques accomplis par les gilets jaunes en deux mois sur les ronds points, y compris les progrès de certains « leaders ». Le danger d’une perspective de structuration politique qui ne viendrait pas du coeur du mouvement serait de voir apparaître des différenciations sociales à défaut d’être politiques. Il faut faire confiance à la créativité des couches populaires.

Au fait, bientôt, des journées d’actions syndicales sur l’emploi et le pouvoir d’achat. Non, ne riez pas. Je suis curieux de voir quelles réactions chimico-politiques vont se déclencher aux contacts des gilets jaunes.

L’avenir est plein de promesse. Le Poète a ratée sa lettre, le Tueur n’a plus toutes ses armes. L’Acte IX a infligé une défaite au plan Macron Débat.
Et Macron va bien devoir se résigner à prendre une décision de politique institutionnelle.
Mais avant cela, apprécions à sa juste valeur le spectacle du naufrage annoncé du « GRANDEBA ».
Et préparons l’Acte X.

***

Vendredi 11 janvier

Le temps est suspendu. Les messages circulent. Facebook, Telegram surchauffent.
L’Acte 9 est sur les rails.
L’approche devient de plus en plus binaire.
Christophe Dettinger, le boxeur, est embastillé ; Alexandre Benalla, le nervi, est libre et fait des affaires.
La cagnotte pour aider la famille de Christophe Dettinger a dû être retirée du site qui l’hébergeait. Schiappa veut les noms des donneurs et y voit la main de l’Étranger.
La « cagnotte de campagne » de Macron, elle, est bien fermée, bien protégée. Nous ne saurons jamais les noms des donneurs, français comme étrangers.
Une seule cagnotte reste en service, celle de la police.
Rien pour leurs victimes.
Il fut un temps où il existait un « Secours rouge » abondé, en plus des dons individuels, par les syndicats et les organisations ouvrières.
Il fut un temps où, aux violences policières, aux arrestations et aux condamnations s’opposait un front unitaire qui réclamait libérations et amnisties.
Il fut un temps…le 13 mai 1968.

Les interventions du pouvoir sont de plus en plus violentes. Les aboyeurs appellent aux meurtres. Les propos sont de plus en plus militaires
Bourges est en état de siège. Versailles retient son souffle. La Défense est sous pression. Il est toutefois probable que les actions toucheront tout le territoire et que leurs formes seront diverses.
Macron et ses Philippe, Griveaux et Castaner, font monter la pression, excitent les haines et les peurs, dopent la police à la prime. Si cela se traduisait par un nombre accru de victimes, des morts possiblement, ils en seraient pleinement responsables.
Un chercheur du CNRS faisait remarquer, hier, sur Arte, que dans un pays où il y a autant d’armes en circulation et dans un conflit d’une telle intensité, le fait qu’il n’y ait pas de morts par balle n’était dû qu’à l’éducation et à l’attitude collectivement responsable des manifestants. « En Europe de l’Est, en Russie, les morts se compteraient par dizaines ». Et non pas en raison de la « technicité » de nos forces de police (rire sous cape).
Mais à attiser les braises…

Aujourd’hui, un syndicat appelle à manifester samedi, exige l’amnistie pour les personnes poursuivies ou déjà condamnées et l’interdiction des armes (flash balls, grenades etc.) déjà interdites en Europe de l’Ouest. Ce syndicat, c’est Solidaires. Rien d’étonnant. Mais qu’il ait fallu si longtemps avant que cet appel soit lancé est problématique.
D’autres organisations annoncent leur venue, appellent à voir si …
Bref, les gilets jaunes n’ont que peu à attendre des organisations traditionnelles. Ils n’en attendaient rien de précis, d’ailleurs.

Ce qui est important dans un affrontement qui se radicalise, qui devient binaire, c’est de choisir son camp. Mieux vaut se retrouver avec les couches populaires, les gilets jaunes en colère qu’avec, disons, Laurent Berger pour ne pas dire Macron, sa secte et « sa » police. Les discours, les précisions, les bémols, les divergences profondes et les soupirs, ce sera pour lundi. Mais pour être audible à ce moment là, il faudra avoir été présent dans l’événement.

Suite de mon feuilleton « stylos rouges ».
Dans un article du Figaro, une journaliste faisait remarquer que les revendications des « stylos rouges » (au nombre de treize, bientôt quatorze, les retraités ayant été oubliés) étaient déjà connues et le plus souvent portées depuis des lustres par les syndicats. Des moyens, des salaires en hausse et une pédagogie émancipatrice (c’est moi qui traduis). Pas de vision globale de la société, pas d’annonces politiques.
Elle a raison. Si les « stylos rouges » apparaissent aujourd’hui, c’est bien dans le sillage des « gilets jaunes ». Tous ne sont pas d’accord avec : « Macron dégage » mais ils savent tous que leur situation ne peut plus durer. Ce n’est pas de la rhétorique. Les syndicats ont porté la plupart de leurs revendications catégorielles mais ils ont ployés sous le poids des échecs comme de vieux ânes fourbus.
Une action « stylos rouges » est prévue demain matin à Paris dans un lycée à panache. C’est une démonstration d’existence, peut-être de force. Les questions politiques et d’orientations se poseront ensuite.
Quelques points à retenir :
- En trois semaines se sont connectés et organisés 60 000 enseignants. C’est plus que tous les syndicats, la FSU exceptée. C’est plus de dix fois SUD, quinze fois le SGEN ou la CGT dans un secteur en désyndicalisation constante (27% à 28% alors qu’au bon vieux temps de la FEN triomphante, le taux flirtait avec 90%).
- ce processus est comparable dans sa structuration (mais avec internet) et par sa rapidité à la formation des coordinations (infirmières, cheminots). Mais celles-ci ont progressivement participé à la construction du « nouveau syndicalisme », du « syndicalisme alternatif ». Aujourd’hui, les « stylos rouges » sans avoir besoin de le dire signent la fin du syndicalisme existant même s’il n’y a pas d’hostilité envers les syndicats qui apparaissent d’abord comme des ressources techniques.
Les syndicats étaient pour Rosa Luxembourg l’instrument que la classe ouvrière se forgeait pour la lutte et qui pouvait perdurer au-delà. Aujourd’hui, c’est l’absence des syndicats dans la lutte qui est constatée.
Si je m’étends sur ce sujet ce n’est pas à cause de mon passé lointain ni à cause de mes intérêts de pensionné, c’est parce que je pense que ce type de structures va apparaître dans beaucoup d’autres secteurs.
Et bien que rejetant tout avant-gardisme, je pense qu’il vaut mieux réfléchir sur ce qui advient que sur ce qui est déjà mort.

BREAKING NEWS : Castaner vient de déclarer : « Ceux qui viennent manifester dans les villes là où il y a de la casse savent qu’ils seront complices. »
Peuchère !
Plus besoin de lois !
Piétinons allègrement les libertés publiques !
Pour la lettre aux français de lundi, un simple SMS suffira ; on a compris.

#ACTE9 #jemanifeste

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Mercredi 9 janvier

ERRATUM. 
Luc Ferry n’a pas vomi à France Culture mais à Radio Classique, une radio de faible audience mais où tout le monde se précipite puisque le patron en est Bernard Arnault.

Le « grandébat » est commencé.
Chantal Jouanno a bien compris que son salaire faisait partie des questions abordées. Elle n’en assurera pas le pilotage. Bien. Mais, elle ne démissionnera pas de son pantouflage doré (un smic annuel par mois), il ne faut pas exagérer ! Il faudra donc embaucher un « sage » extérieur à l’agence. A quelles conditions ? A quel salaire ?
Le « grandébat » est repoussé.

Le Maire, l’écrivain ministre, admet que toutes les questions pourront être mises sur la table… sauf s’il s’agit de détricoter les réformes déjà effectuées ou celles envisagées par le gouvernement. De toute façon, le cœur du problème ne peut être que : « Où faire des économies dans les services publics ? A quels sacrifices êtes-vous prêts ? » Raide comme un piquet. Droit sur ses ergots.
J’en arrive à penser, comme Fréderic Lordon, que, chez ces gens-là, il faut envisager un problème psychiatrique. « Après avoir épuisé toutes les explications alternatives, il va falloir s’y résoudre : ces gens sont complètement fous. »
Cela ne fait pas avancer le débat mais cela pose un problème supplémentaire. Les simples rapports de force, les pressions des financiers ne suffiront pas à nous débarrasser de ce qui apparaît de plus en plus comme une secte, la secte du néolibéralisme doctrinaire et de son gourou Macron.

Les déclarations de Marlène Schiappa à propos de la cagnotte sont proprement incroyables. Ces hyper diplômés se foutent du droit, des lois et des règlements ; Apathie, mon nouveau fil à plomb idéologique, en avait ce matin des sanglots dans la voix et chantait la solidarité et l’humanité.

Macron ne présentera pas ses vœux aux corps constitués. Quels vœux pourrait-il décemment formuler ? Non, il ne les présentera qu’aux domestiques de l’Élysée et à l’Armée. Le dernier carré ?

Ce soir, à Créteil, il a dû encore affronter une « foule haineuse » et se faufiler pour inaugurer la Maison du Hand Ball. J’ai une pensée émue pour la grande famille du hand et du sport qui subit cet « athlète » de la politique qui inaugure un superbe bâtiment pour l’élite (les premiers de roucoulettes) et la fédération mais a coupé les crédits qui servaient au fonctionnement des petits clubs amateurs.

Depuis hier, je suis « stylo rouge ». Mon téléphone a été submergé par les messages.
C’est un bouillonnement d’idées, une multitude de sujets abordés, des questions dans tous les sens. Une direction commune : ce n’est plus tenable ; un refus global.
Et, les syndicats avancent penauds, un petit bouquet de roses à la main…
Mais ce n’est qu’une première impression.

L’Acte IX se prépare.
A la question de la protection des gilets jaunes par les organisations politiques et syndicales contre les attaques projetées par le pouvoir (les propos des Ferry, Auclair, des ministres Schiappa, Castaner … ne laissent présager rien de bon), aucune prise de position courageuse. Des réponses évasives, des conseils, de vagues souhaits de grève.
Il y aura des absents, des absents excusés : « Il y a des fachos. Ce n’est pas clair. Ils ne savent pas ce qu’ils veulent. On ne voit pas l’alternative politique… »
Mais, ce qui est sûr, c’est que les absents de samedi seront aussi absents du paysage politique pour très longtemps.

200 millions de grévistes, aujourd’hui, pour la hausse du salaire minimum, la sécurité sociale universelle, l’arrêt des privatisations etc., c’est en Inde.
On sait bien que nous ne battrons pas ce record ! Ce n’est pas une raison pour que les directions syndicales françaises se terrent.

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Mardi 8 janvier

Nous voilà revenus au 8 juin 1970 !
Ce jour-là fut promulguée la loi dite « anti-casseur ». Loi « scélérate », qualifiée par Robert Badinter de « monstre juridique ». Elle fut abolie le 25 novembre 1981.

Édouard Philippe reprend les arguments qui avaient prévalu il y a près de cinquante ans et enfile les vieilles charentaises de Raymond Marcellin, l’homme qui incarna le retour de l’ « ordre musclé » après la « chienlit » de 1968.
Le contenu des annonces est clair. Toujours plus d’interdictions, toujours plus de sanctions. Nous avons bien entendu.
Et c’est bien entendu au nom de la défense de la démocratie que ces mesures sont prises. Comme la chasse à la grive est autorisée au nom de la préservation de l’espèce.
Bien des articles seront jugés inconstitutionnels comme toujours. Toubon montera au créneau. Mais, on aura basculé dans un nouvel état d’urgence, dans la société de Contrôle.

Le sujet est grave.
Sur France Culture, Luc Ferry a estimé que les policiers devaient pouvoir ouvrir le feu sur les manifestants et qu’il fallait avoir recours à l’armée.
Luc Ferry a toujours eu comme fonction de dire tout haut ce que les autres n’osaient pas dire du tout. Mais les questions qu’il aborde sont évidemment à l’ordre du jour.
Pas un mot dans l’intervention d’Édouard Philippe sur les violences policières mais des détails affolant sur le nombre d’arrestations et de condamnations (5339 gardes à vue et 150 incarcérations).
Répression, répression, répression.
Un discours tellement univoque que, sur Europe 1, Jean Michel Aphatie s’est étranglé en disant , fort justement, que l’apaisement est impossible si le gouvernement ne condamne pas les violences policières. Et de rappeler les « exploits » du commissaire toulonnais.
Ferry, Apathie, cela fait désordre sur les ondes mais au gouvernement ce sont les Versaillais qui ont pris la main.

Pour l’Acte IX, déploiement maximal des effectifs, consignes de sévérité de haut niveau. « A l’ultra violence, nous opposerons l’ultra fermeté » a déclaré le ministre ultra de l’intérieur.
Droit de faire usage des armes à feu par les gendarmes ?
Sinon pour le reste, feu à volonté …

80 000 policiers et gendarmes mobilisés. A ce niveau, il va falloir faire appel à la réserve, aux hauts gradés Alexandre Benalla et Vincent Crasse ! L’affaire est si grave que le syndicat des commissaires de police s’est senti obligé de déclarer que la police n’est pas la solution à la crise des gilets jaunes et que pour répondre à une crise sociale il faut prendre des mesures sociales. Les cadres »républicains » de l’appareil d’État s’inquiètent de l’apparente irresponsabilité des néolibéraux « décomplexés ». Crise dans l’appareil d’État ?

Crise dans la gauche et l’extrême gauche ? Là, la réponse ne fait pas de doute.
Sur le site lundi matin, des militants décrivent la manifestation de samedi et insistent sur l’absence de militants politiques ou syndicaux pour aider les gilets jaunes que ce soit pratiquement dans Paris ou politiquement contre les parades de quelques fascistes.
Je ne m’étendrai pas aujourd’hui sur ce problème récurrent qu’il faudra traiter sérieusement et longuement.
Je me contente de poser cette grave question : Qui va protéger les « gilets jaunes » samedi ?
Il reste quatre jours pour prendre ses responsabilités.

L’importance de l’Acte IX, fait passer au deuxième plan le salaire de Chantal Jouanno ou les déclarations de Barbarin ce qui ne veut pas dire que cela n’a pas d’importance.
Mais la situation dépend de ce qui va se passer samedi. Et personne, aucune organisation politique ou syndicale ne peut se cacher derrière un congrès ou des horaires de trains.

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Lundi 7 janvier

Ce matin, un tweet d’Edgar Morin voletait innocemment sur la toile :
« Serions-nous aux débuts d’un tsunami historique ? »
Edgar twitte beaucoup.
« Tu t’emballes Edgar » me suis-je dit. Mais après réflexion, j’ai pensé que sa question n’était pas illégitime.
Revenons donc aux événements qui ont marqué le week-end. Deux épisodes cette fois-ci. L’Acte VIII est riche et capital.

Samedi.

L’ordre du jour annoncé aux armées de flics et de gendarmes requis était le suivant :
« Le mouvement pourrit. Ce qui reste se radicalise. (Attention au « nouveau Tarnac » aurait pu dire Alliot Marie). Ce qui reste s’attaque à la République. Ce sont des factieux et des séditieux. Ce sont des Ochlocrates. »
Ochlocratie, ochlocrates : « Mettez-vous bien ça dans le crâne, pouilleux d’analphabètes ! Il s’agit du filage laborieux de l’image qui a fait flores après les vœux présidentiels, celle de la foule haineuse.

Le pourrissement ! De mémoire, une anecdote :
Vers midi, sur BFM, le journaliste de plateau s’adresse à un correspondant en région : « Alors, Jean Pierre, il n’y a personne sur la place ? »
Oui, répond Jean Claude (il faut toujours dire oui au chef de plateau). Il y a beaucoup de monde sur la place. Et le cameraman de faire un panoramique sur une place couverte de gilets jaunes !

La colère persiste et la mobilisation est repartie à la hausse.
Castaner compte 50 000 gilets jaunes. Le nombre importe peu et le ministre dit n’importe quoi (tout le monde en est conscient), mais il est bien obligé de reconnaître que les gilets jaunes sont plus nombreux que la semaine précédente.

Le mouvement dure depuis presque deux mois. Il a enjambé un attentat, Noël, le jour de l’An, les vœux, les menaces, les trahisons, le froid et les intempéries hivernales. C’est inédit.

La violence
Revenons à la violence des séditieux. Séditieux, bande de demeurés : qui s’attaquent à l’Autorité établie (comme en 34, 1934). Établie par qui, cette Autorité ? Silence !!!
A Paris, les séditieux avaient déposé, comme demandé par l’Autorité, des autorisations de parcours qui avaient été acceptées. Le parcours principal devait se terminer devant l’Assemblée nationale. Les voies de dissolutions sont nombreuses et larges à cet endroit. La manifestation allait donc se dérouler dans le calme. Encore une fois la force du nombre aurait ridiculisé le discours gouvernemental.
Et pourtant l’Autorité a fait stopper la manifestation avant son point de dissolution. _ Pourquoi, Autorité ?
Parce que !
La manifestation ne pouvant plus s’écouler normalement, des groupes ont reflué vers la passerelle Léopold-Sedar-Senghor, d’autres ont remonté le boulevard Saint Germain. Et la police, en application de la nouvelle doctrine de l’Autorité est allée au contact : tir de flashs balls, grenades, gaz lacrymogènes. Violence !
Et la liste des violences policières s’allongent (plus de 300 filmées et documentées), le nombre de « gueules cassées » par balles de Flash Ball et d’estropiés par éclats de grenades aussi.
C’est violent mais c’est banal.
Il faut une histoire.
C’est le coup d’éclat d’un boxeur gitan, sur la passerelle Senghor, qui tourne en boucle sur les chaines d’info.
Mais, sur internet, c’est la vidéo d’un commissaire décoré tabassant un manifestant à Toulon qui est multivisionnée. D’un côté, un boxeur styliste en boxe anglaise, frappe au bouclier et affole les policiers qui s’enfuient. De l’autre, un commissaire puncheur adepte de la technique efficace mais peu académique du « deux qui tiennent les bras et moi qui cogne du droit ».
Le boxeur gitan (gitan, voleur de poules… vous avez compris) est interpellé. Le
Commissaire décoré n’est pas poursuivi au prétexte que la force utilisée était proportionnelle à celle subie (Deux qui le tiennent par les bras).

La violence contre les symboles.
Le transpalette de Grenelle. Un transpalette trainait rue de Grenelle. Des manifestants le réquisitionnent et le lancent contre une porte cochère, celle du ministère de Griveaux. La porte est défoncée, la grille cède et les manifestants se retrouvent face à une cour vide. Sidérés, ils ne savent trop que faire. Un seul se risquera dans la cour, brisera une vitre de voiture et repartira en courant.
A l’intérieur, irruption de l’officier de protection : « On bouge, on bouge ! » IIs ont tous fui par le « passage secret » raconte le journaliste de M présent pour une interview. Le ministre est exfiltré. Sortie rapide comme dans les séries américaines.
Jamais on n’avait vu cela, factieux, séditieux… Bien sûr, plus personne ne se souvient de la mise à sac du bureau de Voynet par des paysans.

La violence a bon dos. C’est la violence policière qui détermine toujours le niveau de violence. Je l’ai déjà dit mais je le répète.

Griveaux, un peu paniqué, a déclaré : « Ce n’est pas moi qui suis visé, c’est la République, par ceux qui souhaitent l’insurrection et renverser le gouvernement. » Roulements de tambours.
Depuis les vœux du Président, un discours lancinant tourne en boucle sur les médias, repris en chœur par tous les éditorialistes horrifiés : « Ils s’attaquent aux symboles de la République, ils s’attaquent aux lieux sacrés ! En fait, Macron et les siens ont réifié la République ; pas étonnant pour des commerciaux égarés en politique. La République, pour eux, ce sont les mugs avec la photo du président vendus le 14 juillet par Brigitte Macron.
Non, « messieurs de l’Autorité établie », la République n’est pas une chose, ce n’est pas non plus une station de métro, ni une liste de symboles, ce sont des principes :
Liberté, Égalité, Fraternité.
Les gilets jaunes ont remis au centre du débat le principe majeur qui fonde la République française : l’ÉGALITE.
Quand le président construit une politique sur le premier de cordée, sur le mérite, le ruissellement espéré, il injurie la République.
Les gilets jaunes défendent les principes républicains, Macron et les siens des colifichets et des privilèges.

Dimanche. Épiphanie.

Non pas la venue des rois racisés mais la révélation d’une vérité cachée : le combat des gilets jaunes était aussi le combat des femmes.
Dans toute la France, des cortèges de femmes en gilets jaunes ont sillonné les rues, protestant contre les violences policières, s’adressant aux forces de l’ordre, imposant leur présence.
Nous avions remarqué l’importante présence des femmes sur les ronds points. Elles n’étaient pas là pour faire les cantinières mais pour participer au mouvement populaire comme les hommes.
Des femmes interrogées reconnaissent volontiers le caractère viriliste des manifestations. C’est pourquoi elles étaient là dimanche.
Elles reconnaissent aussi une certaine condescendance patriarcale dans l’expression de certains gilets à la télévision.
Elles parlent du temps partiel, du chômage, de l’inégalité des salaires, du double travail, des enfants, de l’école et de bien d’autres choses encore. Elles sont au cœur du mouvement. L’égalité passe par l’égalité entre les hommes et les femmes. « Nous ne sommes pas des féministes, nous sommes des femmes dans le mouvement des gilets jaunes pour l’égalité ».
Une féministe faisait remarquer que le drapeau tricolore, la marseillaise la gênaient mais qu’elle pensait qu’elle ne pouvait qu’être là. Effectivement, des féministes sectionnalisées peuvent se demander pourquoi faire une manifestation genrée et non mixte si ce n’est pour faire la promotion du combat des femmes. Mais ces féministes ne sont pas forcément en prise directe avec le problème social et le combat frontal contre le néolibéralisme. Il est bien que certaines rejoignent le cortège avec leurs questions. Il en sera de même pour tous ceux qui mènent des combats intersectionnaux quand ils se rendront compte que le combat pour l’égalité ne se découpe pas et ne remplace aucun combat particulier. Au contraire, il les légitime tous.

L’irruption des femmes dans le combat des gilets jaunes est une épiphanie et une défaite pour « l’Autorité établie » qui voulait n’avoir qu’une foule haineuse face à lui.
Il n’est pas question d’évacuer des questions essentielles qui se sont complexifiées dans la défaite. J’y reviendrai.
Simplement, alors que dans quelques jours nous célébrerons le centième anniversaire de l’assassinat de Rosa Luxembourg, j’aimerais citer cet extrait d’une de ses lettres à Clara Zetkine :
« Là où il y a de grandes choses, là où le vent vous souffle au visage, je veux me tenir au plus fort de l’orage, mais la routine quotidienne, j’en ai marre et toi aussi sans doute. »
Hier, elles aussi sans doute.

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Vendredi 4 janvier

Que peuvent faire les organisations politiques et syndicales face à un mouvement populaire qui n’a pas fait appel à elles ?

Le caractériser d’urgence, le stigmatiser avec force, lui inculquer le programme et, mieux encore, lui expliquer comment s’auto-organiser ! Vous avez certainement reconnu, là, quelques organisations aussi subtiles qu’inutiles.

Hier soir, le NPA a publié un communiqué contre les violences policières qui se termine ainsi :

« Il y a urgence à lancer une vaste campagne unitaire pour dénoncer cette politique et imposer :
- une amnistie générale et sans condition pour toutes les victimes de la répression policière et judiciaire exercée par le gouvernement Macron ;
- l’abandon et l’interdiction de toutes les armes dites non-létales mais dont l’utilisation conduit à des mutilations ou à des morts, telles que les flash-balls et les grenades de désencerclement ;
- que la lumière soit totalement faite sur les chaînes de commandement responsables des violences policières ayant abouti à des blessures de manifestantEs.
Le NPA prend dès maintenant tous les contacts nécessaires avec les organisations démocratiques et du mouvement ouvrier pour réaliser une campagne unitaire de masse sur ces questions, en solidarité notamment avec les victimes de cette répression. »

Le NPA a cent fois raison même si sa réaction est bien tardive.

À la question : que peuvent faire les organisations face à un mouvement populaire, il n’y a qu’une seule réponse : le protéger. Et quelle meilleure protection peut-on offrir que la lutte contre les violences d’État qui s’abattent sur les gilets jaunes ?

Certes, prendre les contacts nécessaires pour mener une campagne unitaire, ce n’est pas à proprement parler lancer le signal de la mobilisation. Il y a fort à parier que la détermination de la direction du NPA n’est pas au niveau de celle d’un Krivine qui se retrouva en prison pour avoir organiser l’affrontement contre les forces fascistes en 1973. Je parle de détermination pas d’orientation.

On peut se demander, à cette étape, pourquoi d’autres organisations n’ont pas pris la même décision urgente et évidente. La FI aurait été la plus à même à organiser une telle manifestation. Elle ou plutôt François Ruffin a bien fait la « Fête à Macron ». Une grande manifestation contre les violences policières, ce n’est pas plus difficile à organiser. Alors, Pourquoi ?

La réponse semble évidente. La FI a d’autres buts que celui de prendre soin du mouvement des gilets jaunes, que d’œuvrer à sa réussite. Elle n’a en ligne de mire que les élections à venir. Mais elle a aussi la conviction que le changement de pouvoir ne vaut que si c’est sur son programme et pour son leader.

A partir de là, on comprend mieux pourquoi on préfère porter au pinacle Éric Drouet plutôt que Priscillia Ludovski et citer Étienne Chouard dans les maîtres à penser du mouvement. On comprend mieux pourquoi, dans un mouvement si contrasté, on met le zoom sur sa face la plus noire. N’est-ce pas pour le déconsidérer ? Non pas aider mais manœuvrer. En aucun cas, protéger. Et pourtant c’est lui qui affronte bille en tête Macron et le néolibéralisme ; ce n’est pas Mélenchon.

Et pour les militants, comme pour les intermittents de la lutte, que faire ? C’est encore plus simple : être là, être soi-même, dire ce que l’on pense, participer, prendre des initiatives. « Etre présent au monde » pour faire, mais pour la bonne cause, de la triangulation idéologique. Ce n’est pas ce que font les militants d’habitude. Voilà tout le « paradoxe du militant ».

Demain Acte VIII.

Bien sûr, le nombre n’y sera pas, les ronds points délaissés s’emmerdent un peu, mais jamais, au grand jamais, ce ne sera le « pourrissement » annoncé de manière performative par la majorité de la presse. Car on en arrive à une phase obligée, je dirai même nécessaire, pour traduire en mots, en actes et en structures tous les affects et les désirs exprimés dans la fulgurance du mouvement.

Si pourrissement il y a, son odeur fétide vient du Château. Benalla encore et toujours ; les proches conseillers qui s’enfuient en laissant leurs affaires qui remontent à la surface du cloaque.

Acte VIII donc :

Les principaux points de rendez-vous circulent sur le net. Nice, Paris, l’Hôtel de ville et Bourges. Mais, encore une fois, les créativités locales vont s’exprimer.

« C’est un échec » sera à la Une de la presse qui veut passer à la phase d’apaisement et de concorde nationale, au « GRANDEBAT », sans comprendre que les contradictions s’approfondissent, que les rives « du Grand Canyon », pour reprendre la métaphore du film de Lawrence Kasdan, s’écartent inexorablement.

70% des français veulent la continuation du mouvement et ce, même après l’épisode de l’arrestation de Drouet.

Bourges, attention au Palais Jacques Cœur ! Si l’objectif est de faire tourner la France autour de son axe, cela s’appelle bien une révolution !

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Jeudi 3 janvier

Hier soir, le gilet jaune Éric Drouet a été interpellé à proximité de la Concorde, rue Royale, alors qu’il s’apprêtait, avec une cinquantaine de personnes, à rendre hommage aux victimes des violences policières.
Arrestation arbitraire. Arrestation préventive.
Éric Drouet avait été sacré la veille Hérault du mouvement des gilets jaunes par Jean Luc Mélenchon sur Facebook.

Mélenchon l’a sacré, Macron l’a arrêté.

Concours politique, épreuve de force, choix des armes, duel médiatique ?
Au moment où l’État ne tient que par le poids des institutions et l’absence de vision politique alternative, ces échanges donnent l’illusion de la politique.
Drouet doit être libéré. Il l’a d’ailleurs été rapidement.
Si j’ai vu beaucoup de prises de positions sur les réseaux sociaux contre les arrestations préventives, beaucoup de soutiens aux victimes de violences, beaucoup de solidarité avec les condamnés, je n’ai pas vu une seule prise de position pour organiser une véritable campagne contre les violences policières, pour l’amnistie totale des condamnés et l’interdiction des grenades. Pourtant, rédiger un appel, organiser un meeting, prévoir une manifestation, c’est basique. Aucune organisation ne l’a fait.
L’humour sur Twitter ne remplace pas une véritable campagne. Certains devraient être en première ligne et pas seulement sur le fil ou à la télévision.
L’agitation politique est souvent un masque.

Alors, cette lettre, ce poulet de not’ maître ?
La fameuse missive élyséenne devrait être publiée bientôt. Le grand débat pourra s’ouvrir et toutes les combines seront mises en place pour en faire un moulin à vent. Le tirage au sort de quelques citoyens ou citoyennes, gilets de flanelle ou gilets brodés, devrait compenser la surreprésentation des gilets jaunes. Édouard Philippe est à la manœuvre.
Il n’y aura pas de moment irénique, aucun répit malgré les prières de la Presse.
Faut-il se replier sur une impossible autonomie du mouvement ou bien faut-il investir les mairies ? La question se pose et se pose différemment suivant les communes et la profondeur des mouvements.
À : Macron démission ! correspond : À l’Élysée !
À la structuration du mouvement, à ses prises de positions devraient correspondre : À la Mairie !
Pour déposer, si ce n’est déjà fait, des cahiers de doléances mais surtout pour exiger comme préalable à toute discussion, l’amnistie pour tous les gilets jaunes jugés ou en cours de jugement, la condamnation des violences policières, l’indemnisation des victimes et l’interdiction des flash balls et des grenades.

Ensuite, les revendications pourront s’organiser et se concentrer autour du retour de l’ISF, de l’augmentation du SMIC, des salaires et des retraites, de l’abrogation des mesures limitant les indemnités chômage… À chaque assemblée communale d’en décider.
Rien ne sert d’attendre le Grand Débat. Rien ne sert d’en faire un point de blocage. Il suffit de prendre l’initiative.

Benalla et Macron se sont parlés après la mise à pied du premier. Le mensonge n’en finit pas d’empester.
Sylvain Fort, le responsable des services de communication de Macron démissionne. La plume s’envole.
Le Château continue de prendre l’eau… Qui écope ?

Que les forces progressistes ou révolutionnaires rament juste un peu plus fort ! Si c’est possible.

L’Acte VIII devrait se dérouler à Bourges.
Les Berrichons savent que les habitants de Bourges sont les Berruyers et non les bourgeois et que le centre de la France est à la Celle Bruère.
Mais c’est un « bin beau » pays !

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Mercredi 2 janvier 2019

« Je vais aller faire la fête en colère ».
Cette phrase recueillie par Florence Aubenas, lundi, sur les Champs Élysées, est très importante. Les gilets jaunes vivent leur vie mais la colère les constitue.
La colère engage l’ensemble de l’être humain, son esprit, son corps, ses affects.
Être « gilet jaune » ce n’est ni avoir une opinion, ni une orientation politique. C’est ressentir une colère qui s’est cristallisée sur la personne de Macron. Sa politique a d‘abord été réprouvée par les perdants du système et ils sont nombreux. Ensuite, l’entêtement, le mépris et la morgue du président ont concentré sur lui toute la colère et les « gilets jaunes » l’ont exprimé clairement : « Macron démission ».
C’est cette colère profonde qui explique que les gilets jaunes se conçoivent en dehors des clivages politiques et ne se sentent représentés par personne. « Ce qui nous arrive nous ressemble » écrit Dostoïevski. Ils sont cette colère.

Et ce ne sont pas les « vœux » du président qui vont changer la donne. Au contraire.
Passons sur : « Il a présenté ses vœux debout… »
Passons sur la distinction entre le bon « peuple » qui attend les réformes et la « foule haineuse » qui les refuse, distinction tout droite sortie de la « psychologie des foules » de Gustave Le Bon, référence sommaire de « demi-savant ».
L’essentiel est ailleurs.
L’annonce que les réformes continuent. Après la réforme du travail, du « chemin de fer » (pour ne pas dire de la SNCF qui est enterrée. Les cheminots apprécieront), voilà la réforme du chômage, de l’État, des retraites et ce n’est qu’un début.
Déjà, les premiers décrets, parus la veille des vœux, sur l’indemnisation du chômage « irritent »les syndicats, c’est dire !
Et comble de mépris, Macron présente ses réformes en annonçant la fin du capitalisme ultra libéral ! « Mon ennemi, c’est la finance » n’était rien d’autre qu’une triste plaisanterie. Trump a fait son succès sur : « Vous êtes viré. » Le « Je vous écrirai d’ici quelques jours » sonne comme une fin de non recevoir à la fin d’un entretien d’embauche. Macron n’embauche pas le peuple.
Certes, il y aura un « grandébat » mais les conclusions sont déjà écrites. Ce n’est qu’un simulacre.

Et toute cette sinistre comédie se joue avec l’affaire Benalla en toile de fond. Comment croire un président qui, debout à l’avant scène, ânonn son texte alors que derrière lui se joue un opéra bouffe ?
Sarkozy était comparé à Napoléon III à cause de ses frasques de parvenu et des confusions qu’il entretenait entre démocratie et plébiscite. Aujourd’hui, Macron reprend le rôle mais avec toute une troupe d’aventuriers demi-sel et de banquiers d’affaires.

Les gilets jaunes de Commercy ont lancé un appel à constituer des assemblées populaires et un appel à la Commune des communes.
Ils préconisent de s’organiser en dehors du grand débat.
On peut penser que l’on sera amené à retrouver cette position au moment où l’on connaitra les modalités d’organisation du débat car la colère s’empare de tout ce qui est à sa portée et nul ne sait ce qui peut se passer alors.
Nous avons vu que le mouvement était durablement installé dans le paysage politique mais rien ne dit qu’il en soit au moment de son autonomisation. Les rythmes des prises de conscience sont importants et le moindre conseil (même ouvrier) peut être pris comme une injonction. Partout où la tenue d’une assemblée populaire ne passe pas pour une initiative minoritaire, il faut se réunir. C’est une avancée, mais tous ensemble, d’un même pas.
A la lecture du texte de Commercy, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’Appel des appels. Le premier appel, celui des psychiatres, avançait des angles de luttes, des perspectives de travail. Mais les appels se sont ensuite multipliés et un appel plus un appel, cela ne constitue pas un projet politique. Il en va de même pour la Commune des communes, c’est une construction intellectuelle, pas une construction politique.
Je me suis aussi remémorer toutes les organisations de débats et toutes les constructions d’instruments démocratiques du syndicalisme alternatif aux « Nuits debout » en passant par tous les « Occupies ». Chaque fois, ces mouvements ont échoué dès lors qu’ils se prenaient eux-mêmes comme sujet. La démocratie est un moyen pas une fin. Le mouvement, c’est l’action et le combat décidés ensemble. Une praxis démocratique.

Petit commentaire sur le texte de Mélenchon sur Facebook qui enflamme la toile comme la presse. Et si Drouet s’était appelé Dupont ?
Finies les envolées, les métaphores, silencieux le tribun.
Bien sûr, il faudra revenir sur la distinction droite gauche mais dans son évolution, pas dans sa « caractérisation ».
Les faux débats font les faux prophètes.

***

Dimanche 30 décembre

Inédit : hier, s’est déroulé l’ACTE VII d’une comédie dramatique. Sept actes, bientôt huit.
La profondeur et l’enracinement de la lutte sont dans ces chiffres.
Certes, les manifestants sont moins nombreux mais tous disent : « Nous reviendrons tant que nous n’obtiendront rien. » et de dérouler la liste commune des revendications. « Nous reviendrons en janvier ».
Souvent ces déclarations volontaristes sont le prélude à une extinction de la mobilisation. Ici, cela sonne différemment car la mobilisation, à chaque étape, nous fait découvrir de nouvelles villes. Hier, c’était Rouen qui était plongée dans un déluge de fumigènes et de grenades. Le nuage de gaz, les explosions rougeoyantes auraient sûrement inspiré Monet pour sa série de tableaux de la cathédrale.

Ailleurs, les manifestations se maintiennent. Les gilets jaunes sont là, même pendant « la trêve des confiseurs ». Avez-vous remarqué que ce marronnier avait disparu des journaux cet hiver ? Quelque chose a bougé au point d’enrayer la machine à lieux communs.

A Paris, les manifestants avaient prévu un tube de rouge à lèvres pour tatouer leur groupe sanguin sur le front. Amusant mais loin d’être anodin.
Les violences policières sont devenues un sujet politique capital, sujet qui rentre en résonance avec celui de la démocratie.

10 morts, et 1500 blessés. C’est une guerre !
Castaner nous l‘avait annoncé à l’acte II : « Nous allons changer de stratégie policière. » Et, de fait, du contrôle passif du déroulement des manifestations, du maintien de l’ordre (théorie de la police républicaine), ils sont passés à une action offensive destinée à disperser par la force tous regroupements en formation (théorie mise en pratique dans les « états illibéraux »).
Pour ce faire, ils ont inondé de gaz lacrymogènes des manifestants pacifiques, ont utilisé des grenades au TNT très dangereuses et n’ont pas hésité à tirer au flash ball de manière banalisée. Je ne reviendrai pas sur le déploiement des cavaleries de Patton et de Murat.
Sans aucun doute, ils ont pris peur quand des fraternisations se sont produites sur les ronds points, quand les cortèges se formaient et se déformaient constamment. Ils ont eu peur de l’inventivité, de la rapidité et de la détermination du mouvement.
Ils savent que c’est le niveau de la répression qui détermine le niveau de violence des affrontements. Ils ont choisi la dramatisation, la violence extrême. Ils se sont arrêtés juste avant d’atteindre le niveau de tir à balles réelles.

Quand les manifestants se sont rendus devant les locaux des diffuseurs de masse comme BFM ou ont bloqué Ouest France, c’était pour dénoncer leur silence à tous sur les exactions policières, les blessures infligées aux gilets jaunes, les morts (Pas de visites aux blessés, aux familles, rien).
En revanche, tous ont immédiatement lancé un débat à propos de la liberté d’expression. « On nous empêche de faire notre travail ».
« Fascistes, forcément fascistes ».
Qui remet ce droit en cause ? Qui remet en cause la liberté de « penser » d’un Apathie ou d’un Legrand ?
Simplement, lorsque la répression s’abat, lorsque les violences policières se multiplient, le droit à l’information voudrait qu’on en parle.
Le discours macronien des éditorialistes ne gêne plus ; tout le monde a compris. Mais, après la loi sur les « infox » et le secret des affaires, le silence sur la répression est une insulte surtout quand les journaux télévisés ouvrent sur dix imbéciles quenelleurs ou trois fachos déguisés.
Ne pas parler systématiquement de ces violences, c’est aussi insulter les jeunes journalistes qui couvrent les manifestations et qui se font frapper, casser leur matériel. Un fossé sépare l’éditorialiste du journaliste de terrain. Souvent, c’est dans ce fossé que tombe le journalisme « honnête ».

Car, les journalistes sont aussi dans le viseur de la justice. Un simulacre de procès, une exécution de guignol. Ils en rendent compte. Ils sont arrêtés et mis en cause pour « provocation non suivie d’effet au crime ou délit par parole, écrit, image, ou moyen de communication au public par voie électronique ». Les journalistes seraient donc conjointement responsables. C’est la fin du journalisme. Trump règne en Charente. Et les journalistes de cour ne défendent même pas leurs confrères.

En ce qui concerne les faits eux-mêmes, un procès et une exécution simulée, c‘est la tradition du carnaval, de Guignol ; c’est une mascarade. Pour employer les grands mots, c’est une catharsis. La préfète de la Charente est une ancienne policière, elle a le chapeau trop près du casque. Quant à Édouard Philippe, le lettré, il dénonce un appel au meurtre !
Les gilets jaunes retrouvent la culture ancestrale mais lui y perd son grec.

Toujours au sujet de la presse. Quand on écoutait Léon Zitrone on savait qu’Alain Peyrefitte avait écrit le texte et que Michel Droit l’avait relu. La chape de plomb a sauté après 1968.
Aujourd’hui, c’est la liberté, la liberté d’entreprendre.
La liberté éditoriale ?
Il faut compter avec les propriétaires des médias, multimilliardaires, puissants financiers et marchands d’armes. Sont-ils si loin du pouvoir ? Ou plutôt le pouvoir est–il si loin d’eux ?

Monsieur et madame Macron, n’ayant pas pu descendre les pistes enneigées comme prévu (omniprésence des gilets jaunes mais aussi descente dans les sondages et chutes possibles), se sont rabattus vers cette charmante petite ville de Saint Tropez. Ils peuvent se reposer sur la terrasse ensoleillée de la villa des « amis de Brigitte » située dans une zone protégée. De là, ils peuvent apercevoir les résidences voisines de Bernard Arnault, de François Pinault et de Bolloré.

Bolloré leur aurait bien prêté son yacht, mais la mer est un peu agitée en ce moment.

Demain, c’est le réveillon. Ce sera l’Acte VIII.
Bonne année donc, sauf à Benalla.
De Benalla, on en reparlera.
2019 marquera aussi le cinquantième anniversaire de la création du PS. On n’en reparlera pas.


***

Vendredi 28 décembre

L’actualité rend fou. La bouffonnerie s’infiltre dans les interstices de la réalité.
Le danger est alors de créer une distance, une méfiance envers la politique.
Le danger serait aussi de laisser filer, au gré du courant, la volonté de contrôler sa vie.
Les gilets jaunes peuvent bien s’amuser du spectacle de la décadence de la macronie, mais ils ne peuvent laisser courir le mouvement sans avoir tout tenter pour le maîtriser.

Le burlesque peut recouvrir aussi bien le tragique que le dérisoire.

Benalla avec ses « vrais-vrais » passeports diplomatiques.
Ce n’est pas moi ! Ce sont eux ! A l’Élysée ! Non, au Quai !
Qui est responsable ?
Quand viendra la réponse ? De qui ?
Mais que faisait donc cet (ancien) très proche du président avec les milieux d’affaires les plus interlopes ?
Des affaires.
Au compte de qui ?
Mais enfin, qui est-il ? La réponse va-t-elle finir par tomber ?

Un appel à manifestation pour sauver « Notre Président » est parti du Vaucluse, s’est envolé sur Spoutnik.fr et a atterri à Toulouse. Des essais, des fausses pistes et en fait, un vrai désarroi.

Une alternative à ce désastre ?
Mélenchon et Glucksman, la FI et Place publique réunis, pour un « dîner secret », dans un restaurant réputé proche de l’Assemblée Nationale. Vieille combine, vieille politique !
Et au menu, les européennes.
Ils ne changeront jamais.

Les Européennes sont aussi au menu de Ferrand, l’optimiste, qui a remarqué comme tout le monde qu’une liste « gilets jaunes » pourrait peut-être sauver LREM en affaiblissant la FI mal en point et le RN qui ne recrute pas, au contraire.
Passons sur les listes, jaunes zébrés, jaunes brun… retenons ce qu’a dit Priscilla Ludosky : « Que les choses soient claires… merci de ne plus m’approcher au sujet des européennes… Ca ne m’intéresse pas… ». Fermez le ban.

Ce qui n’est pas farces ou cotillons, ce sont les efforts faits par les gilets jaunes pour s’organiser.
Nous avons lu le manifeste de Commercy, les comptes rendus de leurs assemblées hebdomadaires. Nous pouvons aussi lire le reportage du Monde diplomatique sur les assemblées en Ardèche.
Pour le moment, la vie en commun de situations extraordinaires prime sur tout. Les échanges subjectifs sont solides. Une histoire existe. Mais difficile de dépasser ce stade, même pour confier une action simple à un exécutif.
La question qui se pose, chaque fois, c’est de savoir comment dépasser le stade de la résistance, de la revendication, tous ensemble, pour arriver à construire ensemble. Il n’existe pas de technique appropriée, ni de recette sociale. Les livres d’histoire fourmillent d’échecs. Parfois glorieux, souvent tragiques.
Le mouvement actuel fait l’expérience des fausses pistes et des impasses et il peut aller très loin dans la conscience de lui-même et de sa force.
Le blocage apparaît, toujours, quand le besoin de transcendance se fait sentir, quand une force sociale construit une société qui la dépasse.
Nous savons ce qui fait la force de ce mouvement mais la situation ne peut rester en l’état et exige de résoudre les problèmes qui se posent :
Quelle est la culture portée par les gilets jaunes au-delà de la conscience de son hétérogénéité ? Quel monde veulent-ils, sachant maintenant que le monde actuel n’a pas de version juste et égalitaire ? Comment formuler ce qui reste à l’état de désirs individuels ou collectifs ?
Les réponses ne viendront que du mûrissement du mouvement.

Un nouvel Acte se prépare. Festif pour les uns, violent pour la police.

***

Jeudi 27 décembre 2018

Silence. Marseillaise. Patrouille de France avec panache bleu blanc rouge. Tour Eiffel enflammée. Coups de canon aux Invalides.

Manifestation de soutien à Emmanuel Macron le dimanche 20 janvier à 14 heures, place de la République.

Déjà 3000 marcheurs inscrits.
Pourquoi pas une vraie descente des Champs Élysées ? Il est vrai que le lieu est souillé par les samedis populaires. Néanmoins, une vraie descente, c’est tentant.
Pas celle des fantômes des morts de la guerre du film d’Abel Gance, avec leurs gueules cassées, ni celle des fantômes du gaullisme avec Malraux, Debré, Sanguinetti, le SAC et ses pompes. Non une vraie descente avec intellectuels, sommités et coureurs remontant dans les rues adjacentes pour faire masse. Avec politiques qui appellent au calme, au « ressaisissement », à la démocratie républicaine et au « votez pour moi aux européennes ». Une vraie concorde contre le peuple, quitte à sacrifier les extrémistes libéraux en charge des affaires sonnantes et trébuchantes, Édouard Philippe en tête.
C’est trop tard sans doute. Comme il est trop tard pour accepter l’aide de la CFDT ou pour le nouveau contrat social du vieux Le Drian.

Macron est un homme seul, même Benalla l’a trahi. Alexandre est parti, parti avec son passeport diplomatique.

Alors, dans une répétition grotesque, faut-il s’attendre à une dissolution de l’Assemblée nationale, à un référendum et à un exil en Irlande ?

Macron est un homme pressé, pressé par les événements, pressé par le peuple. Est-il arrivé au terme de sa vie politique ? De sa vie jupitérienne , sans aucun doute.

Alerte ! Alerte !
Ce qui devait Jeudi 27 décembre être une « Marche républicaine de soutien à Emmanuel Macron » vient d’être dégradée en « Marche Républicaine des Libertés ». Des « foulards rouges » (les appelants) n’est sorti qu’un lapin ! Dommage !

Macron, enfermé dans son bunker élyséen, loin des pistes de la Mongie où l’année dernière il slalomait avec Alexandre, sous l’objectif de Mimie, continue son combat liberticide et dangereux.
Un an ferme pour un gilet jaune !
Les prisons françaises battent tous les records : 71 701 prisonniers.
Les officiers généraux vont toucher une prime de responsabilité pouvant atteindre 50 000 euros.
Quand l’Empire tremble, l’Empereur soigne sa garde prétorienne. Mais cela n’a jamais suffit.
L’État vient de passer commande en urgence de 1280 flash balls dont une partie importante en multi coups. Pour se préparer à un affrontement ? Le niveau de réponse des forces de l’ordre conditionne toujours la violence future. Dans une émission de télévision, un téléspectateur demandait si l’on n’avait pas échappé à une guerre civile. De l’importance de l’imparfait.

Macron est un pyromane.
Sur le plan politique, il a tout essayé, même et y compris l’instrumentalisation de l’antisémitisme.
Claude Askolovitch la montre et la démonte dans un article important publié sur Slate et intitulé :
« La défense des juifs, ultime morale des pouvoirs que leurs peuples désavouent ».

Dans cet article, très précis sur le rôle d’organisations proches du pouvoir, il rend compte du travail conjoint de politiques, d’éditorialistes, d’intellectuels de cour.
« … on brosse à petites touches, de petits faits vrais mais choisis, un tableau sordide d’une France des provinces lumpenisée et trumpisée, perméable au complotisme, acquise à l’antisémitisme, mue par la haine de l’élite et des Rothschild qui furent les patrons de Macron, et tout, alors, serait limpide, et tout serait plié. »
Askolovitch a raison, le mouvement des gilets jaunes, ce n’est pas cela.
Mais au delà la grossière manœuvre politique, nous avons là ce que pense du peuple cette caste au pouvoir. Ce sont des consciences sales, grossières et bêtement prévisibles. Ces « beaux messieurs » sont vulgaires sous leurs panoplies de Start uppers parfumés.

Cette séquence politique qui va d’approfondissements en approfondissements va entrer dans une zone de tempêtes, politiques, bien sûr, mais aussi financières car un typhon est en train de se former, pour des raisons structurelles mais aussi à cause de la politique erratique du président des États Unis. Le système menace de tomber dans une nouvelle crise alors même que les principaux gouvernants de la planète sont ouvertement adeptes du néo libéralisme le plus orthodoxe. Le système aurait-il des limites en lui-même ?
Quelles conséquences ?
Nul ne peut le prévoir sachant qu’une politique de renflouement comme en 2008 est impossible.
Mais une autre limite du système se fait jour. C’est la découverte de la supercherie de la « gouvernance » par les « outsiders » en gilets ou en manteaux. En France ou ailleurs.

Je me souviens que dans la bibliothèque de mon père il y avait quelques bandes dessinées et, dans l’une d’elle, un personnage nommé Ric Hochet.

***

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