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Club Politique Bastille et GJ : Réunion-débat samedi 13 avril et Acte 22 - Journal des Gilets Jaunes Quinquies : Mardi 26 mars, Lundi 1er avril, Vendredi 5 avril, Lundi 8 avril, Vendredi 12 avril, Lundi 15 avril, Mardi 16 avril, Mercredi 17 avril 2019

lundi 1er avril 2019, par Club Politique Bastille

Club Politique Bastille et GJ : Réunion-débat samedi 13 avril et Acte 22

Depuis Novembre 2018, le mouvement des Gilets Jaunes, véritable soulèvement populaire, dément tous les pronostics, bouleverse la situation politique, isole le gouvernement, soumet syndicats et partis à une pression permanente. Les partis de « gauche » sont totalement absents, ceux d’extrême gauche malgré les efforts des militants marginalisés alors que la mobilisation se poursuit avec une politisation, une maturité exceptionnelle. L’événement est exceptionnel. Rien de tel depuis 1968. Cette fois, l’espoir n’est pas le résultat d’une élection !

Au même titre que la mobilisation du peuple algérien, les Gilets Jaunes sont constitutifs de la situation internationale. En Belgique, en Espagne, en Allemagne, le jaune devient le drapeau des résistances anti-libérales.
En France comme en Algérie, c’est l’auto-organisation qui s’affirme. De ces problèmes, il faut discuter. Non seulement en soit, mais débattre aussi de l’avenir de notre Club.

Faut-il poursuivre notre activité, et si oui, sous quelle forme ou mettre un terme à un regroupement original qui a épuisé ses possibilités ?

Ces questions seront à l’ordre du jour de notre prochain rendez-vous. À cette occasion, faites un effort pour participer nombreux à cette réunion.
Michel introduira sur le mouvement, Charles sur le Club.

Amitiés.

Le Club Politique Bastille se réunit samedi 13 avril 2019 du milieu à la fin de l’Acte 22 des Gilets Jaunes donc à 14h30 précises pour les Amis des GJ et les GJ disponibles (et entre 14h30 précises et 18h pour les autres GJ)
à l’EDMP
8 Impasse Crozatier 75012 Paris. Métro : Gare de Lyon

Toutes et tous sont invité-e-s, y compris les Gilets Jaunes de toutes les couleurs.

** **

samedi 13 avril 2019 (heure non définie)
Lieu : Lieux multiples
Lieux multiples : voir texte.

Manifestation à Paris des Gilets jaunes
Acte 22 - samedi 13 avril

Attention : cette page évolue en permanence
.
Les événements Facebook changent souvent (lieux, horaires) et sont parfois supprimés. Certains n’indiqueront le lieu qu’au dernier moment. Nous mettons ces informations à jour régulièrement, ici, sur Démosphère.

Les principaux rendez-vous Gilets jaunes :

Paris 17e : rv à 10h Métro Pereire / place du Maréchal-Juin
A l’appel de « Decla ta manif »
Départ de Pereire en direction de République pour rejoindre la manifestation « pour le droit de manifester »
Facebook : total 520 participants + intéressés
Pages : lien

République : rv à 14h
Rassemblement - Conseil national de la résistance des Gilets jaunes
Facebook : total 70 participants + intéressés
Pages : lien

République : rv à 12h
Cortège éducation & Carrés rouges avec les Gilets jaunes
Facebook : total 60 participants + intéressés
Pages : lien

Saint Denis : rv à 11h devant la Basilique
Rassemblement éducation et départ pour rejoindre les Gilets jaunes
Pages : lien

Lieu à préciser :
Facebook : total 1 200 participants + intéressés
Pages : lien

Les lieux de rendez-vous seront ajoutés ici au fur et à mesure

Autre manifestation :
République : rv à 14h
Manifestation pour la liberté de manifester
Manifestation de République à Nation
Pages : lien

Stations de métro potentiellement fermées :
Voir le site de la RATP

Acte 22 Gilets Jaunes on est là !
défense du droit de manifester

Gilets Jaunes Pacifiques DECLA TA MANIF et Gilet Jaune Demain

Rendez-vous à 10h Métro Pereire / place du Maréchal-Juin
Départ de Pereire en direction de République pour rejoindre la manifestation « pour le droit de manifester »

Les Gilets Jaunes vaincront ! pour la démocratie la Justice sociale la Justice fiscale, le climat et l’environnement, notre pouvoir d’achat et notre liberté de vivre, pour notre dignité à tous !
Ce samedi nous rejoindrons l’appel et la manif organisée par la ligue des droits de l’Homme. ainsi que 60 organisations qui dénoncent la répression et l’atteinte à notre liberté de manifester du gouvernement.

Gilets Jaunes Pacifiques DECLA TA MANIF’s photo.
Lien : https://paris.demosphere.net/rv/68824
Source : https://www.facebook.com/events/3953509043530…

***

Journal des Gilets Jaunes Quinquies

Mercredi 17 avril

Mon Dieu, mais c’est une homélie !

La Nation depuis les cathédrales…
La destruction, les guerres et les révolutions : les fautes des Hommes…
La communauté de destin…
La participation de tous… chacun à sa place.

Et voilà que le soir à vingt heures, au lieu d’annoncer des mesures visant à répondre à la crise sociale et politique du pays, IL prêche.

Et c’est Stéphane Bern, histrion pleurnichard, qui, comme il se doit à la fin du sermon, passe la sébile.

Et soudain, les annonces de dons arrivent en rafales. Les fidèles soutiens, Arnault, Pinault, Bouygues et consorts donnent des dizaines de millions, tout droit sortis des paradis fiscaux pour les recycler à 60% d’exonération fiscale. Mais ce n’est pas suffisant. Jean Pierre Aillagon, ancien ministre de la culture et aujourd’hui conseiller privé de Pinault propose de faire de Notre Dame un trésor national et… d’exonérer les dons à 90% !
Rapide, net, précis, comme à la parade.

Et voilà qu’avec l’aide de la Vierge Marie, notre sainte patronne, IL tente même un Miracle :
« Notre Dame sera reconstruite en Cinq Ans ».
Les spécialistes les plus optimistes parlent de dix ou quinze ans. Mais IL n’a que faire du temps et des avis pertinents. Et cela dans tous les domaines semble-t-il.

Le texte prévu pour son allocution télévisée fuite.

Et voilà qu’IL annonce, sans doute touché par la Grâce, qu’IL va le revoir sur la forme et le fond.

Ite missa est.

Rien, mais rien n’empêchera la tenue de l’Acte XXIII entre le vendredi saint et le jour de Pâques.
Rendez vous samedi. Acte XXIII.

Sinon, le président du Conseil Constitutionnel algérien a démissionné après une nouvelle manifestation record.
Les soudanais sont devant le QG de l’armée et refusent une transition militaire.

A samedi !

***

Mardi 16 avril

L’actualité du jour est entièrement saturée par l’émotion qui a suivi l’incendie destructeur de Notre Dame de Paris. Émotion sidérante.
Notre Dame est dans la vie de chacun, par sa beauté, par la pertinence du site, par son épaisseur historique ou simplement par son témoignage dans nos vies. Percevoir l’émotion, la tristesse d’une population attachée aux monuments qui bornent sa vie, bien au-delà de la foi, des représentations politiques ou autres est simplement être humain.
Bien sûr, l’approche est diverse, l’humaniste verra lui revenir en mémoire Victor Hugo, mais aussi Le paysan de Paris d’Aragon ou un poème de Gérard de Nerval ; le lecteur du Figaro pensera à Péguy ou à Barrès, le nationaliste extrême n’oubliera pas Maurras. Même l’approche consumériste de Disney ou de la comédie musicale participe à l’émotion collective en étant un vecteur essentiel du retentissement mondial de cette catastrophe.
Seules ces militantes de l’UNEF qui tentent un rapprochement imbécile avec leur prurit décolonial sont méprisables. Les autres, complotistes narcissiques, sont à ignorer.
La nostalgie s’en mêle. On voudrait voir figer le réel a postériori, penser à la permanence des choses alors que toute construction procède de la destruction, les arbres de la charpente comme les pierres des carrières. Et chacun sait bien au fond de lui que tout périt, tout change. Pour le mieux optimise le révolutionnaire.
Mais, les nappes d’émotion ne feront pas oublier aux historiens d’Art et aux spécialistes du patrimoine que « Notre Dame, c’est l’incendie de trop ». Les politiques qui un à un défilent sur le parvis ont au fil du temps et de leurs mandats réduit les budgets, les normes de sécurité et, en fin de compte, délaissé un monument qu’ils pleurent aujourd’hui. Et ce ne sont pas une tombola, une pitrerie de Stéphane Bern ou les dons recyclables fiscalement des Arnault, Bouygues, Pinault et autres qui feront oublier l’incurie de la politique culturelle du gouvernement.

L’allocution présidentielle reste donc sous cloche comme la Lettre de Mandiargues. Suspendre le temps quelques jours de plus. Sans doute Macron va–t-il retravailler son texte pour le badigeonner d’une couche d’union nationale. Il aurait tort, la mauvaise foi pue.
En attendant le moment propice, Macron a adressé à chaud quelques mots de circonstances à la télévision. Comme tout orateur qui se respecte, il a commencé par l’anaphore : « Je veux avoir une pensée pour… » et a ensuite déroulé un discours convenu, exempt de tristesse et de toute émotion pour terminer par « l’histoire qui nous rassemble ». Le roman historique des réactionnaires bon teint. Qu’aurait dit à sa place Mitterrand, pétri de culture, ou même un président normal ?
La fin de l’intervention ne fut qu’assaut de démagogie, condescendance :
« Nous ferons appel aux plus grands talents qui viendront nous aider. Nous rebâtirons Notre-Dame. C’est ce que les Français attendent, c’est ce qu’ils méritent ». Sans commentaire.
Tais-toi, je suis triste.

***

Lundi 15 avril

Toulouse, O ! Toulouse.
L’acte XXII des gilets jaunes avait Toulouse comme capitale. La police aussi. Ce fut l’occasion d’étrenner la nouvelle loi anticasseurs retoquée et les nouvelles méthodes répressives : former une nasse, lancer une grenade au milieu et bastonner tout ce qui s’échappe. Soyons clair, c’est une technique de guerre, un massacre colonial, si vous remplacez grenade lacrymogène par grenade offensive. Du jamais vu en « maintien de l’ordre ».
Une attention particulière a été portée aux journalistes indépendants et à leurs matériels d’enregistrement. Le pouvoir des images face au pouvoir des matraques.
L’Acte XXII, c’était aussi la manifestation contre les violences policières. Unitaire, rapide, propre.
Le Grandeba, sa « restitution » par le premier ministre (il l’avait donc volé ?) devait peser sur le mouvement. Pas de chance, on était plus nombreux qu’à l’acte XXI.
Pendant ce temps, Macron, silencieux et solitaire, préparait son Apparition.
La macronie est comme ce sous marin, dans le film éponyme, qui plonge au delà de sa limite pour éviter les grenades. Le danger, c’est la pression sur la coque et l’explosion des rivets. Macron constate les dégâts et envoie ses matelots boucher les trous, à main nues ou à l’aide de chiffons car les rivets de la participation au Grandeba et les mensonges de sa synthèse ont sérieusement attaqué la coque. Le dernier rivet en date, c’est le canon César et l’arsenal livré par la France à l’Arabie Saoudite pour massacrer le Yémen. Le maintien de l’ordre à l’international, ce sont des milliers de victimes. En France, ce sont tous les noms collectés sur la liste terrible de David Dufresne.

Ce soir, à 20 heures, le capitaine Macron fera surface, seul avec ses annonces. Lesquelles ?
« Il n’écoute plus personne » disait Bayrou. Alors ?
Macron s’adressera à la France, aux français, à ses adorateurs, à « ceux qui sont », à « Jojo, le gilet jaune », à « ceux qui ne sont rien », aux clowns, à « ceux à qui l’on doit tout expliquer », à ceux qui ne comprennent rien … Bref, seul comme jamais, il devra défendre sa place, sa classe, sa secte.

Si la situation sur le terrain se stabilise, à l’exception notable d’initiatives multiples dans les écoles et les lycées juste avant les vacances, les soutiens intellectuels et politiques des gilets jaunes commencent à s’échauffer en polémiques stériles sur les réseaux sociaux, atteignant le point de Godwin : « Une critique de personnes, sans critique de structure, est une attitude fasciste ! »
Les stigmatisations des « leaders » reviennent en escadrille. Gilets jaunes citoyens, gilets jaunes en colère, Priscillia, Nicolle, Drouet, vous êtes sommés de choisir votre camp.
Après les méfiances initiales, les réactions à contretemps, les concepts lourds à la détente, c’est maintenant l’impatience.
La tension est palpable, politique autour de Macron, versatile autour des gilets jaunes.
Mais le mouvement est solide.

Tous les soirs à vingt heures
La France a peur
(Ouhhhhh)
Tous les soirs à vingt heures
(Ouhhhhh)
La police vous parle
(Aillez confiance)
Tous les soirs à vingt heures
Mickey 3D « La France a peur ». Chanson parodique.

La France a peur. Pas celle des gilets jaunes qui est solide maintenant sur les ronds points, dans les baraques, dans les assemblées.

***

Vendredi 12 avril

« Le peuple est éduqué, l’Etat est traitre »
« Le peuple est éduqué, l’Etat ment »
Depuis plusieurs jours, ce mot d’ordre résonne dans les rues des villes algériennes.
Il pourrait être repris dans bien des endroits du monde où les couches populaires cherchent les voies de l’émancipation.
Le peuple s’éduque dans son mouvement. La part de chacun mise au service de l’action commune crée un savoir collectif.
Cinquante ans de vie militante m’ont au moins appris une chose, on n’éduque pas le peuple, il s’éduque.
L’Etat ment mais il n’est pas le seul ; la préservation de l’État et des privilèges qui lui sont attachés pousse au mensonge un large panel d’organisations et de personnalités.
Mais le peuple est éduqué et sait reconnaître les menteurs.

En cinq mois, si l’on calcule ce laps de temps à partir de notre horloge jaune, deux dictateurs ou représentants de dictature sont tombés. Bouteflika et Omar El-Bechir, en Algérie et au Soudan. Ce sont les victoires de peuples qui se sont mobilisés dans leur entier. Maintenant, ces peuples sont face à l’armée et à la hiérarchie militaire. Face à face terrible et inévitable. Dictature, transition ou révolution ?
En cinq mois, ce sont à nouveau les vents des révolutions arabes qui soufflent comme en 2011-2012. Mais le peuple s’est éduqué
Mais « le peuple est éduqué ».
« Ca y est, c’est bon, le peuple président ! » c’est la conclusion sous forme de mot d’ordre de la manifestation de ce vendredi.
Le peuple apprend vite, comprend vite mais il doit aussi rapidement trouver des solutions politiques en son sein.

Cinq mois que le mouvement des gilets jaunes est commencé.
Demain ce sera l’Acte XXII.
Enfin, nous avons vu un trou noir. Nous le connaissions théoriquement mais il était invisible. Nous connaissions le macronisme. Nous connaissions les conditions de son apparition. Mais jamais nous n’aurions pu concevoir une telle concentration de problèmes politiques, une telle avalanche de révélations crapuleuses.
En une semaine, la tricherie sur les conclusions du Grandeba est révélée.
La loi Pacte est votée donc les privatisations de ADP et de la Française des Jeux sont actées. Aussitôt apparaissent les nominations douteuses, femme de Legendre, chef des députés LREM, copain ailleurs. Les montages financiers sortent des tiroirs. Les géants du BTP avancent à visage découvert.
Les députés se présentent de front et lance un RIP Sarkozy. Benala continue de se banaliser. Les mises en examen se succèdent.
Cette semaine est aussi la semaine du « bloquons Blanquer ». La mobilisation est multiforme, résolue et ne se pliera pas au calendrier syndical. Blanquer se démultiplie en vain dans les médias.

Pourtant défait, ridiculisé en Europe, Macron continue à pousser sa politique toujours plus libérale, toujours plus clanique et se prépare à annoncer ses mesures « issues du Grandeba » dimanche ou lundi. Il est fort à parier que ce ne seront que des mesures d’accélération, de passage en force de sa politique avec sa dose écœurante de « pédagogie pour les citoyens, ces nuls qui ne comprennent rien » et avec aussi une forte dose de menaces et de répression.
Samedi, à Paris, la LDH, rejointe par la cinquantaine d’organisations qui se réunissaient pour se donner mutuellement des preuves de vie, appelle à une manifestation contre l’interdiction de manifester et contre les violences policières. Sans doute, les gilets jaunes se retrouveront-ils sur ces points. Quelle tournure prendra cette manifestation ? C’est une question importante car depuis « Macron démission » voilà à nouveau le cœur de l’État mis en cause.
« Le peuple est éduqué, l’État traitre ».

Le week-end dernier, l’AG des AG s’est tenue à Saint Nazaire. Succès médiatique, succès populaire. Succès politique ? Il est trop tôt pour le dire car ce type de réunion ne se juge heureusement pas sur les textes qu’elle produit mais sur les actes, les avancées qu’elle génère. Or, beaucoup d’injonctions à retourner vers les « gens », à se retrouver, à s’organiser mais peu d’analyses en fait.
Qui parle à qui ? C’est toujours la question. Et pour dire quoi, vraiment ? C’ est la question subsidiaire.
Interrogée sur la perspective de la semaine jaune, idée venue de Saint Nazaire, Priscillia Ludovsky a répondu qu’elle ne connaissait pas les détails de l’opération, qu’elle n’avait rien à en dire. C’est aux gilets jaunes de se tourner vers leurs assemblées locales, à discuter et à décider de participer ou non à tel ou tel événement. C’est aussi à eux de proposer et de voir l’écho rencontré par leur projet. De fait, Priscillia définit clairement ce que doivent être les protagonistes d’un événement révolutionnaire.
D’autre part est paru la liste des revendications portées par le Vrai débat. C’est un Vrai point d’appui.

L’Acte XXII est en cours et devrait se concentrer sur un pôle toulousain important comme ce fut le cas à Bourges.
« Ca y est, c’est bon, le peuple président »
Ce mot d’ordre d’Alger n’a d’intérêt que lorsqu’il sort de la poitrine de millions de personnes en même temps et au bon moment.
L’Acte XXII n’en est pas à ce stade, loin de là, mais l’approfondissement de la crise avance toujours et le retour à la forme classique de la politique n’est plus possible.

Sinon, la campagne des européennes produit son lot d’idioties et de bassesses. Des personnages apparaissent, sympathique comme Manon, ridicule comme Loiseau.

***

Lundi 8 avril

Lorsque j’étais petit, mon grand père m’emmenait avec lui, à pied, à Châteauneuf, chef-lieu du canton. Il allait chercher, tous les trois mois, sa retraite d’ancien combattant, à la perception. Au retour, nous nous arrêtions au magasin de jouets, « le Nain jaune », du nom d’un jeu célèbre à l’époque. Une façade de briques peintes en jaune. Une vitrine étroite et surchargée de figurines en bois. Pourquoi ce souvenir me revient-il ?
Cette couleur, le jaune, autrefois chargée d’une connotation péjorative dans la classe ouvrière est devenue et, sans doute pour longtemps, le cri persistant des classes populaires.
Chaque couleur à sa fréquence. Aujourd’hui, le jaune émet un murmure, un cri, un hurlement, une chanson d’un volume variable mais continu : Macron démission !
Samedi dernier, nous avons entendu le son des gilets jaunes. Le bruit des grenades, le brouillage de la propagande télévisée, ne peuvent pas le couvrir. Bien sûr, rien de comparable à la marée humaine déferlant dans les rues d’Algérie mais un mouvement permanent, un bruit de fond, du murmure au larsen.
Cinq mois et toujours les mêmes revendications, la même exigence. Des acouphènes insupportables pour le Prince et ses courtisans.
Il arrive que les acouphènes rendent hystériques. Castaner, sans doute irrité par le retoquage de sa loi anti casseur par le Conseil constitutionnel a montré sa face sombre : ses déclarations indignes contre les ONG complices des passeurs en Méditerranée. Ce n’est pas un ministre qui reprend les mots de Salvini ; c’est un ministre d’extrême droite comme l’est l’italien.
Un menteur aussi, mais en cela il ne se distingue pas de ses collègues du gouvernement. Son chiffrage est incohérent : à Paris, trois manifestations, un nombre ridicule de manifestants, et 15 000 contrôles. Est-il possible de se faire contrôler plus de cinq fois de suite ?

Ce matin, le premier ministre, dans un cadre somptueux, a présenté, langue de bois et lapsus inclus, les premiers résultats du GRANDEBA.
Les longs développements sont dans les journaux. Un résumé succinct suffira.
Les revendications des gilets jaunes sont très minoritaires donc non retenues.
Les marqueurs du néolibéralisme sont plébiscités : impôts pour tous, restrictions des dépenses publiques, baisse d’impôts pour les entreprises, « simplification » …
Quelques modifications piégées (genre piège à ours) :
vote blanc (mais alors vote obligatoire et amende à la belge ?), référendum local (la meilleure façon d’imposer le prochain aéroport), référendum à la Sarkozy un peu amélioré qui n’a servi à rien avec Sarkozy, alors ?
Les algorithmes ont bien travaillé, mais les manœuvres de camouflages touchent à leurs fins.

On a compris. Mais on peut être encore plus clair.
Des démographes ont superposé la carte de France des réunions du GRANDEBA avec celle du vote Macron au premier tour des présidentielles.
Alors, alors ?
Disons qu’elles se superposent assez facilement.
Étonnant, non ?

A Saint-Nazaire, s’est tenue l’AG des AG dans la continuité de l’AG de Commercy. Succès incontestable de la participation. Couverture médiatique et retransmission sur les réseaux à la hauteur de l’événement.
Nous attendons la sortie des documents mais nous souhaiterions que soit abordé le paradoxe dit « paradoxe du militant ». Comment faire une véritable auto-organisation avec des militants par ailleurs organisés verticalement. Depuis des années, de nombreux textes expliquent comment « organiser l’auto-organisation ». Espérons qu’à Saint-Nazaire cette injonction paradoxale soit dépassée par les initiatives multiples et par l’intelligence des rencontres.

Cette semaine sera sans doute capitale pour un secteur au moins : l’enseignement, primaire en particulier. La grève de jeudi a été un franc succès, je n’y reviens pas. Pour la suite, pour en finir avec la loi du ministre et le ministre de la loi, le syndicat majoritaire propose une grève en mai ; des assemblées départementales, SUD 94,95, appellent à la reconduction de la grève dès aujourd’hui. Des assemblées de grévistes comme à Toulouse rejoignent les gilets jaunes. Ce mouvement est à un point de bascule et Blanquer, ce héraut de la Macronie, dans la tourmente.

A suivre…

***

Vendredi 5 avril 2019

Jean-Michel Blanquer
Ministre autoritaire
De ta loi on n’en veut pas

Comme un écho.

Hier, à Paris, il y avait
70% de grévistes dans le primaire
230 écoles fermées
480 professeurs des Écoles à l’AG du matin.

Cela devient sérieux.

A la fin de l’AG, les quatre motions présentées ont été votées. Toutes les perspectives d’action sont ouvertes, certaines sont contradictoires. Les syndicats ne s’opposent à rien, ne privilégient rien.
Ce sont donc les établissements en AG et en réseau qui décideront.

Cela devient très sérieux.

L’après midi, la manifestation était très importante. Le responsable de FO, multipliant sa délégation par 100, annonçait 10 000 enseignants. Généreux, dans les deux cas.
Entre les délégations à ballons, des milliers de délégations d’école et d’établissements souvent constituées de très jeunes professeurs avançaient d’un pas décidé. De temps en temps, les vieux responsables de tête, les chenus de la FSU, faisaient arrêter le cortège pour souffler.

Cela devient très très sérieux.

Aujourd’hui, des « stylos rouges » ont été reçus au ministère de l’éducation par le DRH. Coup de tonnerre, tremblement de terre, la représentation du personnel n’est plus un monopole. Le château de cartes des élections et des représentations syndicales vacille.

Cela devient très très très sérieux.

Les milliers de messages qui s’échangent sur le net prennent les formes les plus diverses. Une exception toutefois, le langage politico syndical. Il faut que les anciens comprennent que ces jeunes collègues n’ont pas été biberonnés à la langue SNI ou SNES. L’âge moyen des syndiqués augmente depuis des années. Le nombre des syndiqués, lui, décroit.
Les collègues qui interviennent sur le réseau s’expriment comme dans la vie, dans leur vie. Ils demandent des renseignements sur la déclaration de grève, l’adresse aux parents, se répondent, se likent. Ils échangent des informations, font des calculs, ajoutent des revendications. Autrefois, ils s’adressaient à leur syndicat.
Surtout, comme dans leur vie, comme sur leurs comptes Facebook ou autres, ils expriment leurs sentiments, leurs émotions. Enthousiasme ou crainte, colère et joie. Ils ne jouent pas à la grève, ils sont la grève.
Le spontanéisme. Nous avions besoin de moult citations et exégèses pour arriver à concevoir une tel objet conceptuel. Quant à faire confiance à ce brillant édifice intellectuel et oser, c’était encore une autre question. Il fallait d’abord en référer à la hiérarchie démocratiquement centralisée.
Sur les sites et les réseaux, l’impulsion est digitale mais aussi amicale, fraternelle, rapide, résolue et sensée. L’émotion circule, les espoirs concernant la pratique du métier sont intimement liés au mode de vie, au mode de pensée.
Bien sûr, les illusions, les aliénations sont, comme partout, présentes mais elles ne sont pas redoublées par le discours d’organisations qui n’ont d’autres fonctions que de perdurer. Depuis 1995 et l’apparition du nouveau syndicalisme, elles auraient pu faire preuve d’humilité et d’efficacité. Les collègues ne leur en tiennent pas rigueur, ils les ignorent ou les utilisent pour ce qu’elles sont devenues, des agences de service de moins en moins utiles et performantes.

Ce fonctionnement que je viens de décrire n’est pas apparu au printemps, comme les jonquilles. Les « gilets jaunes » le pratiquent à quelques nuances près depuis presque cinq mois.
Les enseignants et les gilets jaunes ne se reconnaissent pas, ne se connaissent pas ou mal. Ils reproduisent les uns envers les autres les conduites sociales induites par le système mais ils se retrouvent dans une lutte contre une même politique, un même gouvernement, un Macron commun.
Il ne s’agit pas d’une construction politique que des stratèges nomment convergence ; il s’agit de luttes qui peuvent se rejoindre à partir de leur praxis. Ils peuvent se reconnaître sans le recours aux raisonnements discursifs des appareils.
Seraient-ils devenus disruptifs ?

Demain Acte XXI. Qui l’eut cru ?

Le GRANDEBA s’échoue en Corse.
Deux idées semblent émerger des premières feuilles : des compensations pour les indemnités sociales et la reconnaissance du vote blanc.
On plaisante ?
L’acte XXI, axé sur la justice fiscale et la révolution écologique, c’est sérieux.

Le mouvement ne renoncera pas.

La lutte des enseignants fragilise Blanquer, « le ministre phare de la Macronie ». Les plus avancés dans la compréhension du mouvement comme les chercheurs mais aussi certains professeurs disent haut et fort : « Nous sommes gilets jaunes ! » Tous se retrouveront dans le combat contre les violences policières, l’interdiction de manifester et pour l’amnistie et la justice.
Ce serait bien que les organisations qui se rencontrent mensuellement sur ce sujet, dépassent la fonction phatique du « T’as vu ? On est là ! » et décident d’un meeting, d’une manifestation ou d’un lâcher de ballons. Il serait quand même dommage que le mouvement de protection démocratique se fasse sans elles. Vraiment.

Le mouvement des gilets jaunes se trouve extraordinairement renforcé politiquement par la levée en masse du peuple algérien qui récupère sa révolution. Les analogies sont des forces politiques.
Aujourd’hui encore, des records sont battus à Alger.

Sinon, hier, un grand débat avec les têtes de liste aux élections européennes.
Alors ?
Il manquait LO !

***

Lundi 1er avril

On est là !
On est encore là !
On est toujours là !
On sera là tant qu’on ne sera pas entendus.
On sera là tant qu’aucune réponse ne sera apportée à nos revendications.
On sera peut-être là alors que tu n’y seras plus.
On sera pour toi le spectre d’Hamlet.

Le chœur de la Macronie et son coryphée entonnent, lui, encore et encore la même chanson :

Premier couplet.

Revendications ? Quelles revendications ? C’est inaudible ! Confus ! Contradictoire ! Ils ne savent pas ce qu’ils veulent !
Mauvaise fois évidente car d’acte en acte, de réunions en synthèses, elles sont maintenant très claires ces revendications. Aussi bien sur le plan social, démocratique que judiciaire. Elles viennent encore d’être précisées dans le compte-rendu du Vrai Débat édité par Pricillia Ludovsky.

Deuxième couplet

Des représentants, des organisations, des délégués, des interlocuteurs !
Vous n’en avez pas ! Vous n’existez pas !

Martine Larrere, historienne des révolutions et de la citoyenneté, au micro de France Culture, le 26 mars :
« Dans l’événement, il y a des protagonistes, des leaders de terrain, comme pour la Prise de la Bastille. Après ils disparaissent… Lorsque la Révolution est sortie de sa phase insurrectionnelle et qu’elle s ‘est installée dans l’état révolutionnaire, en général ce sont des moments de « dérévolution » comme on dit détricoter, déconstruire ; alors des leaders se dégagent. »
En France, comme en Algérie d’ailleurs, le processus n’en est pas à la phase de structuration, de stabilisation ou de repli. En Algérie, l’existence d’une deadline, la démission de Bouteflika, et l’élection présidentielle vont forcer le processus mais en France la durée et la répétition des actes poursuivent l’approfondissement de la crise.
La précipitation dans la structuration est une pulsion léniniste, une impatience de vieux révolutionnaires, comme un gauchisme à l’envers. Vouloir anticiper sur le processus révolutionnaire, asseoir une situation en mouvement au risque d’une contre révolution, peut contribuer à l’assécher. C’est un danger qui menace toutes formes de centralisation, et les précautions comme le mandat bloqué ou la révocation immédiate ne sont que des éléments de langage mortifères. Qui a déjà participé à un congrès avec des déléguées aux mandats bloqués ?
C’est le plus souvent le manque d’approfondissement politique qui fait prendre la superficialité, la technique, pour du contenu. Et cet approfondissement ne s’acquiert que dans les débats en AG, les échanges et les confrontations, la résolution collective des contradictions rencontrées en assemblées et sur le terrain. Bref, en s’immergeant et non en s’extrayant. Ne jamais oublier que la recherche du Commun est une praxis, pas une recherche d’harmonie apollinienne. La question serait donc QUE FAIRE, ENSEMBLE MAINTENANT ?

L’Acte XX a été le moment d’une importante mobilisation enseignante contre Blanquer, ses dires et sa loi.
Depuis novembre, il y a, chez bien des militants, une volonté de faire coïncider le mouvement des gilets jaunes, les luttes enseignantes et le développement des « stylos rouges ». Les plus avancés dans cette voie sont les chercheurs qui dans leurs textes se proclament gilets jaunes.
Mais la magie de la « convergence » ne va pas de soi.
Les organisations syndicales et politiques influentes dans ce milieu ont des réticences face aux gilets jaunes. Elles ont même participé, au début du mouvement, à la campagne de dénigrement. Et encore samedi, le syndicat majoritaire a tout tenté pour contrôler la manifestation, la maintenir dans les « règles de la bienséance ». Mais les manifestants des établissements en lutte se sont regroupés, laissant les bureaucrates bureaucrater. Évidemment, un changement d’itinéraire pour rejoindre les gilets jaunes aurait fait monter d’un cran la pression mais le milieu enseignant qui a beaucoup changé depuis quelques années n’y était pas prêt. Et puis, les « leaders de terrain », comme dit Martine Larrere, sont bien calmes ou assagis, dans cette couche sociale.
Ce que l’on peut constater, c’est qu’il y a un problème de place sociale et de supposée supériorité intellectuelle intériorisée au cours des études qui pèse très fort dans l’imaginaire des enseignants. Ils ne sont plus, ni socialement ni organisationnellement, proches des « couches populaires ». Le métier d’instituteur n’est plus un moyen de s’élever socialement sans renier sa classe d’origine. Ne revenons pas au temps des Écoles Normales, mais aujourd’hui, pour atteindre le niveau requis pour être recruté, il faut pouvoir faire de longues études. Le métier d’enseignant n’échappe plus à la pesanteur de la reproduction sociale. Les cas Bourdieu ou Louis sont des cas d’école plus encore aujourd’hui qu’hier.
Ce milieu est bourré de contradictions et n’a pas une conscience claire de lui-même. Les approches du métier ont aussi évolué à mesure que la possibilité d’envisager une autre société perdait de sa force. La syndicalisation a reculé, la pensée collective aussi. L’approche pédagogique a changé et bien des pratiques « révolutionnaires » ont été désarmées. Seul, son propre mouvement fera évoluer ce milieu. Seule, la lutte collective le fera sortir de l’ornière du corporatisme. Et peut-être alors retrouvera-t-il le chemin de l’émancipation ?

La lutte contre la loi Blanquer est engagée.
Contre les mesures qui touchent directement à la pratique du métier, les dotations, les suppressions de postes, les regroupements d’établissement.
Contre les mesures qui touchent les programmes, contre la conception scientiste de la pédagogie, contre le rapprochement avec le privé au détour d’une loi sur la scolarisation obligatoire des enfants de trois ans (Ils sont presque tous scolarisés à cet âge mais il existe de nombreuses écoles privées qui bénéficieront ainsi de la manne de l’argent public.)
Contre le discours sur le « devoir de réserve » et l’exemplarité conservatrice.
De nombreux réseaux se sont crées sur tout le territoire, les enseignants sont reliés entre eux. Les « stylos rouges » que je voyais d’un œil trop optimiste il y a deux mois, prennent de la vigueur aujourd’hui. Certes, d’aucuns tiennent à rappeler que ce mouvement est né à propos des salaires. Le niveau de conscience est très inégal encore mais les gilets jaunes sont sortis pour refuser la hausse prévue des taxes sur les carburants.
Comme souvent la mobilisation mêle lutte corporative et lutte politique. Le mélange est explosif. « Blanquer démission » sonne comme « Macron démission ». Blanquer se montre hésitant. L’enjeu est de taille.
Jeudi, les enseignants seront en grève. Déjà, des établissements sont occupés.
Un tournant dans la lutte contre Macron.

Ce qui nous intéresse en premier lieu c’est le mouvement, sa nature, sa force, son renouvellement. Mais il ne faut pas oublier qu’il affronte un adversaire qui lutte et souffre lui aussi ! Nous avons vu que la politique néolibérale nécessitait un verrouillage sur les objectifs. Elle ne se négocie pas.
Mais il semblerait, à la lecture du Parisien, souvent bien informé sur les soupentes du Palais, que la situation accentue l’isolement et l’égotisme du président. La nomination à des postes de ministres de très très proches, après plusieurs jours de vaines recherches, va dans le sens de l’isolement politico-psychique.
La cacophonie dans la confection de la liste LREM pour les Européennes, les cafouillages et bafouillages lors de la présentation de cette liste, le grotesque du meeting montrent le peu d’épaisseur politique du regroupement et la faiblesse insigne du personnel qui entoure le « leader de la Start up nation ». La tournée de promotion des conseillers en goguette, Emelien et Amiel, pour leur ouvrage « théorique » sur la nature de la Macronie tourne à la catastrophe. Le contenu du livre est affligeant mais surtout on apprend, lors d’une interview à France 5, que les concepteurs des lois contre les fake news ont fait des faux et diffusé des vidéos bidouillées pour sauver le bel Alexandre.
Je pense que l’on n’est pas au bout de nos surprises puisque la nouvelle porte-parole du gouvernement est une adepte du « mensonge de protection » et du « porte-parolat d’écoute » !
Au mieux le silence, au pire le mensonge.

Le mois d’avril commence. La crise s’approfondit. Chaque événement sépare un peu plus les Hommes de l’Olympe.

Sinon ?
Le NPA appelle à voter LO. Mon Dieu, les européennes !
Alors ? Non, rien.

***

Mardi 26 mars

L’Acte 19 est passé. Les gilets jaunes ne sont pas tombés dans le piège de la montée en puissance de la violence. Mais une fois encore, les policiers et les DAR se sont distingués comme à Nice où une responsable pacifique de 73 ans se retrouve à l’hôpital après une charge policière.
Le Préfet Grimaud aimait répéter avec fierté que la police n’avait fait aucun mort à Paris en mai 1968. Il faisait aussi le tour des casernes en disant que frapper un homme à terre, c’était se déshonorer.
Le Préfet Lallemand, lui, fraîchement nommé, a passé vendredi dernier les troupes en revue sur les Champs Élysées en appelant à la plus grande sévérité. On imagine ce que ce mot peut signifier quand on inclut l’armée dans le dispositif de maintien de l’ordre et quand on renvoie un préfet qui a donné des consignes pour un emploi plus « raisonnable » des LBD.
Il ne s’agit pas d’idéaliser le passé et de faire passer le gaullisme pour une démocratie populaire mais il faut bien admettre que dans un cas vous avez un serviteur de l’État et dans l’autre un uniforme à casquette, au service d’une caste. La casquette est sans doute, soit dit en passant, ce qui différencie le préfet Lallemand de Benalla.
Dans le même ordre d’idées, on a entendu un général de gendarmerie pester en off contre les ordres transmis aux forces de police par les hommes de Castaner. « Quand on fait une nasse, il faut laisser une possibilité de sortie, sinon, c’est la violence assurée. »
De même en politique, dans les négociations syndicales, il faut toujours ménager une issue si l’on veut éviter le risque d’un affrontement violent.
Macron, lui, ne semble connaître que la violence. Il ne peut s’empêcher d’injurier, de stigmatiser, d’affirmer violemment, de soumettre, de prendre le dessus. Ou bien il s’arrange pour que les choses tournent à son avantage. Cf : le Grandéba des intellectuels qui pour la plupart se sont avérés être des salariés de l’Etat. « En tant que fonctionnaire, je ne me voyais pas ne pas participer à ce débat. » Gérald Bronner, sociologue.
La dernière déclaration de Macron concernant la responsable d’ATTAC, grièvement blessée à Nice à la suite d’une charge de police, est odieuse et manifeste bien son mépris et sa morgue.
Ses accès de rage, de violence, s’expliquent aussi sans doute par l ‘accumulation des revers qu’il encaisse. Mais aussi par la bêtise de ses « collaborateurs ».
Le bureau du Sénat a transmis à la justice les résultats de sa commission d’enquête sur l’ « affaire Benalla ». Le président Larcher aurait pu sans doute intervenir pour tenter de sauver les membres du cabinet Macron. Il ne l’a pas fait, c’est son droit. Concert de macronistes : « Forfaiture ! Coup bas politicien ! » Concert de grosses caisses. Le président aurait dû se taire et bien, il n’a pas pu.
Le contexte est grave, l’ « affaire Benalla » se répand comme une nappe de pétrole. Pourtant, les déclarations, les réactions présidentielles sont au moins aussi problématiques que les affaires elles-mêmes.
Tous les épisodes du mouvement des gilets jaunes le confirment, Macron ne veut pas (mais le peut-il ?) négocier. En ce qui concerne les revendications légitimes d’urgence sociale et démocratique (retour de l’ISF, retrait de la hausse de la CSG sur les retraites, indexation de celles-ci sur l’inflation, hausse des salaires, instauration du RIC…), il ne propose, pour toute réponse, qu’un débat, un grand débat soufflé par Bayrou, mais qui s’avère très vite un grand débat avec lui-même, au grand dam de Chantal Jouanno qui devait en être l’organisatrice en chef.
Moi et les maires ;
Moi et les jeunes ;
Moi et les « zintellectuels »… une tournée de province pouvant servir au passage de campagne électorale pour les élections européennes.
Bien sûr, le cirque devra s’arrêter un jour. Il faudra donner un semblant de résultats grâce à la pêche aux mots clés effectuée par de coûteux logiciels. Mais pour gagner encore un peu de temps, organisons des conférences avec des sélections compliquées à souhait. Et, dans le même temps, sortons de ses tiroirs une bonne vieille réforme néolibérale comme celle des retraites, même si les comptes publics ne l’imposent pas. Les ministres « techniques de la société civiles » se chargeront de répéter les mantras néolibéraux qu’ils devaient déjà appliquer dans la « société civile ».
Ce n’est pas un hasard si le temps de travail dans la fonction publique revient dans le débat. La remise en cause du statut des fonctionnaires et le dégraissage des effectifs sont une constante des politiques libérales. Lorsque l’on est sourd aux appels à l’aide, aux cris de souffrance et à la rage des « gens de rien », la seule perspective est la matraque.

Face à ce mur de mépris et de haine, les gilets jaunes ont relevé le défi de se retrouver tous les samedis.
Dix neuf samedis.
La preuve est faite que ce mouvement est un mouvement profond et que la crise politique est ouverte.

La répression et les violences policières sont devenues un problème en soi. Le nombre d’estropiés, d’éborgnés, de blessés graves est impensable dans une « démocratie évoluée ». Le respect des libertés démocratiques, le droit de manifester sont des lignes de force contre la politique de Macron. Des organisations que l’on croyait disparues depuis que les rues se sont teintées de jaune, se sont réunies et envisagent de se retrouver à nouveau. Cette lutte n’est pas une lutte pour des principes, c’est une lutte pour en finir avec une politique liberticide. Un texte commun en défense des libertés ne peut se concevoir sans réclamer l’amnistie pour tous les gilets jaunes, l’interdiction des armes de guerre (LBD, grenades de désencerclement etc. ) et la recherche des responsables. Le mot d’ordre jaune « Dehors Macron » est la clé de voûte de toutes les luttes d’aujourd’hui.

Des fronts s’ouvrent, des barrages craquent. Les jeunes, collégiens et lycéens, dévalent les rues le vendredi contre le système qui les menacent directement. L’interpellation des gouvernants est une prise de parole. La grève, les déferlantes internationales expriment le refus déterminé de changer de société. Ce ne sont pas des cris ou des mots d’ordre (Anti anti anti capitaliste ! Révolution !) c’est une détermination vitale.

D’autres secteurs refusent la violence des mises au pas, les sanctions et les réformes scientistes et rétrogrades. Les enseignants ne sont pas des employés. Ils ne font pas du chiffre. Ils éduquent et forment l’esprit critique des élèves. L’ « École de la confiance » de Blanquer est un des aspects les plus détestables de cette société où l’humain ne serait plus qu’un quotient d’évaluation ou un compte en banque. Les enseignants, noyés dans la foule lors des journées d’action sur le pouvoir d’achat, se révoltent, se mettent en grève lorsque l’on touche à leur fonction et à leur humanité, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Comme pour les gilets jaunes, des circuits, des réseaux se construisent et chacun s’entraide et s’enseigne.
Il n’est pas innocent de rappeler qu’au moment où l’église traverse des moments difficiles (cf Sodoma ), Blanquer, Macron et beaucoup de cadres dirigeants sont des enfants des écoles religieuses, totalement incapables de comprendre l’aspect désintéressé et progressiste de l’Ecole laïque.
Les étudiants, leurs professeurs et les chercheurs ne tolèrent pas le rejet de leurs collègues étrangers (des pays d’émigration) conséquence des hausses des frais d’inscription à l’université. La mondialisation du savoir et du partage a un sens qui s’oppose à la mondialisation financière.
La question de l’École et de l’Université est fondamentale et même si elle n’est pas la seule, elle est emblématique de la profondeur de la crise politique.
D’autres secteurs sont impliqués dans cette défense du sens, de cette estime de soi piétinés par le mépris néolibéral. Les personnels hospitaliers, les personnels des maisons de retraite ne peuvent plus vivre avec les réformes comptables.
Après les désastres provoqués par les changements de management dans les entreprises publiques ou privées accompagnés de suicides et de dépressions, c’est aujourd’hui toute la société qui ne veut plus de la « start up nation » managée par Macron et ses employés du mois.

Les gilets jaunes sont l’expression brutale de ce rejet.
Il est temps de redonner un sens à l’activité humaine, de retrouver l’estime de soi et le respect des autres.
Macron démission !

En ce même mois d’avril et dans un même mouvement d’émancipation, les algériens en masse œuvre aussi à en finir avec la sinistre farce de Bouteflika.
Il était de bon ton, dans un certain milieu, de hurler contre le populisme qui, soit dit en passant, n’a jamais été véritablement défini, comme d’ailleurs nombre de concepts de philosophes de cour et autres vieillards autrefois nommés« nouveaux philosophes ». Aujourd’hui, on s’aperçoit que dans des pays « illibéraux » comme la Serbie ou la Hongrie, la liberté fait entendre sa voix et que ce sont les dénonciateurs de l’illibéralisme qui en appliquent maintenant les méthodes.
L’histoire est parfois déroutante et ses retournements ne sont pas inhabituels. On les appelle ensuite révolutions ou révoltes. Ils ne sortent pas des lignes d’un programme mais d’un refus et d’une fierté.

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Les épisodes précédents du Journal des Gilets Jaunes sont disponibles aux adresses suivantes :

http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article238

http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article234

http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article230

http://clubpolitiquebastille.org/spip.php?article229

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