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Pour un statut politique du producteur

lundi 16 décembre 2013, par Club Politique Bastille

Publié le 6 mars 2013

Les échanges sur « Pour notre débat » racontent notre histoire, là d’où nous venons. Nous sommes issus pour beaucoup d’entre nous d’un lieu où une vérité était écrite quelque part et où notre tâche était de chercher dans des situations toujours nouvelles la « voie vers le socialisme » dans le respect des principes fondateurs, d’une doxa dont nous étions censés être les gardiens. C’est dur mais c’est ainsi. Du moins, je le crois. Les conduites qui en découlaient étaient hauteur, dédain voire mépris, forts que nous étions de nos certitudes.
Le club sin nombre travaille globalement dans le sens des remises en question et c’est très bien. Les rechutes ne sont, cependant, pas rares.
Je voudrais pour ma part développer une piste de réflexion à laquelle je travaille depuis maintenant dix ans avec Bernard Friot et d’autres camarades, une bonne centaine en France, en Belgique et en Suisse. Piste qui nous a conduit à fonder une association « Réseau salariat » il y a maintenant un an. Nombreux seront ceux qui caractériseront cette tentative de tous les noms d’oiseaux politiques. Ainsi va la vie.
J’aborderai la présentation de cette initiative par mon expérience ; ce qui l’inscrira dans une subjectivité revendiquée.
La réalité décrite du capitalisme par ceux qui le contestent, le combattent n’est pas conforme à ce que je vis, à ce que je vois. Le « récit du monde » construit par ceux qui disent le combattre emprunte les mêmes mots et les mêmes concepts que ceux qui le défendent. Le discours économique et le discours militant sont sur les mêmes paradigmes que le discours de l’idéologie dominante.
Je peux résumer cette construction par quelques exemples (à la hache) de la manière suivante : le capitalisme est tout puissant, il connaît des crises mais les surmonte pour aller vers d’autres, il est capable de digérer et retourner ses obstacles, il nous mène cependant vers la barbarie. Ce qui apparaît comme conquête sociale n’existe que parce que le capitalisme est prêt à l’accepter (le compromis fordien). Les trois décennies d’après guerre sont les « trente glorieuses » apothéose du capitalisme. Depuis les années soixante-dix le capitalisme veut récupérer ce qu’il avait octroyé trente ans plus tôt. Le capitalisme veut réduire la part du PIB consacré au non marchand considérée comme une « dépense sociale ».
Il s’ensuit la définition de revendications conformes à la vision : lutter contre l’injustice et répartir les richesses autrement, taxer le capital (comme le travail), élargir la dépense sociale, promouvoir la solidarité intergénérationnelle, donner le – du – pouvoir aux travailleurs dans les entreprises, nationaliser, créer un pôle public bancaire, interdire les licenciements (boursiers ou pas)...
Bien-sûr, il y a des différences de « radicalité » entre les « gauches », molles ou extrêmes. Reste que les fondements théoriques nous apparaissent les mêmes. Décrire le monde c’est agir sur lui. Marx a mis des mots sur les choses et a permis que des militants s’en emparent et construisent des syndicats et des partis. Il n’y a pas aujourd’hui de récit distinct du monde. C’est la construction idéologique de la classe dominante qui s’est installée dans la pensée du « mouvement ouvrier ».
Le travail de Réseau salariat est d’aider à la construction de ce récit à partir d’une analyse du réel différente.
La pierre de touche est l’analyse qui met en lumière la construction d’institutions salariales dans un processus lent depuis le début du 20e siècle en Europe et en France de manière particulière. Ces institutions sont subversives au capitalisme. Elles ont été conquises de manière empirique sans qu’elles aient été pensées comme subversives. Ces conquêtes, pensées dans un autre paradigme, permettent d’envisager la lutte autrement. Rompre avec le catastrophisme, donner confiance aux salariés, ouvrir des perspectives.
Peut-on, une minute, voir dans le siècle dernier la constitution du Salariat (définition élargie à développer) comme force révolutionnaire, non débarrassée évidemment des rapports de subordination au capital mais fort d’une pratique de la valeur alternative au capitalisme ?
Peut-on voir, une minute, comment dans le cadre aliéné de l’emploi s’est constitué un ensemble d’institutions subversives, conventions collectives reconnaissant le salaire à la qualification (du poste) ?
Peut-on voir, une minute, la fonction publique comme un lieu libéré de l’emploi, du diktat du marché, un lieu où le salaire est défini par la qualification (de la personne) et non par la valeur-travail, un lieu où l’on perçoit un salaire à vie, un lieu de contradiction avec la convention capitaliste ?
Peut-on voir, une minute, un malade, un chômeur, un retraité autrement qu’en allocataire de solidarité ou de « solidarité intergénérationnelle » qui « nous coûte cher mais c’est nécessaire », pour le voir comme le producteur de la valeur dont son salaire est la monétisation ?
Enfin peut-on voir la révolution autrement qu’un passé ou un futur lointains mais dans un aujourd’hui assumant un déjà-là résultat de la lutte des classe ?
Pierre Sauve

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