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Journal des Gilets Jaunes - Suite. Dimanche 16 décembre, Lundi 17 décembre, Mardi 18 décembre, Mercredi 19 décembre, Jeudi 20 décembre, Vendredi 21 décembre, Dimanche 23 décembre - lendemain de l’Acte VI, Mercredi 26 décembre

dimanche 16 décembre 2018, par Club Politique Bastille

Mercredi 26 décembre

« Mets ton gilet si tu sors dans la cour ».
J’entends encore la voix de ma grand’mère. Elle n’a jamais employé les mots pull over ou tee shirt de sa vie .Pourtant, c’était une spécialiste. A treize ans, elle était « petite main » chez Lanvin. Elle en avait dix-huit quand la grève des « midinettes » commença, le 14 mai 1917, en pleine guerre. A la fin de sa vie, elle racontait encore les coups de pèlerines plombées, les charges à cheval. La violence toujours…
Les couturières ont obtenu, après deux semaines de lutte dans un contexte on ne peut plus difficile, la « semaine anglaise » (cinq jours et demi de travail) et des améliorations sur les conditions de travail.
« Mets ton gilet, je te dis ».

Deux jours avant Noël, toute la presse paresseuse a ressorti le fameux dessin de Caran d’Ache à propos de l’affaire Dreyfus : « Ils en ont parlé ! ». Je pense que beaucoup escomptait une division familiale à propos des gilets jaunes. Mais ce qui est remonté des réseaux sociaux ce sont plutôt des moments de fraternité et de partage. Réveillons sur les ronds points. Messe de minuit hors les murs de l’Église.

A chaque réveillon, son anecdote « gilet jaune ».
Nous étions chez mes enfants. La veille, le voisin du rez de chaussée, un sculpteur roumain, demande à mon fils d’aider un de ses amis de passage. « Tu n’as pas un gilet jaune à me donner ? Je rentre à Belgrade demain matin. » demande l’ami serbe.
Mon fils est remonté chercher le gilet de sa femme cycliste. Le peintre serbe le prend dans les bras. « Merci ! Merci ! Demain soir, il y a une manifestation à Belgrade contre la corruption et j’aurai un gilet jaune français ! »

Depuis la dernière manifestation, c’est un déferlement dans la presse bourgeoise, vous avez dit bourgeoise, contre le fascisme, le jaune brun, la violence contre la délicate police. (Je reviendrai sur les violences policières et surtout sur les violences sadiques largement répertoriées. C’est un aspect essentiel de la situation).
Même des « humoristes » ou des journalistes classés à gauche (Sofia Aram, Hubert Huertas par exemple) reprennent les antiennes sur la montée de l’astre noir. Quand les situations se tendent, la gauche « belle âme » prend ses quartiers d’hiver. Comme d’habitude.
Ne revenons pas sur les petits courts métrages : « ils ont chanté la quenelle », « ils ont sauvagement attaqué de pacifiques « voltigeurs ». » ou les récits métropolitains.
C’est en réalité assez peu pour justifier l’attitude ferme et belliqueuse affichée par le gouvernement. La prime revenant à Édouard Philippe, champion de savate : « Les coups, j’aime ça, j’en reçois et j’en donne. » Un bien bel hommage à Johnny Halliday dont c’était l’anniversaire de la mort.

C’est peu mais c’est trop. Et surtout, où sont les forces politiques qui, sur le terrain et dans la bataille politique, s’opposent habituellement à ces manifestations de haine, à ces affichages nazis ?
Les jeunes qui, comme Gérard Filoche, ont fait 1968 et maintenant font (comme ils peuvent) décembre 2018, doivent rappeler qu’en 1968 les forces de gauches révolutionnaires n’étaient pas seules à tenir le pavé du quartier latin. Occident et d’autres factieux étaient présents, souvent secondés par la police gaulliste. C’est en se défendant d’une attaque d’Occident contre la Sorbonne que « nos camarades » ont été arrêtés. Le mouvement a remis « la révolution nationale » à sa place et le quartier latin a été reconquis. Jusqu’au 8 mai. On ne va pas refaire l’histoire.

Plusieurs analystes n’on cessé de le répéter : c’est bien parce que les forces politiques de gauche, les syndicats organisés et les « partis révolutionnaires » en tant que tels, sont absents que ces manifestations de haine sont possibles. Les fascistes ne se sont pas multipliés subitement comme des rats dans les égouts parisiens. Ils sont connus, répertoriés, simplement il faut les combattre.
Et, comme le dirait justement Sartre : ceux qui se cachent et qui profitent des remontées brunes pour disqualifier le mouvement populaire sont des SALAUDS.

Le gouvernement montre ses biceps et sa matraque. Mais les temps sont durs.
C’est d’abord, le gentil couple Brigitte Macron, Marcel Campion. La première dame et l’homophobe, un joli conte de Noël. Adieu Paris !
Ce sont les tweets épouvantables de ce député LREM, Joachim Son-Forget, contre la sénatrice, Esther Benbassa. Et sa justification pleine de morgue et de mépris : « c’était une expérience de psychologie cognitive. » A croire que les députés LREM ont été sélectionnés sur la haine du peuple, sur leur morgue, leur violence rance et, il faut bien le dire, leur connerie.
C’est Benalla au Tchad, juste avant la visite de Macron à son ami qu’il embrasse comme du bon pain,le sanguinaire Idriss Deby.
C’est Benalla à Londres avec l’extradable Draghi.
Benalla, ton image de beau gosse qui s’est fait par le travail et la volonté, de marcheur d’élite, fout le camp. Les vieux remugles de la Françafrique et du banditisme international empestent à nouveau le Palais.
Ce sont aussi les Macronleaks qui, comme une bombe à retardement, prouvent que la taxe sur les carburants n’avait pas comme finalité la lutte contre le réchauffement climatique mais, très prosaïquement, devait compenser les cadeaux faits aux riches. Une petite biffure budgétaire.
Menteurs et pervers jusque dans les détails.

Alors que la pétition demandant une action en justice contre l’État pour son « inaction climatique » a dépassé les 1,7 millions de signatures en quelques jours, De Rugy y voit une réponse aux « gilets jaunes ». Il est « agréablement surpris » mais, précise-t-il, « ce n’est pas au tribunal de régler le problème ». Rapprochons ces dires des faits révélés par les Macronleaks dont nous venons de parler. Pourquoi continuer à polémiquer avec ces gens-là ?
Le grand débat ! Le grand débat !
C’est parti ; la responsable du comité d’organisation n’est pas d’accord avec le gouvernement !!

En ce qui concerne la suite du mouvement, les gilets jaunes qui suivent Priscillia Ludosky ont raison de vouloir faire baisser la tension de leur côté et de prévoir des rassemblements plus conviviaux.
Revenons, à ce propos, sur les violences policières.
Il faut que la violence ordonnée à la police se révèle au grand jour. Des internautes collectent des vidéos et font remonter des signalements. Plus de deux cents à ce jour. Ce n’est pas la violence extrême des affrontements qui interpelle le plus, ce sont ces gazages en traite, à la volée, contre des personnes pacifiques, ce sont ces passages à tabac à Bordeaux ou Toulouse, ce sont ces étranglements, ces balayages contre des femmes parfois âgées.
Lorsque ces forces sadiques sont libérées, c’est que le pouvoir veut terroriser, terrifier. C’est insidieux, misérable et pervers.
Et il faut aussi, bien sûr, rappeler encore et encore les dix morts, les dizaines de mutilés, d’éborgnés.

Le mouvement s’enracine pendant les fêtes mais il refleurira bien avant le printemps.
Une bonne période pour remettre sur la table les axes essentiels de la mobilisation et continuer à chercher la voie commune. Il serait temps aussi de prendre d’autres initiatives.

Les gilets jaunes ont pris l’habitude d’échanger directement entre eux, de décider après des consultations sur internet. L’habitude est prise, les résultats sont connus. Je terminerai donc par cette question :
Pensez-vous que les militants, présents depuis le début dans le mouvement, abandonneront cette méthode pour revenir aux pratiques habituelles de syndicats ou d’organisations qu’ils n’ont pas entendus depuis un mois ?

***

Dimanche 23 décembre, lendemain de l’Acte VI

Avant le début de l’Acte VI, un dixième mort sur un rond point.
Un anonyme. La violence est ce pays.

40 000 participants, 220 interpellés, 81 gardes à vue à 20h selon la presse.
Comme toujours, les chiffres des participants sont incertains car ils sont essentiellement fournis par le comptage aléatoire de manifestations sauvages et, sans doute, manipulés par le pouvoir.
Les chiffres des interpellés, eux, plus proches de la vérité, montrent une fois encore le niveau élevé de la répression.
Mais les faits sont là. Une fois de plus, les gilets jaunes sont sortis.
Et même s’il est difficile de rendre compte du nombre des participants aux actions, blocages, barrages et filtrages en province, ils ont occupé les ronds-points. Ils ont discuté avec les automobilistes mais aussi, assez souvent, avec des policiers qui n’ont pas hésité à reconnaître : « C’est grâce à vous, nos augmentations. »
Rapprochements impossibles dans les manifestations urbaines mises sous tension par la hiérarchie policière.

Les blindés sont en province, les chevaux au pré, les voltigeurs en maraude.
Certaines villes de province sont plus mobilisées que la dernière fois.

La ligne politique définie au Château, avant l’envol en Afrique, est claire : les gilets jaunes sont violents, racistes et putschistes. Il faut les écraser.
Encore une fois, le coup de février 34.
Trouvez les images.

Mais tout ne se passe pas comme prévu. On les attendait à Versailles, ils surgissent à Montmartre. La Police et ses services de renseignement sont perdus. C’est sans doute la raison principale pour laquelle a été décidé l’enlèvement violent d’Éric Drouet, initiateur du carnaval au cours duquel Gnafron Castaner s’est ridiculisé.

Un groupe de fachos chante la « quenelle » et tend le bras sur les marches du Sacré Cœur. Ils se mettent en scène. C’est bon ? C’est dans la boîte ? C’est vrai, ils existent, il faut les combattre, le mouvement charrie sans distinction.

Trois voltigeurs se font charger par des jeunes manifestants dans une rue adjacente des Champs Élysées. Un des trois sort son arme et la pointe sur les manifestants.
Horreur ! Les jeunes insurgés attaquent sauvagement la police républicaine qui courageusement n’a pas tiré.
Une vidéo, ça se coupe, ça se monte. Reprenons la version longue du réalisateur.
Les voltigeurs arrivent aux Champs–Elysées par une rue adjacente. Une foule assez clairsemée remonte tranquillement vers l’Arc de Triomphe. Les motards mettent la béquille et en « loucedé » balancent des grenades dans la foule. Ils s’apprêtent à enfourcher leurs motos quand un groupe de jeunes, énervés par le « grenadage », on les comprend, s’en prend à eux. Le « repli tactique » est impossible. C’est la panique ! Un voltigeur sort son arme.
Et dans la geste gouvernementale, ce trouillard devient un héros.
« Montage, mon beau soucis » disait Jean-Luc Godard.

Fabien Jobard, dans Le Monde, constatait à quel point, face aux gilets jaunes, l’action répressive était considérable en la comparant à celle de 1968. Il précisait, qu’en France, pour le maintien de l’ordre, c’est toujours « le donneur d’ordre qui est en première ligne, c’est-à-dire le politique ». Il ajoutait : « seule l’arme à feu a été inemployée » jusqu’ici et rappelait les tueries de Göteborg en 2001 et la sauvagerie et les tortures de Gênes, la même année. Nous n’en sommes pas passé loin.
La limite est ténue entre la répression et les actes de guerre. Le politique est sur un fil. Le préfet Grimaud le savait ; Delpuech et Castaner le savent-ils, eux ?

Benjamin Griveaux (@BGriveaux)
22/12/2018 20:08
Donc, « on » lynche des policiers, « on » chante la quenelle de Dieudonné à Montmartre, « on » reprend les codes des années 30 pour renverser la République, « on » décapite l’effigie du président...

Derrière ces « on », un seul visage, lâche, raciste, antisémite, putschiste.

Stop.

Pas besoin de signaler que B. Griveaux est porte-parole du gouvernement.
Le Président appelle à la sévérité, à la justice exemplaire, à la Concorde nationale et ses chevaux légers chargent à tout va.
Cette mise en scène, ces discours n’augurent rien de bon. Cet affolement, ce bricolage peut déboucher sur une répression féroce et l’apprenti sorcier peut facilement franchir la ligne rouge.

Si le Président était capable d’écouter quelques constitutionalistes, il saurait qu’il est en son pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale, de changer de gouvernement (des volontaires ?) et de proposer un référendum (sur quelle une question ?).

Tous les « macronistes » s’enveloppent dans la toge de la démocratie. Je n’aime pas rappeler que E. Macron, n’a obtenu que 24% au premier tour. C’est un argument faible et galvaudé par ses adversaires du moment. Mais c’est un fait. Comme c’est un fait que dans les institutions de la V° république, l’élection du président au suffrage universel, encore renforcée par l’inversion jospinesque des élections présidentielles et législatives est un plébiscite. La V° république est un État fort.
Depuis 58, tous les acteurs politiques s’en sont très bien accommodés. Les présidents élus n’avaient pas vocation à être des dictateurs. (« Pourquoi voudriez-vous qu’à soixante-dix ans, il me prenne une vocation de dictateur ! » avec le phrasé et l’accent). De Gaulle a dissout, a soumis son départ au résultat d’un référendum ; Mitterrand a dissout ; Chirac a dissout. Macron va–t-il ouvrir un nouvelle pratique des institutions, renforcer les lois sécuritaires (il a commencé de le faire) et initier un néolibéralisme autoritaire comme il en existe déjà trop ailleurs. Il est loin le temps de la lutte entre les « progressistes et les illibéraux » et le grand rassemblement aux européennes. Oubliez !

Le moment politique est grave. Toute décision aura des conséquences fortes.

Les gilets jaunes aussi sont à un tournant. Je ne crois pas à la dissolution du mouvement dans les bulles des réveillons. Une suspension des grandes actions sûrement, mais aussi un moment d’intenses discussions.
Un constat largement partagé et qui sera au cœur des repas de famille : le retour de la question sociale, les constats sont faits, il faut payer.
C’est aussi un retour à la lutte des classes. Eux et nous, pas comme dans les manuels, sans les organisations syndicalo-politiques, mais bien comme deux pôles contradictoires.
Et enfin, il va bien falloir s’organiser, les listes Facebook ne suffisent plus, les structurations par assemblées ou ronds-points ne sont plus adaptées aux temps actuels. Sans doute, faut-il voir du côté des modes de structurations mêlant Internet et regroupements locaux.
Des réflexions pour Noël, car n’espérez rien. « IL » ne viendra pas et encore une fois on ne pourra compter que sur nous-mêmes.
Parallèlement, d’autres luttes se structurent : # JeSuisUnEnseignant contre Blanquer et ses poursuites contre les enseignants à la parole trop libre.
Les travailleuses du Hyatt ont gagné.
Et probablement recevrons-nous dans nos boîtes aux lettres une carte de vœux des syndicats. S’ils y pensent.

L’acte VI marque la fin de l’aspect carnavalesque du mouvement. Le moment est grave. Macron est observé par le monde entier, même quand il se rend au Tchad embrasser son ami Idriss Déby et réveillonner avec l’armée.
Mais les gilets jaunes aussi sont observés et avec espoir par tous les « outsiders » du système.

***

Vendredi 21 décembre

Jean-Michel Apathie, le phare de la pensée dans le brouillard du politique, claironnait depuis plusieurs jours : « Le gouvernement ne tient qu’à un fil et ce fil, c’est la police. »
Le Noël de la Police fut donc avancé de cinq jours.
Je ne reviens pas sur mes commentaires d’hier. Mais ce que je constate aujourd’hui, ce sont les réactions furieuses et innombrables des acteurs de la fonction publique. Macron a ouvert hier une boîte de Pandore (sic) qui ne pourra se refermer que par son départ (proche ou plus lointain).
Aujourd’hui, il a été décidé qu’il n’y aurait pas d’augmentation du point d’indice dans la fonction publique. La boucle est bouclée.
Comment cette immense colère va-t-elle s’exprimer ? D’abord par des cris sur la toile et dans la rue.
Par la grève ? Probablement. Les syndicats auront bien l’outrecuidance d’avancer quelques journées d’action.
Par la grève générale comme le réclament certains depuis bien longtemps ? Rien n’est moins sûr. Mais on pourrait assister à un renforcement politique à l’échelle locale entre gilets jaunes, fonctionnaires, artisans, etc. Un approfondissement politique ne veut pas dire forcément reprise immédiate de la mobilisation mais construction d’une intelligence collective qui déchiffre de plus en plus finement la politique néolibérale mise en place par le gouvernement. Cela veut dire aussi regroupements locaux auto-organisés et cela n’exclut aucune forme de lutte.
Les gilets jaunes de Commercy continuent à se réunir, à agir pour une structuration plus large. Mais ils ne dépassent pas l’échelon local. C’est une tendance classique d’une certaine partie du mouvement ouvrier de vouloir plier la réalité pour la faire entrer dans le programme. (Je ne pense à personne bien sûr, n’en déplaise à la Tribune des travailleurs). En opérant de la sorte, on vitrifie la réalité, on ne cherche plus à la comprendre donc on s’éloigne inexorablement d’elle. Le mouvement est riche de son hétérogénéité, de sa spontanéité et de sa créativité. Et c’est à partir de là qu’un approfondissement politique peut s’opérer et qu’une structuration durable peut émerger de la géographie des problèmes à résoudre.
Si je voulais faire de la politique à l’ancienne, je dirais à mes camarades qui sont préoccupés par les élections : Oubliez les européennes, visez et préparez les municipales.

Libération, le Monde et bien d’autres titres reviennent inexorablement sur le point qui leur paraît essentiel : Pourquoi le RIC est-il maintenant la revendication première des gilets jaunes ? Tous font un cours d’histoire, de sociologie, d’informatique sur la « démocratie réelle » et ses avatars, mais au détour d’un texte, des journalistes rappellent que le cri primal et fédérateur des gilets jaunes était : « Macron démission ! » et qu’ensuite seulement est apparu le RIC. C’est parce que « Macron démission » a été progressivement et provisoirement abandonné que le RIC a pu s’imposer.

A propos du RIC.
A vouloir dire que la droite et la gauche, peuff !!!, on en arrive, comme le propose le ci-devant Corbière, à imaginer tout soumettre au vote référendaire. Et bien, cher Alexis, ce qui caractérise la gauche, c’est qu’elle pense qu’il y a des valeurs humaines et démocratiques que l’on ne remet pas en question , que l’on ne jette pas dans le grand pot plébiscitaire.
Les militants et les travailleurs en lutte mériteraient une analyse un peu plus sérieuse. Nous ne sommes pas des « boloss », camarade « députée Obono ». Sortez un peu de la télé politique réalité. A moins que vous ne vouliez que nous distraire.

Et puis, à quoi bon le rappeler tant il est visible comme un phare dans la nuit (Apathie l’a dit aussi !), le RIC est négociable avec le pouvoir. La question sociale, non, l’adaptation constitutionnelle, oui. Asseyons-nous et discutons.
« Macron démission ».

Demain, c’est l’Acte VI (faisons fi des règles classiques).
C’est aussi le début des fêtes de Noël.
On s’oriente sans doute d’avantage vers des actions symboliques que vers des manifestations massives. Mais néanmoins, je pense que le mouvement peut s’enraciner à cette occasion. Les réveillons en famille peuvent s’élargir aux compagnons de rond points.
Phénomènes imperceptibles mais d’une importance considérable quand la bûche aura été digérée. Et…
« Que la fête commence ! »

PS. Un entretien dans le « Monde » avec Fabien Jobard :
« Face aux « gilets jaunes », l’action répressive est considérable ».

Un pas de géant vers la « société de contrôle ».

***

Jeudi 20 décembre

Soudain, le monde s ‘éclaire.
Depuis la plus Haute Antiquité, en passant par les guerres seigneuriales du Moyen Âge, la guerre de Cent Ans et la célèbre guerre de Trente Ans, il arrive toujours un moment où il faut payer les mercenaires et les soudards pour qu’ils contiennent les gueux dévastés par la misère. Pour cela, les seigneurs, les rois n’hésitent pas à puiser dans le trésor ou faire des emprunts cavaliers.
Hier, après un jour de grève administrative et une soirée de négociations, Castaner a payé. Des primes, des heures supplémentaires, et, vous entendez bien, des augmentations conséquentes de salaires. En cette période de crise qui dure, deux catégories de personnes voient leurs salaires augmentés : les dirigeants des grandes entreprises et les policiers. Diable !

La vitesse à laquelle Castaner a été sommé de payer en dit long, très long sur la peur du gouvernement.
Éric Hazan, hier dans une interview, présentait un scénario dans lequel une fraction de la police pouvait rejoindre les gilets jaunes dans leur colère. Castaner a pensé la même chose et les technocrates de Bercy ont dû faire une rature sur le budget.

Pauvre budget qui va exploser la frontière des 3%.
Davantage encore que ces Italiens incapables et populistes.
Mais ce n’est pas la même chose, dit Moscovici, l’Antoine Pinay de l’Europe. C’est pour faire face à une crise. En gros, en très gros : c’est pour sauver le système. Une fois la révolte matée, on le leur fera payer, à ces irresponsables, ces incultes, ces irrationnels, ces « machines désirantes » toujours et toujours, ces égoïstes !

De doctes plateaux de télé s’interrogent sur une possible sortie de crise. Des émissions sérieuses sur des chaînes sérieuses. Pas de la téléréalité.
Un mot circule : technostructure. Macron, ce jeune freluquet, n’arrive pas à tordre suffisamment le bras de la technostructure. Philippe lui met des bâtons dans les roues. C’est pour cette raison qu’il est impossible d’avoir plus que des miettes pour les gilets jaunes. (C’était avant le Noël de la Police).
On voudrait nous faire croire que le politique est victime du technocrate. Bel effort !
Il se trouve que depuis plusieurs années, le fonctionnement des structures économiques a pu être analysé assez finement, que le néolibéralisme est étudié et bien connu. Faut-il encore disserter théoriquement sur ce qu’est « la gouvernance néolibérale » ? oui, sans doute.
Mais les masses en gilet jaune, les Hongrois, tous les Européens en lutte et tous les « riens du tout » ont compris dans leur mouvement qu’ils étaient seuls face au système. Et que le système, sa gouvernance, c’est la technostructure avec ses algorithmes pour dégager des marges de profit et réduire les dépenses.
Et la politique, les politiques, les élus, ceux qui doivent prendre soin de nous, que font-ils ?
Ils nous méprisent, au mieux nous « expliquent », au pire lâchent les chiens.

Ce matin, nombreux sont les travailleurs et en particulier ceux de la fonction publique qui s’interrogent. Il y a de l’argent pour payer la police et il n’y en pas pour faire fonctionner l’hôpital, l’école, la poste… ils s’interrogent ? c’est une litote. Ils ont compris.
La rigueur pour les travailleurs, les pourboires pour la police et les profits pour les autres : ceux qui parlent à l’oreille des technocrates et des gouvernants.
Ils ont d’autant mieux compris que le responsable du syndicat des urgentistes faisaient remarquer hier soir qu’à la direction des hôpitaux, 23 gestionnaires hors cadre avaient été embauchés alors que des lits ferment et que l’on meurt dans les couloirs de Lariboisière faute de médecins et d’infirmières.
Je ne reviendrai pas aujourd’hui sur les réduction de postes à l’Éducation nationale, la réforme des filières et celle des programmes. Blanquer me tétanise.
Bref, nous avons tous compris.

Une dernière question, cependant :
Qui a négocié pour les policiers, qui a signé les accords ? Les syndicats n’obtiendraient-ils satisfaction que dans ce type de conflit ?
Que font-ils depuis un mois ?
Il est vrai que Berger a demandé à ce que les barrages soient levés, les ronds-points libérés. Là, c’est plus clair !

Je ne terminerai pas par le RIC, par Chouard et ses Chouardettes, par : Gilet jaune, tes papiers ! t’es de droite ou de gauche ?
Comme toujours quand le mouvement ralenti, c’est la question de l’essence qui remonte.

Je ne terminerai pas par le Grand Débat National organisé dans les mairies sous l’égide du CNDP, le conseil ad hoc grands débats.
Il est repoussé. Quel dommage !

Je terminerai par l’Acte VI qui forcément sera plus politique, moins massif et pas encore désespéré.
Bordeaux, Toulouse, les villes qui ont fait le plein la semaine dernière espèrent. Paris sera sans doute évité, la répétition n’est jamais souhaitable dans ce cas. Les comparaisons seraient malveillantes.
Alors, Versailles, la Manufacture des Gobelins pour le Noël de l’Élysée, un autre « haut lieu de la République » de l’ami Bern ?

A dix heures ce matin, un retraité est mort sur un rond point à Agen. C’est la neuvième victime.

***

Mercredi 19 décembre

Dans la brume, dans le froid, le rond point est triste.
Des chaises renversées, des papiers éparpillés, des toiles de tente déchirées. Une horde casquée en a chassé les occupants.
Cette scène s’est reproduite de nombreuses fois, la violence libérée par les instructions du ministre a détruit avec rage.
Ce sont des centaines de petites ZAD qui avaient poussé aux carrefours. Ce sont les gendarmes mobiles, vétérans de Bure ou de Notre Dame des Landes, qui ont mené les razzias.
Parfois, les gilets jaunes chantent et dansent devant les CRS qui avancent.
Des journalistes visitant les sites après la charge sont étonnés de trouver une véritable installation avec chauffage, frigo, réchaud… Des gens vivaient là, discutaient entre eux, interpellaient les automobilistes, prenaient d’énormes risques tout en riant.
Ces gilets jaunes des ronds points ne sont pas les urbains des places. Ce sont des gens qui, après le travail, lorsqu’ils en ont un, réparent les clôtures, refont les toits de leur maison, bricolent dans leur garage. Passée sous les radars de l’analyse sociale, c’est une population qui se bat et se « débrouille » tous les jours. Qui ne fait pas de longs discours mais a compris qu’il ne fallait rien attendre de ceux qui les méprisent ou les « utilisent ». C’est une population que les petits marquis parisiens imaginent « vulgaire, niaise, illettrée, inculte, fasciste ou extrémiste, fumeuse de gauloises, conductrice de poubelles ». Tout cela, nous l’avons entendu de la bouche de députés, de ministres et même du président de la République.
Mais le mépris se retourne. Vous avez eu tort de mépriser ces gens. Aujourd’hui ils vous méprisent et c’est définitif.

Deux vidéos tournent sur le web. Sur la première, un officier de CRS, rond comme une queue de matraque, agonit d’injures une gilet jaune qui passe. Sur l’autre, un journaliste urbain s’adresse à un gilet jaune qui remplit copieusement les assiettes des copains :
« Alors pas de vin ? ».
« Non pas de vin aux ronds points, on en a discuté. »

D’un côté, ivrognerie de soudard ? Absolument.
De l’autre, common decency ? Pourquoi pas ?

Les ronds points retrouvent leur fonction première : faciliter la fluidité des flux, comme l’on dit à HEC. Et aussi, pour la plupart, permettre la fluidité de la circulation des pots de vin entre entreprises du BTP ou autres, partis et haute administration, comme évoqué à l’ENA.
Rond point toujours.
Castaner, en GI, hurlant : « les gilets jaunes sont des talibans ; ça suffit ! »
Yes Sir ! yes !
Même Roger Frey ou Charles Pasqua ne se seraient permis de tels propos dans une enceinte parlementaire.
Pour qui se prend- il ?

Au fait. La prime pour un rond point libéré, c’est combien ?
« La prime de 300 euros, c’est une obole, une injure » a dit la porte parole des policiers en colère.
« Nous voulons que nous soient payées les heures supplémentaires, toutes les heures supplémentaires »
« Alors vous êtes comme les gilets jaunes ? « demande une journaliste un peu perdue.
« Nous sommes des gilets jaunes » dit la porte parole.
Gilets jaunes sous l’uniforme ?
Il faudra sûrement en parler aussi avec les « gilets jaunes » civils des premiers jours. Mais, le ministre de l’intérieur et des cultes, le majestueux Castaner a compris. Les primes seront versées ! Il n’a pas ajouté : « Ça suffit, peuchère ! »

Enfin elles seront versées ou pas, vu le cafouillage, les allers et retours entre Matignon et l’Élysée. On met la prime, on retire la prime, on remet la prime et le porte parole Benjamin Griveaux tente l’humour : « annulation plus annulation, ça fait un signe plus » ou quelque chose de ce genre.
De l’humour comme un crachat.

Pour qui se prennent-ils ?

Parlons du RIC, encore et encore…
Un grand merci à l’immense Alexis Corbière et au magnifique François Ruffin.
Le premier en disant que le RIC ne s’interdit aucun sujet, prend l’exemple du « mariage pour tous » ! Les LGBT le remercient et proposent un vote sur l’abolition de l’esclavage.
Le second en rendant un hommage appuyé à Etienne Chouard et à ses bonnes idées soraliennes.
En une journée, ces deux là ont explosé la « martoche » de la fête à Neuneu !
Merci. Un signe de plus que la récupération politique sera difficile.

Aujourd’hui, c’est comme une suspension.
Quelles formes prendra ce rassemblement de vies demain ?
Il ne se vendra pas pour un bol de RIC, ne chantera pas avec Lalanne Francis et ne reviendra pas sur sa haine de Macron et de ses clones.
Alors ?

***

Mardi 18 décembre

Je viens d’emmener ma voiture au Contrôle technique. Grâce au mouvement des gilets jaunes ce contrôle restera le même en janvier. Les taxes sur les carburants, les hausses des tarifs sur l’énergie sont figées. L’attaque en piquée du gouvernement sur des produits indispensables a été contrée. Ce n’est pas rien.
Mais si l’on passe au contrôle technique les revendications des gilets jaunes, que trouvons nous ? Il ne s’agit de les passer toutes en revue (en particulier la très discutable demande de retour au 90 km/h), mais de lister les plus essentielles, celles qui forment le cœur d’un programme d’urgence sociale, programme souvent discuté à froid et qu’il faut défendre coûte que coûte dans le mouvement.
ISF
Hausse du SMIC, hausse des salaires, SMIC à 1800 euros.
Retrait de la hausse de la CSG sur les retraites. Indexation des retraites sur l’inflation.
….
Le gouvernement a reculé sur ses attaques programmées et en est encore à chercher son souffle politique après les V actes. Mais n’a rien cédé sur les revendications sociales essentielles. Au contraire, il a tenté le coup de la « poudre de Perlimpinpin » et repassé en douce une réforme classique de la droite sur les heures supplémentaires.

Pourtant, le débat s’écarte subrepticement mais inexorablement de la question sociale, socle du mouvement.
Pas une minute, pas une seconde sans que le RIC ne résonne à nos oreilles !
Des conférences, des colloques, des réunions, des points presse se tiennent soudainement.
Qu’est que le RIC ?
C’est toujours un premier pas… un premier pas vers une révolution par les urnes, vers une « révolution citoyenne ». Révolution citoyenne, c’est une figure de rhétorique connue sous le nom de « paradoxisme ». Et comme nous l’a enseigné le Président Mao : « La rhétorique ne casse pas des briques ». Il parlait aussi « de proie pour l’ombre » ; mais c’est vieux tout ça.

De même, le « Grand Débat » devient une remise de prix. Concours oratoire, remise en forme de politiques déclassées, exutoire, confessions. L’État aux grandes oreilles vous écoute… avec bienveillance comme le dirait Freud. C’est important, c’est plus important que le G7 ; Macron est resté à Paris.

Je ne reviendrai pas sur le référendum lui-même. Mais en 2005, les Français ont voté non au référendum sur la Constitution européenne. Alors ? On est passé par le Traité de Lisbonne ! Je veux dire que si l’on se focalise sur la méthode, on en arrive à oublier qui a le pouvoir. Et qui a le pouvoir décide.
D’autre part, une des forces de ce mouvement, c’est le refus de confier sa vie, son avenir à un « politique ». Or, qui parle, qui pérore, qui expose, qui explique ?

Sur les ronds-points, c’est une construction de subjectivités, c’est l’idée d’un monde différent qui se cherche, c’est un Commun qui se forme. Le Commun, c’est d’abord être ensemble mais c’est aussi une praxis. C’est un film qui se déroule, une narration qui se construit. Le référendum, c’est le flash du radar.

Revenons au « grand débat ». Pour éviter que cela ne saute trop aux yeux et à la figure, Macron a enlevé l’immigration des sujets d’examen. Mais on a déjà oublié les débats précédents alors même que leurs comptes rendus ne sont pas encore recouverts de poussière.

Des cahiers de doléances apparaissent dans les mairies. C’est une bonne chose mais il faut les centraliser. Et ce n’est pas au Roi d’en faire la synthèse.
Le rôle des maires est réévalué dans les petites communes rurales, mais la France est un pays urbanisés. Colomb, Gaudin, Juppé, Aubry, Hidalgo… ?
Les partis, l’exécutif ont leur calendrier. Les médias, les sondeurs aussi.
Le mouvement ne s’arrêtera pas contre une liste aux européennes ou des places aux municipales. Des opportunistes courent déjà à la gamelle. Mais la majorité préférera garder intact les souvenirs des luttes communes, des retrouvailles citoyennes, des violences impensables et de la fraternité vécue.

Nous sommes à un tournant. Un premier bilan va s’imposer.
Mais constatons quand même que le pouvoir continue de s’embourber. Benalla, Crase, Poutine et maintenant le responsable des députés LREM qui déclare que Macron est trop intelligent et les Français trop cons !
Un acte VI comme un jusqu’au-boutisme désespéré ou bien comme une manière de prendre date ?

Acte I des policiers, c’est tout sauf anodin.
Macron a fixé à 300 euros la prime des policiers pour cinq samedis. Mais il oublie que c’est à la fin du bal que l’on paie les musiciens.

Un premier bilan, cela veut dire qu’il y en aura d’autres et que c’est loin d’être fini.

***

Lundi 17 décembre

RIP Référendum d’initiative populaire (Suisse, Italie)
RIP Référendum d’initiative partagée (Sarkozy 2008, France)
RIC Référendum d’initiative citoyenne
REX Chien de garde de mon voisin
BENALLA celui de Macron, à nouveau mis en examen. La piste
russe est ouverte…
Avec RIC, tout est possible. C’est un produit d’appel à la
« concorde sociale ». Des croquettes pour REX mais l’emballage
peut séduire.

Et les autres aménagements…
Édouard Philippe reconnaît ses erreurs et essuie la pointe des
Weston du lecteur des Échos. « Excusez- moi encore. »
Les 100 euros promis passent bien par la prime d’activité et
même si le nombre des ses bénéficiaires va augmenter, seuls 50%
des travailleurs payés au SMIC vont toucher cette prime.
« Augmentez nos salaires !!! »
Les heures supplémentaires seront, selon la méthode Sarkozy,
défiscalisées et exonérées de cotisations sociales mais plafonnées
à 5000 euros.
« Des embauches, pas la débauche !!! ».
Et pour nos anciens, les teddy-boys, les rockers et les soixante
huitards, l’annulation de la CSG est confirmée pour les revenus
fiscaux ne dépassant pas 22 580 euros.
Pour un couple, il ne faut pas toucher plus de 1350 euros environ
par mois et par personne.
« Ca va pas l’faire !!! ».
« Excusez-moi encore, j’ai fait des erreurs mais vous avez vu
comme je les répare » conclut Édouard.
Le pire, c’est qu’il se fout de nous.
« Macron démission !!! »

Pour continuer dans la liste des culottes de peau et gilets de
flanelle, je donnerai une mention spéciale à Jean-Michel Blanquer,
ministre de l’Éducation. Il est resté droit dans la tempête.
Les lycéens de Mantes, à genoux et mains sur la tête.
Le « droit de réserve » pour les enseignants.
Les amendes pour les parents, pour manquement éducatif.
La pédagogie cognitive basée sur « la science de la conscience » de
son ami S. Dehaene.
Certes, il a reculé sur le retour des heures de colle et n’a pas
restauré le fouet. Enfin, Mantes…
« Y a-t-il quelqu’un dans cet androïde ? »

« Plus qu’un clin d’œil à un corpus de méthodes militantes et de
revendications, la référence symbolique à 1789 doit plutôt être
comprise comme la résurgence d’une conscience politique, le
retour du citoyen et la reconquête par ce citoyen de son propre
devenir historique. » Guillaume MAZEAU, historien.

« Avant tout, les « gilets jaunes » sont une collectivité qui cherche
à se comprendre en tant que « le peuple ». Jusqu’à présent, ils ont
formidablement réussi, surtout par deux voies : la transposition
de leur grande diversité en facteur d’union et le refus d’établir un
pouvoir central. …

Leur profil social majoritaire est clair, en ce sens qu’il s’agit de
citoyen.ne.s appartenant à la première couche des « inclus ». …
C’est là une source profonde de leur indignation, être mis dans
l’obligation de demander quelque chose à d’autres tandis qu’ils
ont toujours fait tout leur possible pour s’en sortir sans rien
demander à personne. Il faut avoir une socialisation de classe
populaire pour comprendre l’importance capitale de cette
autonomie. …

Les gilets jaunes ont une perception vraiment systémique et
profondément politisée des institutions politiques, notamment en
les considérant illégitimes non pas sous une perspective fasciste
mais sous une perspective de distance d’expérience. …

Ce qui se profile donc dans leur discours est de plus en plus la
quête d’une démocratie directe sans positions préétablies et sans
leaders. …

On n’arrive pas à la critique de l’économie seulement par une
idéologie politique représentée dans la sphère publique. On y
arrive – et c’est la voie des gilets jaunes – par la dissonance entre
sa perception et sa pratique du marché libre. …

On oserait parler d’une idéologie politique que j’appellerai
"expérientielle". Le grand nombre d’expériences individuelles fait
émerger – avec l’aide d’Internet – une idéologie politique à
architecture neuronale où les individus peuvent moduler leur
contribution sans nuire à l’émergence d’une structure collective
reconnaissable par tout.e.s en tant que leur création commune. …

Le sens de l’évolution est justement qu’elle n’est pas
prévisible. Si ces possibilités qui rassurent les pouvoirs
établis sont réelles, il n’est pas impossible que le mouvement
devienne une ressource durable de la vie politique en
émergeant selon la conjoncture de façon récurrente. …

En tout état de cause, ce qui a déjà été accompli par les gilets
jaunes laissera une trace profonde dans la transformation
politique des sociétés postindustrielles. « 

Michalis Lianos sociologue.
Ces extraits proviennent d’un texte publié aujourd’hui sur le site
« lundi matin » (*).

Ces extraits, ces réflexions venues d’univers différents
s’interrogent sur un même sujet : quelle conscience est en
construction dans ce mouvement ? Le retour d’une conscience
révolutionnaire ou l’apparition d’une nouvelle subjectivité ?
Certainement pas une conscience de classe au sens classique, pas
encore une conscience de « faire peuple », mais, déjà, la
construction d’une force indépendante qui tient sa cohésion
d’expériences communes de vie et sa puissance de son refus de
déléguer, de faire confiance.

C’est sans doute un continent nouveau de la politique que nous
devons explorer.
En 1995, nous disions que c’était le retour des militants. En effet,
nombreux étaient les militants politiques des années 60/70 qui se
retrouvaient dans les grèves et qui ont œuvré à une certaine
reconstruction du monde syndical jusqu’au début de ce siècle.
Aujourd’hui, c’est la fin de ce monde, la mort de cette génération,
la dictature du néo-libéralisme mais aussi l’épuisement d’une
méthode d’analyse et de luttes que d’aucuns, trop facilement,
assimilaient au marxisme. Mais Marx lui-même ne s’est-il pas
éloigné du « marxisme » ?

C’est un début de réflexion, la suite des événements
inlassablement reposera ces questions.

Depuis une semaine, des milliers de Hongrois manifestent contre
la loi travail ultralibérale d’Orban. Ils manifestent jour après jour
et quelques gilets jaunes apparaissent parmi eux.
Comme nous le pressentions, le « populisme » a un ennemi mortel,
l’auto organisation du peuple.

Mercredi Acte 1, Police
Alliance appelle les policiers à se réunir dans les commissariats.
Mais qui va nous protéger alors ? Qui va conduire les chars ? Qui
va monter les chevaux… ?

Qui va « libérer nos ronds points » ?

PS : Merci à Florence Aubenas

(*) UNE POLITIQUE EXPÉRIENTIELLE – LES GILETS JAUNES EN TANT QUE « PEUPLE ». Entretien avec le sociologue Michalis Lianos
paru dans lundimatin#170, le 17 décembre 2018
https://lundi.am/Une-politique-experientielle-Les-gilets-jaunes-en-tant-que-peuple

***

Dimanche 16 décembre

Caro Diaro,
Ce qui pouvait paraître comme une contrainte devient maintenant une vraie liberté. Tous les jours que dure, de manière spectaculaire, ce combat des gilets jaunes, se mettre devant son clavier est une chance. Cela évite de se laisser aller à produire des analyses en surplomb, à écrire des textes qui prennent du recul et qui tous, enfin presque tous disent : j’avais bien raison de penser ce que j’ai pensé, dire ce que j’ai dit… « Reality is on my side ». Plus fort encore : « Ce mouvement confirme bien ma vision de la théorie…. ». À compléter comme vous le sentez.

Caro diaro, merci.

Une image. Castaner, manteau court, mains dans les poches, avance seul, dans une gare, au rythme de ses roulements d’épaules. Sans doute va-t-il féliciter Pépy de sa parfaite « collaboration ». Je ne peux m’empêcher de voir Castaner avec un blouson noir, la chaîne apparente et les santiags cirées. Une image de violence surjouée mais bien réelle.
Un huitième mort à un barrage. Encore, plus d’un millier d’interpellations et de déferrements.
Le Marlon Brando des Alpilles est un homme dangereux en fait.
Après, les chars et la cavalerie, c’est le retour des « voltigeurs » armés de flash balls. Après les humiliations et les arrestations, c’est l’ordre ultime : « ll faut libérer les ronds points ». Et, dans la foulée, des CRS chargent et libèrent un Mac Do.
Ne nous y trompons pas. Toute cette violence policière est très grave, les responsables devront en répondre et la question va devenir une question indépendante du contexte actuel.

Entendu vers 5h du matin, sur France info, la présidente de l’association des femmes de policiers faire remonter les dires d’hommes et de femmes en uniformes : « Ils n’en peuvent plus, les conditions de travail (sic pour nous, pas pour eux) sont impossibles. Les heures supplémentaires ne sont pas payées. La prime annoncée est une provocation. Beaucoup prédisent l’Acte 1 de la police. Je serai avec eux ». A suivre de près…

Donc, l’acte V marquerait le ressac du mouvement. Les chiffres sont en baisse à Paris et Marseille à la différence de Toulouse et Bordeaux. Mais il faut tenir compte de la collaboration de Pepy et de la RATP, de l’arrêt de trains, de bus de la fermeture de nombreuses stations de métro. D’autre part en ce qui concerne Paris, le recensement policier ne prend en compte que ce qui se « voit à la télé », pas les manifestations sauvages qui ont inondé la rive droite.
Toutefois, le simple fait que l’acte 5 ait pu se jouer malgré les cris d’orfraies des politiques, avec ou sans cartes de presse, les appels à la décence (j’allai écrire à la prière) est déjà une victoire.
Mais c’est un fait, le nombre décroit, les gilets jaunes sont fatigués et cinq actes c’est une première pièce. L’affiche va sans doute changer mais les représentations vont continuer et bien malin celui qui peut prévoir le programme.

Quand la mer se retire, c’est le moment de la pêche à pieds. On ramasse alors ça et là des gilets jaunes complotistes tombés du camion, des mises en plis poudrées, des dupontistes ou des néo-soraliens. La marée sent un peu même si l’on peut compter sur des personnes saines et honnêtes comme l’homme de l’Indre et la femme de l’Eure.
Mais il ne faut pas oublier que c’est la télévision, BFM mais pas seulement, qui crée des monstres. Elle les façonne, les starifient avant de les humilier et de les faire mettre en pièces par des « experts » et des éditorialistes qui vocifèrent, la bave aux lèvres.
Quand un mouvement reflue, la vase remonte toujours. Après une grève ou dans les urnes, comme en 68. Après les Actes de décembre, les référendums (referenda) ? Pas sûr.

Cet appel à des référendums d’initiative populaire est un serpent de mer qui sort la tête lorsque les « patriciens » sont en danger. Les romains avaient déjà inventé ces consultations pour la « plèbe » et réservée à la plèbe. Sarkozy, la conscience perchée sur l’épaule de Macron, a d’ailleurs inscrit cette possibilité dans la Constitution, avec, prudence, des conditions de faisabilité inatteignables.
La plèbe est consultée sur tel ou tel texte, immigration, avortement par exemple mais les patriciens, eux, ont déjà voté Macron président. Et la campagne pour un deuxième mandat peut démarrer.
Marché de dupes, veilles lunes de l’extrême droite maurrassienne avec sa conception d’un peuple rance et réactionnaire, nouveaux jouets des LREM, sans idées ni boussoles.
Les gilets jaunes, quand on leur parle de référendum, sont pour, mais pour un seul d’abord : OUI ou NON Macron, démission !

Toujours, les patriciens et la plèbe.
Le patricien LREM : Venez discuter.
Le plébéien gilet jaune : Je suis ouvert au dialogue, je suis prêt.
Le patricien : Très bien, alors que pensez-vous de mes propositions ?....Comment vous ne les connaissez pas ? … Mais vous n’avez rien compris alors !!!
Fin de la séquence.

Autre variante.
Tous ensemble, patriciens et plébéiens : Écrivons un nouveau contrat social ! Quelle bonne idée !
Le gilet jaune : Nous sommes comme une famille, c’est comme un dîner de Noël.
Le LREM : Oui, vous avez raison, c’est un repas de famille. Tous à table ! Mais avec ma famille, nous réveillonnerons comme d’habitude, au château !

Il faut le rappeler, le crier, le hurler : Un contrat social ne se passe qu’entre égaux.

Que Macron démissionne, que vous rendiez vos ronds de serviettes et alors on pourra commencer à parler sainement.

Caro Diaro,
Je ne sais pas comment la situation va tourner demain. Si les lycéens vont bloquer lundi, si le « partout » de Martinez (des grèves partout, des convergences partout) va avoir un endroit ou deux où se poser ? Si les responsables de la finance, les GAFA, vont commencer à s’alarmer devant la jaunisse contagieuse qui, après l’Europe et Israël, atteint les rives de l’Amérique par le Québec ? Si ces algorithmes humains vont secouer leur fondé de pouvoir en France ? Celui-là même pour qui ils avaient de grandes ambitions à l’international.
On verra demain, car c’est sûr, tu seras encore là demain.

***

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