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mardi 22 janvier 2019, par Club Politique Bastille

Réflexions sur le 5 Février

Les Gilets Jaunes ont été successivement des antisémites, des « factieux », des « casseurs », leurs cortèges évidemment « infiltrés » - ah le terme – par des fascistes et l’Ultra Gauche (!).

Au 10ème Samedi, moins de violences, ce sont des « cortèges qui prennent des allures de cortège syndical » écrit, dépité, le journaliste du « Monde » qui aurait souhaité de nouvelles violences : mentir, truquer, pour disqualifier. La presse regrettait qu’il n’y ait « pas de service d’ordre », maintenant, il y en a…

Que dire d’autre, comment déconsidérer ? Le secrétaire d’état à l’intérieur dénonce la « guérilla urbaine » ! Donc le ministre de l’intérieur a compté, ils étaient, exactement au manifestant près, 84.000. Ni 83.999 ni 84.001 ! C’est un nouveau mensonge. Pour avoir vu passer le cortège parisien dans son entier, ils n’étaient pas 7.000 mais au moins 12.000… Au total, ce 10ème acte est un énorme succès. Le Figaro lucide laisse entendre qu’ils étaient 150.000 !

Quand la police n’attaque pas, il n’y a pas de violence… Castaner ne sait plus quoi inventer. Et la vérité se fraie en chemin. Grâce au journaliste Duquesne qui a fait une véritable enquête sur les victimes de la répression. On sait maintenant que le flash ball est une véritable arme de guerre. La « grenade de désencerclement » ? Une grenade avec du TNT, une grenade de « guerre » précise le spécialiste Alain Bauer sur la 5 samedi soir… La « guérilla urbaine » existe : c’est le gouvernement qui l’organise.

Grand show de Macron baptise par anti-phrase « Grand débat ». À deux occasions, toutes les chaînes « d’informations » ont diffusé dans l’intégralité ses propos. Des maires aux ordres, le Tiers Soumis, ont posé des questions attendues (1). Et quasiment pas d’intervention contre la politique Macronienne. La République quoi !
Une entreprise de propagande à l’égal de celle auxquels on peut assister à Pékin, Moscou… Macron titube, donne l’illusion d’exister encore politiquement. Il rassemble sur sa droite, plume la volaille Wauquiez, mais ça ne fait ni une majorité, ni une assise sociale.

La CFDT implore d’être reçue pour collaborer au « pouvoir vivre », sans rire.
FO se tait.
La CGT s’inquiète car des militants commencent à rejoindre les G Jaunes et Samedi, ici et là on a vu des cortèges syndicaux. Petits cortèges mais présents.

Martinez a donc choisi l’offensive. Le 5 Février, on va voir ce qu’on va voir. Une journée d’action dirigée… contre les G Jaunes. Un mardi ! Pas un vendredi…
Des camarades veulent se placer sur le terrain des illusions pour les combattre. C’était une formule de feu Lambert qui aboutissent en général à couvrir les appareils syndicaux.

Le 5 est une honte ! Une prétendue journée d’action dirigée contre les GJ, pour soutenir le gouvernement. Oui, soutenir le gouvernement.

Que font les militants opposants dans la CGT ? On ne les entend pas. Ils doivent dire ce qui est : il faut rejoindre les Gilets Jaunes, sur les ronds-points et dans les manifestations.
La lutte contre la réforme des retraites, la mobilisation contre la réforme de la fonction publique, c’est maintenant ! Avec les Gilets Jaunes qui combattent déjà depuis deux mois et demi ! Il est temps de les rejoindre, de se rassembler, de s’unir. Militants de la CGT, réunissez vos sections, tenez des AG avec les salariés. N’attendez pas une autorisation des permanents, des bureaucraties : avec les Gilets Jaunes contre les réformes de Macron, pour sa démission.
Dans la CGT, FO, il faut cesser les manœuvres d’appareils, en finir avec les suppliques pour la presse générale. C’est le moment d’y aller ! Les salariés restent l’arme aux pieds. Ils attendent que les Gilets Jaunes gagnent ! Seul, c’est très difficile. Le rôle des militants d’avant-garde c’est calmement, d’expliquer. Il est temps de rompre avec la soumission aux directions.

(1) - Une maire a expliqué à la télévision que les questions ont été transmises, 8 jours avant à Macron !

21/01/19

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Journal des GJ quater


Mercredi 20 février

Delphine Horvilier, théologienne et rabbine, a déclaré :
« L’antisémitisme dit surtout quelque chose de celui qui l’énonce ».
Enfin une intellectuelle qui n’essentialise pas à priori le concept d’antisémitisme. C’est rassurant en ces temps troubles où les écrits ou les déclarations d’intellectuel(le)s honnêtes se font rares. Elle poursuit en disant que les gilets jaunes devraient s’interroger sur la présence d’antisémites dans les manifestations. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait puisque l’islamiste arrêté après l’affaire Finkielkraut avait été expulsé depuis longtemps de son rond point en Alsace.

« Depuis plusieurs jours, le gouvernement et ses amis des médias nationaux semblent avoir trouvé une nouvelle technique de déstabilisation de l’opinion publique et de décrédibilisation du mouvement des Gilets jaunes.
Faire peur au peuple et créer de la crainte et des divisions semble être toujours une bonne technique…
En effet, tous les acteurs du gouvernement en place organisent et mettent en scène des discours et des actes visant à prouver que l’ensemble des citoyens mobilisés partout en France sont racistes et xénophobes.
Nous dénonçons les accusations et manipulations à l’œuvre mises en place par ce gouvernement adepte des fake news et de leurs amis des grands médias nationaux. Quand le porte parole du gouvernement annonce une inscription honteuse sur une vitrine alors que le propriétaire lui même explique que cela n’a pas du tout été réalisé pendant la manifestation. Même chose pour les portraits de Simone Weil profanés…
Nous dénonçons le terrorisme intellectuel qui est à l’œuvre de la part des médias télévisuels alors même qu’il est largement prouvé que les soi-disant actes racistes et antisémites ne sont nullement menés par des citoyens engagés Gilets Jaunes.
Nous exigeons que prennent fin les mises en scènes menées par le gouvernement et les médias avec l’appui des principaux groupes politiques vendus au pouvoir de l’argent, du capital et de leurs inestimables avantages.
Nous accusons un gouvernement aux abois qui ne sait plus comment se dépêtrer de ses affaires nauséabondes de mettre en œuvre une véritable campagne de communication sur fond de peur et de défiance de l’autre.
Il ne vous suffit pas, monsieur Macron, de mener une campagne électorale sur les fonds publics, maintenant, c’est en induisant la peur et la haine que vous tentez de mener la censure et de récupérer des audiences positives ?
Ne vous y trompez pas, Monsieur le Président, et Messieurs les propriétaires des grands groupes de presse, les Français ne sont plus des moutons que l’on peut continuer à manipuler impunément.
Nous sommes profondément humanistes et non partisans de telle ou telle religion, de tel ou tel courant de pensée.
Nous sommes pour l’amitié entre les peuples et le respect de chacun ».

Communiqué du 19/02 /2019 de La France en colère, édité par Maxime Nicolle alias Fly Rider.

Je n’en dirai pas davantage sur ce « rassemblement contre l’antisémitisme ». Nous avons tous vu le nombre de participants, l’apartheid entre le carré VIP et les participants lambda.
Juste quelques questions :
Qui sont-ils ces partis politiques qui cherchent à se sauver en se serrant les coudes au prétexte d’un antisémitisme certes bien réel mais complexe ?
De quel droit, du haut de quel magistère moral, nous parlent-ils ?

L’instrumentalisation pue. Le procès fait à LFI est ignoble (pourtant LFI n’est pas pour moi un vecteur d’émancipation) et ce n’était pas la peine d’apparaître hier, même de manière critique.
Le rapprochement avec la manifestation organisée après l’attentat de Charlie Hebdo est odieux. (« Je suis Finkielkraut » : ils n’ont quand même pas osé).
Tout compte fait, j’aurai dû en rester à mon idée première et arrêter ces réflexions après le communiqué de Fly Rider. Tout cela est trop vulgaire et trop prévisible. Des sommets sont atteints.

Puisqu’il est question de morale et d’exemplarité, aujourd’hui : c’est Benalla ! Du lourd, du lourd, du lourd !
Les Pères et Mères « La Morale » ont marché dans une belle flaque mais il ne faut pas s’en réjouir car lorsque le respect et la vérité sont à ce point bafoués, c’est la porte ouverte à toutes les ignominies.
Le magistère moral du gouvernement ???

***

Mardi 12 février

L’Acte XIII est passé.
Comme la marée, les gilets jaunes sont là tous les samedis. Le coefficient change suivant les semaines mais le phénomène se reproduit inexorablement, toujours soutenu par une majorité de français.
Le nombre de manifestants dépend largement de la tactique employée par le gouvernement. Beaucoup d’observateurs ont remarqué des changements dans la composition des manifestations depuis l’Acte I : plus aucun enfant, beaucoup moins de femmes, de moins en moins de vieux. La politique répressive de Castaner a sélectionné les manifestants et c’est ensuite lui qui ose déclarer qu’il n’a plus affaire qu’à des groupes violents. Rhétorique fine comme celle d’un baudet provençal mais efficace auprès de son auditoire.

La violence, toujours la violence. Une main arrachée, des gilets jaunes tabassés en fin de manifestation. L’objectif recherché est de faire comprendre que venir exprimer ses idées dans la rue comporte un vrai risque de blessure grave, voire davantage. Et si vous prenez le risque malgré tout, il y aura la loi « anti-casseur ».

Le gouvernement a un récit bien troussé immédiatement relayé par les mass media.

1- Les manifestants ne sont plus que des casseurs : la violence d’État est légitime.

2- Les manifestants s’en prennent à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Ce sont des antiparlementaristes et des fascistes, dans la lignée des Ligues des années 1930.
En aucun cas, ils ne protestent contre la loi anti casseur.

3- Des tags antisémites ont été relevés sur des vitrines, sur des affiches ; des actes intolérables se sont produits à Sainte Geneviève des Bois : les manifestants sont antisémites. Certes, Castaner n’accuse pas directement les gilets jaunes des méfaits commis mais tout le monde aura fait le rapprochement.

4- En retransmettant jusqu’à la nausée le GRANDEBA qu’un jeune étudiant, sélectionné pour renvoyer la balle au jongleur, appelle du théâtre, et en n’abordant jamais ni la richesse des discussions des assemblées de gilets jaunes ni l’originalité de leur organisation non hiérarchique, le gouvernement, cherche à accréditer l’idée que c’est dans le GRANDEBA que la parole circule et se structure.

Résumons ce qui ressort de la narration gouvernementale reprise sur les ondes : les gilets jaunes ou plutôt, ce qu’il en reste, sont violents, fascistes, antisémites, analphabètes et incapables de penser dans un cadre ordonné.
On retrouve là un écho de ce que les bourgeois des siècles derniers nommaient les classes dangereuses qu’ils qualifiaient de sales, incultes et alcooliques. Tiens, pas de référence à une foule alcoolisée aujourd’hui ! C’est sans doute interdit par le ministre de l’agriculture en pleine campagne publicitaire pour le vin qui n’est pas un alcool (sic).

Le problème c’est que de plus en plus de collectifs (recherche, enseignants bretons etc.) rejoignent les gilets jaunes ; de plus en plus d’études sérieuses sont publiées qui rendent caduque la narration gouvernementale. Mais, il faut bien comprendre que Macron est dans une lutte à mort et qu’il n’a que faire de la vérité, que faire de convaincre le « peuple ». Il veut vaincre.
Quand je parle ci-dessus d’études sérieuses, nous pouvons nous appuyer sur ces travaux pour comprendre comment s’est construite une pensée autonome et riche dans le mouvement des gilets jaunes et comment celle-ci pourrait se diffuser, s’élargir à d’autres couches et à d’autres territoires, malgré les différences ethno-sociales car aujourd’hui, « seuls les gilets jaunes combinent une conscience politique collective avec l’absence d’une structure pyramidale ».
(Ce qui n’est certes pas le cas ni des structures syndicales, ni des organisations politiques, ni des associations de banlieues.)
C’est l’avancée politique majeure de la « politique expérientielle ».

Certes, les « mormons » du président sont au cœur de la tourmente Benalla. Ismaël Emelin a démissionné hier, Sylvain Fort l’avait précédé. Mais cela ne peut pas affecter la détermination de Macron à combattre frontalement la révolte des gilets jaunes car il est jugé en Europe et dans le monde sur cette unique question. Pendant cette crise, les réformes néolibérales continuent d’avancer et de modeler une société irrespirable pour les couches inférieures (mesures de l’état d’urgence inscrites dans la loi, loi anti- casseur, loi de « confiance » la plus ouvertement réactionnaire depuis des lustres).
Le système néolibéral continue son déploiement.

Le combat des gilets jaunes ne met en péril Macron et sa politique que s’ils restent sur le terrain politique : « Dehors Macron ». Le danger serait d’abandonner la perspective de la destitution du président pour privilégier des amorces réformistes. Les gilets jaunes perdraient alors la main.
Toni Negri le précisait justement : ce type de mouvement a pour vocation l’abolition du pouvoir existant.
Or, toutes les approches théoriques ont tendance à sauter l’étape, non de la prise du pouvoir, mais de la destruction du pouvoir existant. Ce ne sera qu’ensuite que se poseront les approches de l’ « auto institution de la société ».
La France est un pays centralisé, contrôlé, jusque dans les plus petits villages, par les préfectures. En Inde, une région du Nord Est est contrôlée par des guérilleros maoïstes depuis des dizaines d’années. Aux États-Unis, un état est gouverné par des socialistes. En France, il n’y a pas de « régions libérables ». L’État centralisé est présent partout. Si une équipe municipale voulait s’affranchir des lois et directives préfectorales, le préfet la destituerait immédiatement.
Dans les textes qui circulent, il est souvent fait références aux ZAD, comme lieux d’indépendance, d’innovations démocratiques et d’administration collective. Mais dans ZAD, le focus est mis sur défendre.
La révolution française : c’est la constitution, l’abolition des privilèges etc. mais c’est aussi Valmy pour imposer cette politique et défendre la révolution, Valmy qui est tout aussi important pour l’existence et la cohésion du peuple.

L’assemblée des assemblées va se réunir à nouveau, à Saint Nazaire cette fois. Mais l’appel se concentre sur les formes démocratiques du mouvement mais a comme point aveugle les conditions politiques de la destitution de Macron. C’est une faiblesse que Macron va exploiter en continuant à mettre en place sa politique. Il tient, il frappe, il attend.
La victoire du mouvement n’est plus dans la durée (même si c’est important) ; il est dans la lutte contre la dispersion, contre les discussions sur les réformes qui n’abordent pas la condition de leur mise en œuvre : la destitution de Macron.

Acte XIV : Blocage national. Tous unis.
Unis Pourquoi ?

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Jeudi 7 Février

Après la « grève générale » du 5 février et avant que Macron ne prenne la tête de nos troupes en franchissant le Grand Saint Bernard, j’aimerais revenir sur quelques points.

A ce jour, 77% des français se retrouvent dans les revendications des Gilets Jaunes. 3 % de plus qu’en janvier. Certes, Macron progresse de manière fulgurante d’après Paris Match, Mimie Marchand et toute la sainte famille.
Mais c’est ce soutien énorme et durable des classes populaires au mouvement qui est inédit et formidable. La construction d’une force politique se fait dans la durée et nous n’en sommes qu’à trois mois du début du mouvement.
Les gesticulations de Macron, les déplacements houleux des ministres en campagne ou les marathons du GRANDEBA font du bruit sur les chaines en continue mais n’impriment pas.

Samedi, ce sera l’Acte XIII.
Bien sûr, aucun record ne sera battu. La caravane de soutien des syndicalistes italiens à Nice sera une attraction.
Le mouvement continue malgré certains échecs.

Dernièrement quelqu’un demandait quel était le dernier recul imposé par les classes populaires à un gouvernement. C’était à l’occasion du CPE. C’était la jeunesse mobilisée et cela fait
Treize ans. Treize ans !!!

Aujourd’hui, de nouvelles couches populaires se sont levées. C’est, entre autre, un effet de la transformation en profondeur de la structure même de l’exploitation et du rejet hors du système d’une part importante de la population.
Un bilan de l’échec de la convergence des luttes ou plutôt de son inefficacité dans le mouvement nécessite une analyse de ce que l’on appelle encore la classe ouvrière. Classe pour soi ce qui renvoie au désastreux bilan de ses organisations, à l’état comateux de ses partis et forcément à une perte de conscience de soi comme sujet. Classe en soi, et il faut reconsidérer les structures de production, aborder les formes nouvelles de la production néolibérale et la révolution numérique.
Certains philosophes, analystes militants, ont depuis vingt ans abordé ces questions : l’individuation, la multitude, la plus value intégrée aux machines, le caractère « liquide » du prolétariat. C’était jusqu’à présent encore bien théorique, même si depuis 2011 des mouvements innovaient. Mais là, sous nos yeux et depuis trois mois, l’aspect théorique se fait narration.
L’histoire nous joue des tours, un sujet arrive à une forme d’obsolescence, un autre se lève. De nouvelles formes de solidarité apparaissent. Marx pensait que le capitalisme devait aller au bout de son cycle. Le néolibéralisme a franchi la frontière mais il n’a pas encore aboli l’histoire.

Samedi Acte XIII. Le moment politique va devenir délicat mais le mouvement peut commencer à atterrir un temps, le socle est solide.

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Mercredi 6 février

Soyons positif.
Hier, un collectif de chercheurs et d’enseignants chercheurs a publié un texte à l’initiative de Samuel Hayat. Environ 300 signataires à ce jour.

« Nous sommes tou•te•s des gilets jaunes

La déflagration « jaune » surgie depuis le mois de novembre partout en France semble maintenant réveiller la peur des populismes dans de nombreuses sphères de la société. Depuis le mois de janvier, des interventions de plus en plus nombreuses nous mettent en garde sur la présence « désormais dominante » de la droite populiste et fascisante au sein du mouvement des « Gilets Jaunes ».
Nous pensons que ces affirmations alarmistes se fondent sur une vision biaisée, qui interprète un mouvement né et développé avec des formes totalement inédites à partir de catégories politiques anciennes et inadéquates pour en saisir la nature. C’est un biais tout aussi important que dangereux, car il a conduit plusieurs intellectuels et observateurs de gauche à écrire, en toute bonne foi, que la critique de la démocratie représentative exprimée par les Gilets Jaunes et leur refus de se structurer comme mouvement en élisant des responsables les positionnait en dehors du champ démocratique. Dans cette veine, d’autres chercheurs ont même cru nécessaire d’enquêter sur le passé informatique des gilets jaunes les plus médiatisés pour traquer leurs agissements passés et démasquer des affiliations secrètes.
Loin d’éclairer le débat, une telle posture empêche de saisir la complexe physionomie d’un mouvement qui a provoqué, par sa force et par la singularité de ses formes d’organisation, une véritable « mue identitaire » chez la plupart de ceux qui l’ont vécu et s’y sont engagés.
Comme cela a été souvent le cas dans l’histoire, il y a un avant et un après à la participation de l’intérieur à un mouvement social de cette ampleur. Si les nombreux intellectuels et observateurs politiques qui s’échinent à traquer les traces d’une affiliation politique « douteuse » dans le passé des gilets jaunes, écoutaient davantage les déclaration de celles et ceux qui manifestent dans les rues et occupent les ronds-points, ils verraient que leurs actions concrètes ne rentrent absolument pas dans les cadres des catégories politiques traditionnelles : elles s’inscrivent en revanche dans un horizon fondamentalement marqué par une demande large, profonde et urgente de justice sociale. Et s’ils prenaient le temps et le courage d’écouter les très nombreux témoignages enregistrés en direct sur les médias alternatifs, ils entendraient à quel point l’éclosion du mouvement a totalement bouleversé la vie de chaque participant, en reconstruisant des liens, en faisant émerger des questions communes au-delà des anciennes positions idéologiques.
Nous sommes conscients du fait que des groupes qui prêchent des paroles de haine sont également présents sur les ronds-points et dans les cortèges. Mais nous savons aussi que, pour le moment, ils ne sont qu’une composante marginale d’une masse qui demande et revendique avant tout dignité et justice sociale. Les enquêtes développées sur le terrain en partenariat actif avec les gilets jaunes par plusieurs groupes d’étudiants et chercheurs ont d’ailleurs montré à quel point la grille de lecture du populisme est radicalement obsolète pour comprendre ce soulèvement. Déclenché sur la base d’une réponse à l’augmentation des prix de l’essence, le mouvement des gilets jaunes a su poser sur l’avant de la scène, une fois de plus, mais sans doute de manière claire et incontestable, toutes les questions fondamentales qui se posent dans une société épuisée par le pillage infligé au cours des quarante dernières années par les politiques néolibérales successives.
Comme nombre de nos concitoyens, nous avons assisté impuissants à ce pillage qui a systématiquement transféré la quasi-totalité de la valeur du travail effectué par des millions d’hommes et femmes vers le marché financier, qui a saccagé les biens communs en les donnant en pâture à sa clientèle, et qui a altéré progressivement mais profondément et sûrement la valeur et la signification mêmes du travail accompli. En tant que femmes et hommes travaillant depuis des années dans les structures de l’enseignement et de la recherche, nous avons à notre façon connu l’impact de ces politiques. L’utilisation de plus en plus massive du travail précaire, la destitution de toute forme d’autonomie de recherche, la centralisation des contrôles sur les projets et les financements de la recherche ont conduit également à une prolétarisation du travail intellectuel, tout en l’assignant bien souvent à un rôle de servile complaisance avec les formes et les demandes du pouvoir politique et économique.
C’est pourquoi nous croyons important d’adhérer à ce mouvement de son intérieur et de participer, avec les femmes et les hommes gilets jaunes, à son ouverture vers une société plus juste : une société qui soit en mesure de garantir à chaque citoyen une juste rémunération pour son travail, l’aide dont il nécessite lorsqu’il est dans le besoin, tout en garantissant la justice sociale ainsi qu’une vraie égalité dans la cité. Nous appelons donc nos collègues à s’organiser et à inventer de nouveaux espaces de luttes et de débat où nous pourrions, non simplement soutenir le mouvement, mais y participer de l’intérieur avec les compétences qui nous sont propres, comme tout autre acteur du champ social.
C’est dans cette optique que nous souscrivons pleinement à l’Appel proposé par l’Assemblée de Commercy les 26 et 27 janvier 2019, que nous appelons nos collègues à participer massivement, avec le plus de publicité possible, à la manifestation du 2 février en hommage aux victimes des violences policières, ainsi qu’à la grève générale interprofessionnelle du 5 février prochain. »

C’est parfait, je n’ai rien à ajouter et je pense que la formulation surlignée en gras est la meilleure jamais écrite à ce jour. C’est un texte d’universitaires mais il peut et doit être adapté à tous les milieux.
Je ne reviens pas sur les critiques concernant les chercheurs. On peut facilement les élargir à presque toutes les organisations.
Il aura fallu trois mois pour atteindre le niveau de conscience exprimé dans le texte.
Le mouvement peut se poursuivre sous des formes diverses. Le niveau d’exigence est élevé mais maintenant il est clair.

Hier, c’était aussi la journée de « grève générale, de blocages et de manifestations ». C’était aussi la convergence des luttes entre le mouvement touvrier (accent tonique sur la liaison) et les gilets jaunes.
Les manifestations ont été assez nombreuses en province mais le nombre de participants correspondait à celui d’une journée d’action de moyenne intensité. D’ailleurs, qu’était-ce d’autre qu’une journée d’action à taches jaunes.
A Paris, le célèbre « cortège de tête » est réapparu devant les ballons. La présence de jeunes, lycéens et étudiants, était visible mais pas massive. La grève qui devait être illimitée est restée en gare.
Les raisonnements du vieux monde sont trompeurs. Si je considère le secteur de l’enseignement par exemple : la fureur contre la politique de Blanquer est à son comble. Des collèges se mettent en grève à propos des moyens attribués. L’idéologie scientiste et autoritaire du personnage révulsent la très grande majorité des enseignants. Ne parlons pas de Parcoursup. Bref, le métier est vécu comme insupportable, les réseaux sociaux surchauffent. Pourtant, la grève est un échec. Le taux de participation dépasse sans doute les 5% annoncés mais, dans un secteur politisé comme celui du premier degré à Paris, les 30% sont difficilement atteints.
Si l’on écoute ce qui se dit sur les réseaux sociaux, on s’aperçoit que la question la plus débattue est celle d’imaginer comment gagner sur les revendications sans faire la sempiternelle grève syndicale. Les points de vue sont divers, les stylos rouges regroupent toutes les contradictions et les militants syndicaux s’arrachent les cheveux. Mais il est toujours et partout question de l’auto organisation. Et ce qui revient le plus souvent c’est la question de savoir s’il faut suivre l’exemple des « gilets jaunes »et se battre avec eux.
Les personnels ont donc compris que la grève était inutile quand elle est appelée par les syndicats et les militants s’étonnent que la « convergence » ne s’opère pas.
Plusieurs blocages ont réunis gilets jaunes et gilets rouges. Mais s’agit-il dans ce cas de la fameuse « convergence » ? J’en doute. C’est juste le fait que dans un endroit donné, sur un sujet commun, les gens concernés se battent ensemble.
D’un point de vue théorique, ce qui se vérifie, c ‘est que la recherche du Commun est une praxis et que cela fonctionne alors que la construction idéologique du type convergence ne règle aucun problème politique. La « convergence des luttes », c’est une dernière tentative du mort pour saisir le vif. La journée d’hier est encore là pour le prouver.
Aujourd’hui, jour 2 de l’illimitation de la grève, la question ne se pose plus. La prochaine journée d’action n’est même pas prévue.

Hier, encore, c’était le jour de l’adoption par l’Assemblée Nationale de la loi « anti-casseur ». Son caractère liberticide horrifie au-delà des cercles habituels des défenseurs des libertés démocratiques. 50 députés LREM se sont « courageusement » abstenus. C’est plus que prévu.
Sans doute serait-il temps de mettre en place une riposte politique contre Macron et ses complices pour leur dérive « illibérale » comme ils disent et contre Castaner et ses milices pour leurs violences volontaires comme hier encore à Paris ou à Bordeaux. Sous une forme large, pas une manifestation croupion comme la dernière fois.

Sauf événement imprévu et Dieu sait que la Macronie est imprévisible à cause de son assemblage hétéroclite de « bras cassés » comme le dit l’ancien conseiller banlieue de Jupiter, le mouvement ne pourra pas continuer sur ce rythme.
L’atterrissage doit être politique. Le niveau de conscience partagé par une large masse d’une nouvelle couche combattante est prodigieux. Un sujet politique est né dans le combat contre le néolibéralisme, et donc mécaniquement, la question du devenir du mouvement ouvrier et de ses « organisations » doit être abordée.
S’il est « important d’adhérer à ce mouvement (gilets jaunes) de son intérieur et de participer » à la lutte commune, la question de son extérieur est posée et le bilan doit être radical pour assainir la réflexion.

***

Lundi 4 février

L’avenir du mouvement amorcé le 17 novembre se joue en partie demain et après demain.
Les gilets jaunes sont-ils en mesure de déclencher un mouvement de grève ?
Les boîtes peuvent-elles profiter de l’élan donné par le mouvement pour se mettre en grève ?
Les fonctionnaires peuvent-ils sortir de la torpeur des défaites ?
Les gilets jaunes auront-ils la force de bloquer à nouveau les autoroutes, les sorties de raffineries et les lieux de circulation du flux des marchandises ?
Il est bien difficile de répondre car nous sommes une nouvelle fois dans l’inédit.
La jeunesse détient peut-être une clé si les lycéens et les étudiants se mobilisent massivement.

Pour le reste, le reste « politique », la confusion demeure.
La poussière d’organisations qui représente aujourd’hui la gauche et l’extrême gauche ont sorti un appel commun dans lequel elles se réjouissent que les gilets jaunes rejoignent la grève (une journée d’action « urgence sociale ») appelée par les syndicats.
Fort bien… mais le 5 n’existera que parce que les gilets jaunes y appellent aussi.
Les organisations appellent à soutenir les revendications du mouvement des gilets jaunes.
Fort bien, car se sont ces revendications qui donnent le sens politique de cette grève.
Les organisations, la multitude de gauche, quelques « personnalités » appellent à la convergence des luttes.

Mais il n’y a qu’une lutte, celle des gilets jaunes !

Lundi dernier, ces organisations (17 des signataires précisément) appelaient à une manifestation contre les violences policières : personne. Dans l’enseignement, mardi, la grève a été un échec.
Pour converger, il faut un but commun. Quel est le but des organisations signataires ? Les gilets jaunes ont produit des revendications et un but politique : Macron démission.

Ce n’est pas une convergence c’est un ralliement.
Et c’est bien ainsi.

Sentant cette confusion, les signataires ont écrit cette phrase magnifique :
« Nous apportons tout notre soutien à cette date ».
Étant un vieux militant, je ne soutiendrai que la première heure !
Soutenez le temps que vous pouvez, mais participer au mouvement !

Le vide politique est sidéral, la poussière d’étoiles ne fera pas, cette fois, une planète. Mais le vide ne demande qu’à être comblé par l’auto-organisation de la population en lutte. L’appel de Commercy prend tout son sens à condition de traverser rapidement et sans encombre le nuage de poussières. Le mouvement vers l’auto organisation, soutenu enfin par des organisations qui ont mis du temps à s’apercevoir que la direction prise était celle d’une lutte à mort contre le néolibéralisme, est porteur de lourdes espérances.

La lutte est difficile. L’oligarchie au pouvoir utilise pleinement, en les tordant et en les outrepassant, toutes les ressources de l’État : la force brute (même si les gendarmes se désolidarisent des méfaits commis par cette sorte de milice en civil) et la force judiciaire avec la tentative de perquisition à Mediapart pour connaître ses sources dans l’affaire Benalla.

Macron, le chantre de la lutte contre l’illibéralisme, n’a plus rien à envier à Orban ou à Savini et enfile les santiags de Trump en politique étrangère.

Beaucoup de choses dépendent de la journée de demain mais le mouvement est bien trop profond pour ne pas se poursuivre.
Les zones démocratiques vont continuer de se développer, sans aucun doute, et le pouvoir, aujourd’hui tendu comme un arc, montre des signes de faiblesse incurables.
La démocratie horizontale avance par couches et le mouvement d’ensemble sape la base de la colonne sur laquelle Macron expose sa grandeur.

***

Dimanche 3 février

L’Acte XII a été un succès.
Un cortège chaleureux a parcouru Paris. De visu, le flot qui a descendu le boulevard Beaumarchais fait rentrer cette manifestation par grand froid dans la classe des manifestations importantes.
En province, les manifestations se sont déroulées sous la pluie, le plus souvent. Malgré le siège de la ville par les forces de l’ordre, Valence a eu son étonnante manifestation.
L’hommage aux victimes a été réussi et a fait passer la responsabilité première de la violence dans le camp du gouvernement. Ce n’est pas le clip au montage honteux de violences spectaculaires diffusé par les canaux de la propagande Castaner qui changera la donne. Au contraire.

Bien sûr, nous ne tiendrons pas compte des chiffres diffusés par le ministère de l’intérieur.
A l’exception d’un seul : 10 500, celui de la manifestation parisienne. C’était précisément le chiffre donné pour la manifestation des « foulards rouges ». C’est gros, c’est énorme comme manipulation.
Mais, un sens profond apparaît. Macron invente un peuple virtuel qui concurrence le peuple réel qui se soude autour du mouvement des gilets jaunes. Cette virtualité est aussi à l’œuvre dans le GRANDEBA. Chantal Jouanno en a révélé les travers organisationnels. L’opération se terminera par un référendum ; papier et enveloppes sont commandés et la question sera constitutionnelle, hors du champ des revendications portées par les gilets jaunes.
Le plus préoccupant, c’est bien la représentation obtuse et virtuelle que se fait du peuple le président de la République. C’est dans l’écart entre cette représentation péjorative et l’humanité des gilets jaunes et l’ébauche de communs dans le mouvement que se situe la violence gouvernementale, la politique de contrôle, le glissement vers un régime autoritaire.
Macron n’est sans doute pas fasciste, je veux le croire, mais à cause de son éducation, de son rapport incertain au politique et sans doute de ses difficultés psychiques, il est incapable de s’opposer à la pente naturelle du néolibéralisme. Ce n’est pas Orban ; c’est un idéologue méprisant et rigide.
Cela veut dire qu’une négociation sur les revendications, même après la grève du 5 février, semble impossible. Le scénario plébiscitaire est en marche. Peu de chance qu’il trompe les gilets jaunes mobilisés. A ce propos, ayons une pensée pour la grossière manœuvre de la liste électorale. De Profundis.

Pour conclure la manifestation pacifique parisienne (les tensions entre antifa et Zouaves sont anecdotiques), encore des tirs de LBD et de grenades de désencerclement, encore des blessés, toujours des blessés. Les responsables sont au gouvernement et son bras armé : les DAR, les baqueux et des civils inidentifiables genre Benalla. Ce bras armé, hors des habituels CRS ou gendarmes, ressemble de plus en plus à une milice. Milice qui s’est sans doute soudée lors de descentes dans les quartiers populaires.
Le président de l’UNL, un responsable lycéen, après Jérôme Rodriguès, on est bien obligé de se poser la question des tirs ciblés. Castaner, à quand les drones au dessus des manifs ?
Pourquoi pas ? Les classes dangereuses doivent être traitées comme on traite le terrorisme !
Dans ce combat idéologique, nous voyons resurgir la figure de Raymond Aron, le sage, le rationnel ! Nous croyions qu’elle avait sombré depuis la mort de Raymond Barre et que seule celle de Sartre la maintenait en vie. C’est oublier qu’Aron avait été, en 1938, le secrétaire du Club de Paris qui a jeté les bases du néolibéralisme. Voilà ce que les medias mainstream et nos gouvernants appellent le bon sens.

Une des questions qui parcourait la manifestation parisienne était de savoir si la grève et les blocages appelés, le 5 février, par la France En Colère et les syndicats allaient prendre et pourraient se poursuivre le 6.
Soyons clair, ce n’est certainement pas Martinez qui va se lancer à l’aventure après la reprise de sa journée d’action : « la grève générale, ça n’existe pas ; il faut développer les grèves locales… ». Et Berger va finir par faire plus fort que Notat. Ce qui n’est pas peu dire.
Mais chez les personnels mobilisés dans le mouvement, comme chez les personnels en lutte sur des revendications spécifiques, une même pensée circule : c’est maintenant qu’il faut pousser ; au mois de mai, il sera trop tard.
Un militant enseignant me disait : « Je ne comprends pas bien ce mouvement (il était sûrement marqué par la position virevoltante de sa direction) mais ce dont je suis sûr, c’est qu’on doit y aller maintenant. S’il n’y avait personne à la manifestation du second degré de l’Éducation nationale lundi, c’est normal. Mais les écoles sont prêtes à partir mardi ». C’est aussi ce qui ressort des discussions des Crayons rouges sur Facebook.
Ce n’est pas, comme le proclame le NPA, la rencontre du mouvement des gilets jaunes et du mouvement ouvrier organisé. (Encore faudrait-il s’entendre d’ailleurs, sur le terme « mouvement ouvrier organisé » ; nous y reviendrons).
La manière de penser des militants impliqués réellement c’est qu’ils pensent profiter de la dynamique du mouvement des gilets jaunes pour porter les revendications communes reprises sur la plateforme du 5 et pour avancer leurs demandes catégorielles.
Le mouvement existe parce ce qui le soutient c’est ce refus assumé de continuer à vivre comme maintenant. Des couches plus privilégiées que les gilets jaunes, celles des travailleurs intégrés, le comprennent sans doute plus qu‘elles ne le ressentent intimement. Mais la dynamique est là. Non pas dans la rencontre improbable ou dadaïste d’un mouvement hétérogène en voie de structuration avec un « mouvement ouvrier » réduit aux acquêts. Et surtout, camarades, il est inutile de chercher à faire rentrer dans un moule ancien et corrodé un mouvement vivant qui cherche sa voix propre.
Si nous continuons à penser que la force politique du mouvement c’est la démission de Macron, c’est Drouet qui ira la chercher, pas Martinez. Ensuite, comme le dit Fly Rider, « je retournerai à ma vie ». Ce mouvement est vivace parce qu’il se fixe comme objectif la fin du système Macron mais aussi parce qu’il n’a pas vocation à gouverner. Cette dernière question, c’est ensemble dans les assemblées qu’elle est envisagée. Le texte de Commercy a ici toute sa place.

Mardi, un nouveau tournant.
Tourner, retourner, ce sont des choix à faire chaque fois et il apparaît que ce mouvement fait preuve d’une intelligence collective exceptionnelle.
Que les anciens se rappellent les « temps forts » d’autrefois et comparent. Misère !
La vie se soulève, faisons sauter tous les couvercles !

***

Vendredi 1° février

Le syntagme est « affreux jojo ».
« Jojo avec un gilet jaune a le même statut qu’un ministre ou un député ! » a déclaré le président Macron après avoir précisé qu’il arrêtait les petites phrases. Mépris, inégalité, « ceux qui sont et ceux qui ne sont rien ». Le patient a toujours les mêmes symptômes. Il est de fait incurable.
Le syntagme est bien « AFFREUX JOJO ».
Jojo, c’est aussi une chanson de Jacques Brel, sensible, douloureuse et pleine d’humanité. Le patient, lui, en est absolument dépourvu.

Les journalistes reçus à l’Élysée ont rendu des papiers descriptifs ou bavards mais aucun n’a mis en exergue le passage où Macron assimilait les gilets jaunes à 40 à 50 000 extrémistes de droite comme de gauche et qui veulent renverser la république.
Depuis deux mois ces mêmes journalistes ne cessent de stigmatiser la tendance complotiste des gilets jaunes mais lorsqu’ils ont un vrai complotiste à portée de plume alors ils parlent d’autre chose.

Si l’on considère les gilets jaunes comme de dangereux séditieux, il faut les affronter. La dérive sécuritaire vient bien de là. Et pour mener à bien cette sale besogne, il faut des baqueux, des civils excités, des Benalla hors la loi, des sicaires.
Chez les forces républicaines du maintien de l’ordre, les CRS ou la gendarmerie mobile, on voit d’un sale œil ces voltigeurs souvent repus de propagande RN ou plus à droite encore. De sources policières, sur la totalité des balles de défense tirées, les compagnies régulières n’en ont tirées qu’un tiers.
Non seulement le gouvernement fournit des armes assimilées à des armes de guerre mais il les confie à des voltigeurs, à des brassards à l’identité trouble. Ce sont ces derniers qui sont essentiellement responsables des blessures infligées aux gilets jaunes.
Qui est complotiste ? Qui flirte avec les limites légales ? Qui est responsable des violences et du climat délétère ?
Allo, Mediapart ? Où sont les bandes audio ?

Demain, l’Acte XII sera consacré au soutien apporté à nos frères et sœurs gilets jaunes blessés ou mutilés lors des Actes précédents. Un cortège silencieux et pacifique parcourra Paris. A Marseille, un mur de la honte a été édifié avec les photographies des morts et des blessés en France, à la Réunion et en Belgique. Dans d’autres villes des manifestations pacifiques et des hommages seront organisés.
Avant de repartir en avant par la grève et le blocage, ce samedi de recueillement, de dénonciation des violences gouvernementales et, somme toute, de fraternité est nécessaire. Il sera fort en émotion.
Mot banni du vocabulaire néo-libéral. Mot honni par ces hérauts.

***

Jeudi 31 janvier

Hier, je rapportais cette phrase de Macron prononcée en Égypte : « Je marche sur la glace ».
Aujourd’hui, en mettant en ligne les enregistrements de conversations entre Crase et Benalla, Mediapart a brisé la glace.
Au sens propre comme au sens figuré, c’est la débâcle.

Avant de plonger dans la lutte qui passe par l’Acte XII et devrait se poursuivre par une grève générale illimitée à partir du mardi 5 février, il nous reste un peu de temps pour nous pencher sur une analyse générale de la situation.
L’entretien donné par Tony Negri à Médiapart le 29 janvier est particulièrement bienvenu et m’a inspiré les considérations qui suivent.
Toni Negri situe le mouvement des gilets jaunes dans la mouvance des événements apparus depuis 2011, de la révolution tunisienne à Occupy Wall Street. C’est ce trajet qu’il interroge avec son compère Michael Hardt dans Assembly.
C’est un point de vue que je partage mais que je sais discuté. Pour ma part, je suis convaincu de l’importance de situer ce mouvement nouveau et atypique dans un continuum historique international. Se contenter de suivre le cadre national nous ferait nous arrêter au premier obstacle rencontré : la faillite de la politique.

« Les gilets jaunes doivent rester un contre-pouvoir et ne surtout pas se transformer en parti politique ».
En cela, Negri diffère de Chantal Mouffe et de ses émules. C’est en prenant l’exemple, justement, de Podemos qu’il appuie sa démonstration. Nous ne parlerons pas de l’état actuel de ce parti mais du constat qu’il « s’est trouvé incapable de récupérer d’un point de vue théorique ce que les Espagnols mobilisés faisaient d’un point de vue pratique. » Il faut sortir de l’idée que chaque échec de transformation d’un mouvement en parti politique le représentant serait dû à des erreurs, à l’inexpérience ou aux mauvaises intentions de certains militants. La cause est bien structurelle et politique. « Ils doivent rester sur le terrain des luttes, plutôt que de devenir un parti politique ». Dans le cas contraire, ils seront « engloutis » par le système. En moins d’une semaine, nous avons vu ce qui pouvait advenir d’une simple liste électorale.

« La mutation du mouvement ne viendra pas de l’extérieur, elle viendra des acteurs eux-mêmes ».
C’est là tout l’intérêt de l’assemblée de Commercy. L’avenir et le développement de cette initiative dépendra largement de sa capacité à résister à la réification politique ou partidaire.

Tony Negri aborde quelques points déjà notés dans ce journal, en particulier : le bonheur d’être ensemble. « On n’a pas peur parce qu’on est en germe d’une fraternité et d’une majorité ».
Il va même plus loin lorsqu’il dit que, comme dans une famille, les gilets jaunes essaient de régler les litiges par la discussion (c’est le sens du RIC). « Ils sont dans l’amour, dans un régime de passion ».
Ces mots ne font pas partie du vocabulaire des vieux militants, mais il suffit de voir les relations des gilets jaunes entre eux pour penser que Negri a raison. Bien sûr, les « chiens de garde » et les « intellectuels poudrés » ont du mal avec ce registre.

« C’est un phénomène totalement nouveau, à la mesure de l’écroulement de la politique. »
Nous pensons, sans doute, encore dans un monde ancien.
Et, dans ce monde ancien, il y a la question syndicale comme nous avions coutume de dire.
Les gilets jaunes « dépassent le niveau syndical de la lutte. Le problème du coût de la vie est central, mais le point de vue catégoriel est dépassé ». Ils sont en recherche directe de « l ‘égalité autour du coût de la vie et du mode de vie.
Ils sont donc amenés à aborder le problème de la distribution de la richesse et des impôts. »
Mais faisons l’effort d’analyser positivement cette situation et non de raisonner à partir de ce qu’elle aurait due être. (Halte aux raisonnements hypothétiques !) Il ne s’agit pas de pointer la responsabilité de tel ou tel bureaucrate syndical mais bien le fait de comprendre que le monde a changé. Le temps où la sirène de l’usine rythmait toute la vie de la ville est terminé.
Aujourd’hui, « c’est un ensemble de singularités qui travaillent… précaires, chômeurs ou retraités, mais qui sont dans la coopération. » Cette coopération n’est pas induite directement par les conditions matérielles d’exploitation. Elle doit se construire. « Il ne s’agit pas seulement de quantité » comme dans les usines fordistes. « C’est aussi la qualité des relations qui est en jeu. » C’est ce qui se passe ou se passait sur les ronds points et que l’on recherche dans les assemblées.

Je ne reprendrai pas les passages de l’entretien sur la violence qui sont assez similaires à ce que j’ai déjà écrit. Mais sur ce sujet, j’ai entendu Jérôme Rodriguez dire à midi : « Il faut parler des violences du gouvernement. » Les violences ne sont pas seulement des violences policières. Il a sans doute raison.

A cette étape, nous ne savons pas si ces analyses vont se vérifier ou non. Nous sommes dans le moment de la lutte et, en face, le pouvoir néolibéral est en crise et ne voit qu’une seule sortie, l’affrontement. Negri dit clairement que les régimes néo-libéraux « tendent vers le fascisme ». Cette remarque recoupe des discussions byzantines sur le terme, mais ce qui est sûr c’est que la lutte des classes est de retour sous une forme frontale.

Je ne peux qu’être d’accord avec la formulation de Tony Negri qui résume la situation en la projetant dans le temps : « Le passage de ce type de lutte à la transformation de la société est un processus terriblement long et parfois cruel ».

A vérifier, si le temps le permet bien sûr.

***

Mercredi 30 janvier

Nous partîmes cinq cents et par un grand effort,
Ne fûmes que trois cents en arrivant au port.

Poussée par la voix grave et puissante du POID, la manifestation traversa Saint Germain à vive allure. Que dire de plus sur cette manifestation appelée du jour au lendemain par 17 organisations contre les violences policières ?
J’ai discuté avec un militant du POID et plusieurs militants de retour de Commercy. La question de la riposte aux violences policières, auxquelles il faut aussi joindre les attaques fascistes, est vite réglée. Prévoir un meeting serait disproportionné étant données les forces réelles de ces groupes politiques. Cela se comprend aisément. Mais si ces organisations n’en appellent jamais à la population, la situation ne peut qu’empirer.

La solution ne viendra donc que du cœur du mouvement. Que les trois « leaders gilets jaunes » appellent à une manifestation commune principalement dédiées aux morts, blessés et estropiés est une avancée politique.
Depuis cet après midi, l’agression contre Jérôme est « répertoriée et sourcée » par David Dufresne. Plusieurs journalistes et « hommes politiques » ont déclaré que si Jérôme Rodriguez avait été visé sciemment ce serait un scandale d’État. Aujourd’hui on peut le dire : c’est un scandale d’État.
Si Castaner survit à ce scandale, nous aurons une preuve de plus que le gouvernement néolibéral de Macron a largué les amarres pour des contrées dangereuses. Cet épisode en dit encore plus long que le texte de loi Retailleau retaillé à la hâte.
La question de la dérive autoritaire, ou même fasciste suivant les auteurs, est malheureusement tranchée. Le néolibéralisme, n’en déplaisent aux néo-cons Goupil, Bruckner et autres (plus ou moins néo), génère un État « post démocratique ». En terme clair, une dictature qui ne dit pas son nom.

Est-ce politiquement tenable ? Comment continuer les « réformes sociales » ou simplement résister quand une large partie de la population se soulève, quand les plus pauvres, les plus éloignés de tous les pouvoirs, les « sans espoir » retrouvent la voie de l’insurrection.
Cela ne passe que par l’affrontement, le recours à la violence quand l’aliénation ne suffit plus.

« Je marche sur la glace » a dit Macron en Égypte. L’image des sables mouvants aurait été plus appropriée mais ce « littéraire » est devenu une ganache qui parle à « son peuple comme à son cheval ». Bref, l’image est là et nous imaginons la suite : « le cul par terre, les quatre fers en l’air, c’est la faute à Drouet… ».
La peur s’instille dans chaque rouage de l’État.
Le Journal du Dimanche a rapporté la visite de Brigitte Macron au bunker de l’Élysée durant le premier Acte. Certains ont eu la « tentation de Venise », d’autres s’envolèrent pour Baden Baden, les Macron se sont vus finir dans un bunker ! La peur inspire la fuite parfois, la violence et la déraison toujours.

La transformation de la société en société de contrôle continue même pendant les travaux.
Je m’interroge sur cette campagne à bas bruit orchestrée par des journalistes, des écrivains souvent de gauche, lettrés pour la plupart, contre l’usage du pseudonyme sur les réseaux sociaux au motif qu’il faut lutter contre les injures et les fakes. J’ai laissé depuis longtemps mon pseudonyme dans les oubliettes du gauchisme et il m’arrive maintenant de twitter sous mon nom. Mais je suis blanc, vieux, autonome financièrement. En gros, je représente une catégorie d’hommes (femmes, c’est pas sûr) qui serait autorisée à surfer sur la toile mais aussi par extension qui débat, qui vote…
Je pensais à cette scission qui s’opère avec la bienveillance des « bien pensants et des bonnes âmes » quand je tombe sur un article annonçant une réunion entre Macron et de Mark Zukerberg, le patron de Facebook, pour mettre au point la lutte contre les fake news et assurer le contrôle des données personnelles. Pour garantir nos droits ? Allons, dormez bonnes gens, Big Marcron et Big Mark are watching you.

Toujours sur les bonnes âmes, les bien peignés avec la raie à gauche, Fly Rider (je mets son pseudo et je vous …) a déclaré en substance : « Si dans quinze jours rien d’important n’est intervenu, je quitte la France et je demande l’asile politique ». Et toute la basse cour médiatico-politique (au hasard, Brice Couturier, Jean Quatremer, les dessinateurs du Monde) a caqueté de concert : le con, le nuisible, le fasciste. On vous l’avait bien dit. Ce sont toutes des pécores ignorantes.
Je repense au « Maître ignorant « de Rancière et je lui trouve un lien fort avec les assemblées des gilets jaunes. Le savoir est en construction de Commercy à la maison du peuple de Saint Nazaire.
Mais je m’égare. Donc Fly est un gros ignorant. Le mépris dégouline ; ils en ont des réserves. Et pourtant, dans sa déclaration, c’est toute la détermination, le refus du retour en arrière, l’espoir désespéré de Maxime Nicolle qu’il faut entendre.

Donc, l’Acte XII sera forcément plus politique encore que les précédents. Castaner démission sera l’urgence du jour.
Mais, plus politique encore sont aussi les analyses et les articles qui paraissent désormais. Je pense notamment à l’entretien de Toni Negri dans Médiapart et à l’article de Serge Halimi dans le Monde Diplomatique.
Il faudra y revenir pour essayer d’accorder le temps de l’analyse à celui de l’action et sortir des textes sur l’esthétique du mouvement.

***

Lundi 28 janvier

Hier, aux aurores, un ami m’a envoyé un SMS en quatre points portant sur l’Acte XI de samedi. Je vais donc le reprendre et le discuter avec un peu de recul.

1 Le mouvement continue.

Aucun signe d’affaiblissement. Le mouvement en partie spontané et auto organisé se reproduit tous les samedis à l’image d’une tache d’huile. Son contour change, sa géographie évolue. Des villes continuent à battre leur record, des villes moyennes s’embrasent alors que la manifestation de Paris s’amenuise.
Des chiffres ?
Comment se fier à ceux de Castaner quand on entend qu’il y avait hier 10 500 « foulards rouges » dans la rue ?
Rouge est la couleur du sang versé par les gilets jaunes.

2 Commercy

C’est un grand succès par rapport au nombre de participants représentant chacun des entités « gilets jaunes ».
Les débats ont d’abord été consacrés, comme dans toutes réunions de ce type, aux prises de contacts et à des vérifications d’accord.
Le texte me laisse cependant un peu perplexe. Il est parfait, trop parfait. Il ne lui manque pas un seul bouton de guêtre et les guêtres, c’est pour la parade.
L’objectif de cette assemblée des assemblées est d’être utile, d’étendre le réseau, d’approfondir les discussions, de définir les objectifs politiques et de se donner les moyens de les atteindre.
Le texte très performatif de Commercy ne doit pas être utilisé comme un texte de différenciation de l’extrême gauche (twitter gazouille déjà de plaisir), et le plus difficile commence. Car, comment élargir la structuration en évitant toutes formes de sectarisme. Le texte n’est pas un programme. Ce qui compte avant tout c’est le mouvement, la structuration, la lutte. Le texte ne doit pas être la madeleine qui réveille les souvenirs glorieux des gauchistes du siècle dernier.
Si la prochaine réunion pouvait rassembler des gilets jaunes qui viennent avec leur conscience partielle, leurs hésitations et leurs fulgurances, leur détermination et leur jeunesse, Commercy Acte XI serait un événement historique.

3 La mobilisation contre les violences policières est à l’ordre du jour.

Ce n’est plus la peine de démontrer l’existence des violences policières ni la stratégie agressive et morbide des responsables du maintien de l’ordre. Des travaux sérieux (ceux de David Dufresne par exemple) les attestent. Diffusés dans toute l’Europe, ils ont de quoi effrayer. Macron est disqualifié pour parler des droits de l’homme même avec le boucher Al-Sissi et qu’il fasse le commercial pour les entrepreneurs amis alors que le pays souffre est indigne.
Ce n’est pas une découverte : « Macron démission. »
Samedi, cependant, la répression s’est faite plus sélective.
Une des figures des gilets jaunes, Jérôme Rodrigues, a été visé à la tête par un tir de LBD et blessé au pied par un éclat de grenade. Le gouvernement dément et parle d’accident. Maxime Nicolle, autre figure connue, a été interpellé à Bordeaux. Interpellation rapide mais ciblée. Castaner et son secrétaire cherchent à impressionner les leaders du mouvement.
Je dis cela en toute connaissance de cause car je me trouvais, quelques instants avant, place de la Bastille, à l’endroit où Jérôme est tombé alors qu’il filmait et rien, absolument rien, ne justifiait l’usage d’armes.
Éric Drouet a immédiatement appelé à une mobilisation massive contre les violences policières samedi prochain. Il a raison mais ce n’est pas suffisant.

Autre problème : un groupe fasciste s’est attaqué à deux reprises à un cortège de militants du NPA. C’est inadmissible et cela doit être condamné par tous.
Que des groupes fascistes, violents, entrainés formés d’étudiants en fin d’études, en stage d’intégration politique avant de rejoindre les grands corps de l’état ou les entreprises juteuses du privé comme les Zouaves, n’a rien d’un hasard.
Des photos de l’agression ont circulé dès l’opération terminée avec ces commentaires : « les gilets jaunes se battent entre eux » et comme sous texte : ce sont des fous violents, il faut employer tous les moyens pour les arrêter, il sont hors du champ de la raison. Les autres, les sensés, suivent le Grandéba de « mes petits chéris »et se présentent aux élections.
Le danger politique est réel.
Certes, comme Solidaires le propose, constituer un SO anti fasciste commun et renforcé est une nécessité. Mais la réponse ne doit pas être que militaire. L’issue serait terrible.
Non, il faut aussi une réponse politique. Cela passe par le fait d’arrêter de se déguiser en gilet jaune si l’on ne participe pas à des regroupements du même nom. Les gilets jaunes ne veulent ni syndicats ni partis. Ce n’est pas un dress code, c’est une pensée politique des « couches subalternes ».
Pour autant, les organisations doivent agir. Elles ont la responsabilité d’aider les gilets jaunes à exprimer leurs revendications. Elles doivent les protéger politiquement pour qu’ils puissent s‘auto-organiser et agir librement.
J’entends ici et là, des camarades exprimer des craintes quant à la présence de l’extrême droite dans le mouvement lui-même (bien réelle), d’autres dire qu’il faut la chasser car elle est extérieure au mouvement (à Lyon, à Rennes, les groupes fascistes ont été chassés). Mais la composition hétérogène du mouvement fait que les distinctions sont parfois difficiles à faire. Les oriflammes ne sont pas toujours déployés et les matraques sorties.
C’est donc aux organisations politiques de gauche comme d’extrême gauche de proposer une action en leur nom, pour combattre les violences policières et les attaques fascistes, car les deux sont politiquement liées.
Il fut un temps où de tels agissements provoquaient immédiatement une riposte commune, le plus souvent sous la forme d’un grand meeting ouvrier et démocratique. Il faut aujourd’hui se souvenir des bonnes choses et retrouver un peu d’efficacité et beaucoup de clarté politique.
Un meeting pour l’amnistie, l’interdiction des LBD et des grenades défensives et pour la démission de Castaner permettrait de prendre ses responsabilités, sans se substituer le moins du monde aux gilets jaunes.

4 Les militants CGT commencent à bouger.

Le 5 février se prépare. De plus en plus de militants syndicaux, il en reste quelques uns, participent aux manifestations. Mais il y a aussi des gilets jaunes qui ont retrouvé leurs chasubles rouges.
Le mouvement est complexe.
Il est aussi arrivé que des gilets jaunes se soient rendus sur des sites en grève. Ce ne sont pas des « convergences de luttes », terme structuraliste, mais la vie qui s’organise pour en finir avec ce monde pourri.
Pour le moment, tout ce que l’on peut dire, c’est que les gilets jaunes d’Éric Drouet ont sauvé du désastre la journée d’action de Martinez.
La véritable question est de savoir ce qui va se passer le 6. Comment organiser une grève illimitée entre sites de production et nœuds de flux ? Comment participer si l’on n’est pas un salarié localisé ? Etc. Ce sont ces questions là qui doivent être abordées dans les assemblées et les ronds points. C’est inédit.
Mais aussi comment tous ensemble faire face aux agressions contre le mouvement, contre les figures connues du mouvement et contre les militants politiques qui les soutiennent.

Cela dure, c’est extraordinaire. L’irruption de l’inédit peut nous sortir de la répétition éprouvante.

***

Messages

  • Les Amis du Monde Diplomatique de Clermont-Ferrand
    vous invitent
    le samedi 02 février à 17 h au café des Augustes

    sur le thème :

    "Liberté d’expression, liberté de manifester : oui"
    "Loi "anti-casseurs" du gouvernement en place : non"

    Manifester est un droit constitutionnel ;
    Une manifestation peut déjà être interdite
    Il n’est pas besoin de loi complémentaire.

    Désormais, si tu veux aller manifester,
    Tu pourras être fouillé ou palpé.
    Anti-terrorisme, anti-hooliganisme.

    Fouilles, contrôles à l’entrée des manifestations
    Filtrages des sorties
    Mises en place de nasses.

    Tu pars en manifestation au loin ;
    Un pique-nique avec fouchettes et couteaux
    Est désormais une "arme par destination".
    Tu discutes : interdiction de manifestation.

    Lecteur de réseaux sociaux,
    Tu vas manifester avec une écharpe
    Ou tout objet "pouvant servir de projectile"
    Tu discutes : interdiction de manifestation

    Le syndicat des avocats de France
    t’a averti : tu seras fiché.

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