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A propos des positions de Louisa Hanoune et du PTA, par Alain Chicouard (Aremo)

dimanche 6 mars 2011, par Club Politique Bastille

Le quotidien algérien El Watan du 6 mars publie l’article suivant :

« Louisa Hanoune, secrétaire générale du parti des travailleurs (PT), a tenu, dans l’aprèsmidi d’hier, un meeting à Azzaba. Intervenant en présence d’une foule nombreuse, elle ne s’est pas empêchée, dans son préambule, de renouer avec son sujet-phare et porteur, « l’impérialisme », et les dangers d’ingérence des USA et de l’Europe. C’était là une façon à elle de rassurer son auditoire en tentant de renouer avec son image de femme qui ose braver tous les interdits. La suite, voire l’essentiel de son allocution, et comme il fallait s’y attendre, a versé dans le satisfecit qu’elle a exprimé quant aux dernières mesures politiques et sociales, jugées « respectables ». « Il y a une véritable dynamique sociale qui s’est instaurée dans le pays. Nous relevons que toutes les grèves déclarées ont fini par aboutir, et je lance un appel à Bouteflika pour qu’il ordonne de répondre positivement aux doléances des étudiants. »

[...]Louiza Hanoune, qui a longuement salué les révolutions des peuples tunisien et égyptien, ne manquera pas de mentionner que « la révolution ne s’importe pas », expliquant que la situation de l’Algérie est « différente de ses voisins ». C’est clair, c’est net. D’une déclaration à l’autre, Louisa Hanoune répète et proclame sans ambages que le gouvernement Ouyahia et le régime Bouteflika jouent un rôle positif en protégeant le peuple algérien des méfaits du FMI et en répondant aux revendications sociales... « Il y a, dit-elle, une véritable dynamique sociale qui s’est instaurée dans le pays »....

Il est vrai que, depuis la chute de Ben Ali, le gouvernement puise quelque peu dans la manne pétrolière et distribue quelques millions de dollars pour éviter toute explosion sociale. Mais des concessions ponctuelles à certaines revendications sociales et quelques mesures limitées pour restreindre les effets des accords passés avec le FMI et l’Union européenne transforment-elles le régime Bouteflika en ’’régime progressiste’’ qu’il faut protéger et défendre contre les manoeuvres impérialistes ?

Louisa Hanoune ne manque pas d’audace révolutionnaire : elle salue les révolutions en Tunisie et en Egypte !... Mais c’est pour souligner que ce qui menace l’Algérie, c’est ... une contre-révolution fomentée par l’impérialisme !...

Il est certes parfaitement exact que Saïd Sadi et le RCD, dont les positions pro-impérialistes sont indéniables, cherchent à exploiter et à chevaucher le profond mécontement social et politique qui existe en Algérie. Il est donc juste de caractériser, comme le fait le PTA, les manifestations du RCD comme « une tentative d’importer une révolution orange, c’est-à-dire concoctée et financée par les centres impérialistes ».

Mais, tout en en tenant compte, est-ce vraiment l’élément central et décisif caractérisant la situation en Algérie et justifiant que le PTA devienne l’avocat du gouvernement ? ’’Informations Ouvrières ’’ n°137 (24/02 mars 2011), citant un éditorial de Louisa Hanoune, a eu un titre extarordinaire : « Algérie : pour des solutions exclusivement nationales ». Au moment où déferle un mouvement international des peuples ébranlant l’ordre impérialiste, la formule laisse pantois. Certes, le FMI veut imposer en tout pays ses mesures inetrenationales. Mais
la solidarité avec les peuples de Tunisie, d’Egypte, de Libye,etc... et la défense des intérêts nationaux du peuple algérien passent-elles en Algérie par des ’’solutions exclusivement nationales’’ ? Allégeance à Bouteflika et internationalisme socialiste ne se marient pas aisément...

Cet article d’ ’’I.O.’’, après avoir centré l’analyse sur le RCD et la menace d’une contre-révolution ( une « révolution orange »), précise que le C.C. du PTA des 29 et 30 janvier a réaffimé que « le véritable changement démocratique, qui renoue avec la révolution algérienne, passe par la convocation d’élections libres et démocratiques à une Assemblée constituante souveraine composée de députés contrôlables et révocables ».

Excellente perspective !

Mais comment la comprendre, alors que Louisa Hanoune souligne les mérites de Bouteflika et de son gouvernement ? Une Constituante, si les mots ont un sens, a pour mission de définir les bases d’un nouveau régime. Remettre en cause un régime qui prend des mesures positives, certes insuffisantes, mais qui témoignent d’une volonté de résistance anti-impérialiste, ne serait-ce pas aberrant et condamnable, surtout s’il est menacé par une ’’révolution orange’’ ?...

Dans la déclaration du CC du PTA, on lit :
« Une telle Assemblée [constituante] aura la force de prononcer l’expropriation des fortunes mal acquises, jetant les bases d’une véritable lutte contre la corruption et la gabegie, la renationalisation des complexes et des entreprises publiques économiques (EPE) bradés, à commencer par le complexe d’El Hadjar et l’ENGI, l’abrogation de toutes les lois scélérates découlant du PAS [le plan d’ajustement structurel du FMI], de l’accord avec l’Union européenne et des exigences de l’OMC. »

Excellent programme !
Une question cependant : quels sont le régime et le gouvernement qui ont bradé les entreprises publiques et qui ont signé les accords avec le FMI, l’OMC et l’UE ? Bouteflika n’est-il pas au pouvoir depuis 12 ans ?...

Louisa Hanoune écrit la suite de Dr Jekyll et Mr Hyde... D’un côté, on se prononce pour la formation de ’’comités populaires’’ pour une ’’Constituante pour en finir avec les institutions héritées du système de parti unique et de la tragédie nationale’’. De l’autre, on se félicite des mesures positives prises par Bouteflika et le gouvernement qui résistent face aux exigences du FMI...

Comment combiner la perspective d’une ’’Constituante’’ et l’affirmation qu’une révolution populaire ne doit pas franchir les frontières de l’Algérie ?

Sans doute, pour éclairer notre lanterne déficiente, un éminent dialecticien, dans ’’I.O.’’ par ex., tentera-t-il de justifier ces contradictions – dont la seule manifestation concrète est de couvrir (avec des critiques bien sûr) et de défendre (à gauche bien sûr) Bouteflika, son gouvernement et son régime ?

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